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Tome premier. A - C.
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COMPILATION (kon-pi-la-sion; en poésie, decinq syllabes), s. f. || 1° Action de compiler. || 2° Ou-vrage composé d’extraits de divers auteurs. Ce livren’est qu’une compilation. Nous portâmes chacunnotre réponse chez M. de la Rochefoucauld; il s’enfit une assez mauvaise compilation, st-sim.36, 4 64 .Loi qui n’a pas été mise dans la compilation de Jus-tinien , montesq. Esp. xn, <5. Vous avez raison, lescompilations de Grotius ne méritaient pas le tributd’estime que l’ignorance leur a payé, volt. IHal.xxiv, 4*' entretien.

— hist. xv’ s. Sera recité par moy véritablementet sanz aucune adulation le principe et mouvementde ceste présent petite compillation, cur. de pisan,Charles V , i, Prologue.

— ÉTYM . Provenç. compilatio; èspagn. compila-cion; ital. compilasione; du latin compilationem ,de compilare, compiler.

COMPILÉ, ÉE (kon-pi-lé, lée), part, passé. Desdocuments compilés sans choix.

COMPILER (kon-pi-lé), v. a. || 1° Mettre ensembledes extraits de divers auteurs, des documents pro-venant de différentes sources. Il a compilé cettethéologie de vingt-quatre de nos pères, pasc. Prov.5. || 2° Absolument. Au peu d’esprit que le bonhommeavait, L’esprit d’autrui par supplément servait; Ilentassait adage sur adage, 11 compilait, compilait,compilait.... volt, le Pauvre diable.

— hist. xiv* s. L’histoire est telle, et ne la doypas corriger ne faire autre; car plus sage de moi lacompila et intitula, Ménagier , i, 6. || xv* s. Lessciences sont extraites et compilées de plusieursclercs, et ce que l’un sait, l’autre ne sait mie,froiss. Prot. Et avois, de pourveance, fait escripre,grosser et enluminer et recueillir tous les traitésamoureux et de moralité, que, au terme de trente-quatre ans, je avois faits et compilés, id. iu, iv. 40Et à grant joye me fut dit par le trésorier du ditseigneur, qu’il luy plairoit que je compilasse antraictié sur certaines matières, christ de pisan,Charles V , i, ch. 2. Car pour moi c’est mal compilé,Mal entendu et mal filé. De prendre fuseau sanspeson, coquillard, Blason des armes et des dames.II xvi 1 s. L’esprit humain ne se sçauroit maintenir,vaguant en cet infini de pensées informes, il lesluy fault compiler en certaine image à son modèle,mont, t, 246. Une sorte de pilulles compilées decent et tant d’ingredients, id. ni, 228, L’aucteurqui compila ce livre vouldroyt qu’il fust en sa puis-sance de faire plus grant service à son pays, palsgr.p. 401. J’ai recueilly sommairement des mémoiresque j’ay, de longue main, compilez pour mon par-ticulier, amyot, Tranq. de l’dme, i.

— ÉTYM . Provenç. et espagn. compilar ; ital.compilare ; du latin compilare, proprement piller,et par suite, piller les ouvrages d’autrui, de com,et pilare, piller (voy. piller).

f COMPISSER (kon-pi-sé), v. a. Arroser d’urine.Tu m’as tout compissé, pisseuse abominable, scarr.D.Japhet, iv, 42. || Vieux et burlesque.

— hist. xiv* s. Il fait à l’un la moe, l’autre com-pissera; Et si est nice et ors, ne say qu’on enfera, Gucscl. variante du vers 4 18 . || xvi* s. Queles mastins paillards la compissent tousjours 1RONS. 822.

— ÉTYM . Com, et pisser; provenç. compissar.

COMPITALES (kon-pi-ta-1’), s. f. pl. Terme d’anti-quité. Fêtes romaines à l’honneur des dieux domes-tiques, et qui se célébraient dans les carrefours.

— ÉTYM . Latin compitalia, de compitum, car-refour.

