Celui qui veut faire un emploi sérieux de la vie doit toujours agir comme s’ilavait à vivre longuement, et se régler comme s’il lui fallait mourir prochainement. Lapremière de ces réflexions m’a déterminé à entreprendre un travail qui demandait,quand je le commençai, plus d’années et de santé qu’il n’en est d’ordinaire accordé.La seconde m’engage à informer ceux qui prennent quelque intérêt à mon oeuvre,qu’elle est complètement terminée en manuscrit depuis un an, et qu’en cas demaladie ou de mort l’achèvement, qui n’est plus bien éloigné, ne sera pointarrêté. J’ajouterai qu’à ce terme, pour lequel je me suis astreint à de longues veilles,je serais arrivé moins tôt, si une collaboration domestique, aussi gracieuse quedévouée, ne l’avait notablement avancé.
J ai à dire bien peu de chose; mais ce peu, je tiens singulièrement à le dire, nevoulant pas laisser s’échapper l’occasion de joindre le souvenir de M. Hachette àce dictionnaire, qui, sans lui, ne se serait pas fait. Exprimer ce que l’on ressentpour les morts est une satisfaction; c’est, ce semble, leur serrer la main une fois deplus. Après le deuil de la femme et des enfants vient le deuil des vieux amis. Hachette.(pourquoi ne me servirais-je pas de cette appellation familière usitée entre nousdepuis bien plus de cinquante ans?) avait été mon camarade de classe dès la premièreeniance; jeune intimité pour laquelle le reste de la vie n’offre rien d’équivalent, etqui devient si puissante quand, dans le cours de l’âge, elle s améliore et se fortifiepar les bons sentiments et par les bons offices. Bons sentiments, bons offices, rienn a manqué a notre longue liaison, pas même une certaine fierté de nos succès, mu-tuelle et quasi fraternelle. Il ne nous a pas été donné de vieillir ensemble. Perdre,on ne meurt pas, ceux avec qui on a commencé la vie, c’est le destin de l'homme ;m ais c’est ce que ce destin a de plus dur.
Le dictionnaire que j ai entrepris a été de si longue durée, que voilà encore unde ceux qui y ont mis la main saisi par la mort avant d’en avoir vu la fin. M. Sommer,enlevé à l’Université et à bien des travaux estimés, l’a été aussi à la collaboration
DICT. DE LA LANGUE FRANÇAISE. ,
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