COMPLAIGNANT, ANTE (kon-plè-gnan, gnan-t’),adj. Qui se plaint en justice. || Substantivement. Dansle discours du complaignant, st-sim. 70, 4 62. Peuusité.

— ÉTYM . Complaindre.

t COMPLAINDRE (kon-plin-dr’), v. a. Témoignerde la compassion à quelqu’un. || Se complaindre,v. réfl. Faire sa complainte. || Vieux.

— hist. xii* s. À vous amans, plus qu’à nuleautre gent, Est bien raison que ma dolor [je] com-plaigne, Coud, xxii. || xm* s. Ainsi se complaignoitli rois, Chr. des Rains, p. 80. Et sont tenu à sainteEglise garder et garantir, toutes les fois que ele ena mestier et qu’ele se complaint à eus comme à sesenfans, beaum. xi, 27. Au juge d’eulx [il] se com-plaindra, la Rose, 7832. || xiv* s. Assez rueve [de-mande] qui se complaint, machault , p. 79. || xv* s.Et quant le gentil chevalier eut ouï complaindre laroine si tendrement, froiss. i, i, 44. |]xvi*s. L’unque tourment poursuit et importune, Va complai-gnant sa mauvaise fortune, marot, i, 34 4 . Adoncle complaignant renforcea la voii et commencea à

crier plus hault, amyot, Démosth. 16 . Des mains,nous festoyons, resjouissuns, complaignons, attris-tons, MONT. Il, 169.

— ÉTYM . Com, et plaindre; provenç. complanher,complagner, complanger; catal. complanyer; anc.espagn. complanir; ital. compiangere.

COMPLAINTE (kon-plin-t’), s. f. || 1" Plainte quel’on fait entendre. A vous seul en pleurant j’adressema complainte, Régnier, Élég. v. Ne te lasse doncplus d’inutiles complaintes, malh. vi, 48. En cespropos mourants ses complaintes se meurent, id.i, 4. || 2" Chanson populaire sur quelque événementtragique ou sur une légende de dévotion. La com-plainte sur l’assassinat de Fualdès (en 4 84 6). La com-plainte du Juif errant. || 3” Action par laquellecelui qui est troublé dans la possession d’un immeu-ble demande à être maintenu en possession contrel’auteur du trouble. La complainte est une actionpossessoire. || En style de monitoire, faire complainteà l’Église. || En matière bénéficiale, se dit d’une actionqu’on forme pour être maintenu en un bénéfice,après en avoir seulement pris possession.

— HIST. xm* s. Dame Dieux ouï ma complainteet ot merci de moi, Psautier, f° 36. Li cbastelainsde Couci aima tant Qu’onc pour amor nuis nen otdolor graindre; Pour ce [je] ferai ma complainte enson chant, anonyme, dans Couci. Quand mes com-plaintes [elle] entendi, la Rose, 4240. Nos avons oïla conplainte, Or devons la response atendre Et l’undroit après l’autre rendre, Ren. 8764. Mestre, faitli rois, s’onc oïstes En vostre terre tex conplaintesCom à ma corta l’en fait maintes, ib. 8432. Li roisavoit mandé durement et asprement de maintespleintes et compleintes qu’il avoit oïes, Liv. dejust. 14 .|| xv* s. Ces nouvelles et ces complaintes en vinrentà messire Jean de Hainaut [Philippe de Valois ve-nait de ravager son territoire], froiss. i, i, 98.

| xvi* s. En complainte de nouvelleté, y a amendeenvers le roi et la partie, loysel, 763. Car ce sontcris, pleurs et complaintes, marot, i, 484.

— ÉTYM . Complaindre; provenç. complancha,complansa, complanta, complainta; aiïc. catal.c omplancta, complanta; ital. compianta.

COMPLAIRE (kon-plê-r’), je complais,il complaît;je complaisais; je complus; je complairai; que jecomplaise; que je complusse; complaisant; com-plu, e, n. || 1° Acquiescer pour plaire, pour faireulaisir. Il ne cherchait qu’à plaire et qu’à complaire.Moins vous l’aimez, et plus tâchez de lui complaire,

rac. Mithrid. iv, 2 .Et sans plus me complaire

Vous refusez l’honneur que je voulais vous faire,id. ib. iv, 4. Non que, si jusque-là j’avais pu vouscomplaire.... id. Prit, iv, 2. Se faire petit pourcomplaire, s’abaisser, s’effacer devant un supérieur,p. l. cour. Lett. n. || 11 se conjugue avec l’auii-liaire avoir. || 2° Se complaire, v. réfl. Mettre sajouissance, son plaisir dans une chose toute person-nelle. Il se complaît à rendre service. 11 se complai-rait à vous tourmenter. J’avais prévu ma chuteen montant sur le faîte; Je m’y suis trop complu :mais qui n’a dans la tête Un petit grain d’ambition?la font. Fab. x, 10 . Dieu se complaît, ma fille, àvoir du haut des cieux Ces grands combats d’un cœursensible et vertueux, volt. Agathocle , n, 4. Tu tecomplais peut-être en ta funeste erreur, delavig.Vêpres sicil. ni, 2.

— REM. Faut-il dire : cette femme s’est compluou complue à se parer ; ils se sont complu ou com-plus à vous obliger. L’Académie ne dit rien là-dessus,mais au mot plaire, elle donne, dans des construc-tions analogues, le participe passé invariable : elles’est plu à se parer; ils se sont plu à vous obliger.C’est la règle que donne aussi bien pour complaireque pour plaire Girault-Duvivier dans la Grammairedes grammaires. Cette règle est bonne; on doitla suivre, interprétant (et c’est l’interprétation laplus naturelle) se complaire par complaire à soi.Mais d’autres grammairiens écrivent : elle s’est com-plue, ils se sont complus; et cela aussi ne dérogepas à la grammaire ; seulement l’explication est diffé-rente : dans celle-ci on considère complaire commeun verbe neutre construit avec le pronom personnel,tel que se taire, s’écrier, s’enfuir, et, dans l’ancienfrançais , se dormir, se gésir, etc. tous verbes quisont des verbes réfléchis absolus et dans lesquels leparticipe passé est variable : ils se sont tus, écriés,enfuis, et dans l’ancien français , ele s’est dormie,etc.De la sorte on peut faire, avec complaire, le parti-cipe variable ou invariable suivant le point de vue oùl’on se placera, c’est-à-dire suivant qu’on le considé-rera comme un verbe réfléchi indirect ou comme unverbe réfléchi absolu (voyez, pour la théorie de cetteconstruction du pronom personnel, le verbe aper-

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cevoir). Mais l’usage le plus général est de fairecomplu invariable.

— syn. complaire, plaire. Complaire c’est s’ac-commoder au sentiment, au goût de quelqu’un,dans la vue de lui être agréable. Plaire c’est effec-tivement être agréable, beauzée.

— hist. xv* s. Ain/ , le mentir en pluseurs [j’] ap-perçoy, Qui aux princes cuident par ce complaire,e. desch. Ce qui est nécess. aux rois. La pluspartdes gens taschent à leur complaire [aux princes],comm. Prol. || xvi* s. Aymant complaire à Dieu parfoy et observation de ses sainetz commandements,

rab. Pant. in, 30. A Vulcan donc son dueil elle de-claire, Qui tout subit, pour à Venus complaire....marot, i, 390. Tels complaisoient à ceulx-cy, qui, àceste venue, les eussent abandonnez, carl. viii, 9.11 souloit louer les médecins qui ne complaisoientjamais aux voulentez et appétits desordonnez deleurs patiens, amyot, Pompée , 96. Se complaireoultre mesure de ce qu’on est, en tumber en amourde soy indiscrète, mont, ii, 62. Que l’ame l’assisteet favorise [le corps] et ne refuse point de participerà ses naturels plaisirs, et de s’y complaire conjuga-lement, ID. IV, 300.

— ÉTYM . Espagn. complacer; ital. compiacere ;du latin complacere , decum, avec, etplacere, plaire.

COMPLAISAMMENT (kon-plè-za-man), adv. Avecou par complaisance. Il m’a écouté complaisam-ment. || Ironiquement, avec un sens de blâme. Ilparle trop complaisamment de lui.

— ÉTYM . Complaisant, et le suffixe ment.

COMPLAISANCE (kon-plè-zan-s’), s. f. || 1“ Soin,

désir de complaire. Tant il a de complaisance pourles riches, pasc. Prov. xii. Je refuse d'un cœur lavaste complaisance Qui ne fait du mérite aucunedifférence, mol. Mis. i, 4. Goûtez, avec complai-sance pour Adoam, les plaisirs qu’il vous offre,fén. Tel. viii. J’avais plus espéré de votre complai-sance, rac. Iphig. iii, 4. Un esprit né sans fard,sans basse complaisance, Fuit ce ton radouci queprend la médisance, boil. Sat. ix. Il est bon d’avoirvotre suffrage, mais je veux l’avoir par la force dela vérité, et je ne vous prierai pas même d’avoir laplus légère complaisance , volt. Lett. Mme du Def-fant, 30 juillet 4 773. || 2° Acte de complaisance. Vousvoyez comme je m’y prends et les adroites complai-sances qu’il m’a fallu mettre en usage pour m’in-troduire à son service, mol. l’Avare, i, 4. Vous avezbien fait d’avoir cette complaisance pour M. de Gri-gnan, sév. 667. C'est une simple complaisance del’esprit à la volonté de Dieu , boss. Lett. abb. 146.Traître, pour les Romains tes lâches complaisancesN’étaient pas à mes yeux d’assez noires offenses,

rac. Slithr. iii, 4. Ces complaisances douteuses quevous avez pour cette personne, mass. Car. F. lé-gères. Il ne me trouvait ni assez jeune, ni assezbelle, et il me fut impossible d’en tirer aucune com-plaisance , fonten. Hélène, Fulvie . Si l’Évangileavait des distinctions à faire et des complaisances àaccorder , ma?s. Car. Immutabilité de la loi. Le sou-venir des complaisances d’Alexandre à Tilsitt et à Er-furt confirma l’empereur de France dans cette fausseopinion, ségur, Hist. deNapol. liv. Iii, 4. || Termede commerce. Billet de complaisance, billet expri-mant une opération fictive. || 3° État de l’âme oùTon se complaît, soit à soi-même, soit à quelquechose. Parler d’une personne avec complaisance.Regarder avec un œil de complaisance. Se regarderavec complaisance, être satisfait, outre mesure, desa personne. Ne savez-vous pas que la bonne opi-nion de soi-même et la complaisance qu’on a pourses ouvrages est un des péchés les plus dangereux?pasc. Prov. ix. La mère est regardée avec complai-sance de celui qu’elle a rendu père, boss. Polit.Ce superbe.... se met au rang des gens désabusés[de la religion], il insulte en son cœur aux faiblesesprits qui ne font que suivre les autres sans rientrouver par eux-mêmes; et, devenu le seul objet deses complaisances, il se fait lui-même son dieu,boss. la Vailière. Ciel I avec quel respect et quellecomplaisance Tous les cœurs en secret l’assuraientde leur foi I rac. Bérén. i, 6. Pour une fille.... Croit-elle en ses valets voir quelque complaisance, boil.Sat. x. La complaisance qu’il avait eue à contem-pler sa modération, fén. Tél. xvm. Jupiter la regardaavec complaisance, id. ib. ix. Il sommeillait, molle-ment incliné; Et le vieillard, seul, assis en silence,Le soutenait d’un air de complaisance, malfil. Nar-cisse, ch. n. Il y a dans la domination et la supério-rité une complaisance naturelle que le christianismemême a beaucoup de peine à régler, fléch. i,p. 267. || 4" En style biblique, au pluriel, affection.Dieu dit dans l’Évangile : C’est ici mon fils bien-aimé,