DE TURENNE, LIVRE VI. 5,1
geoit toutes leurs fatigues, & ne demandoit d'eux que cequ’il faifoit lui-même ; il ne les laissoit jamais oisifs, per-suadé que s'il ne les employoit pas bien, ils s’employeroientmal > mais observant toujours un juste milieu entre le mou-vement excessif &c la trop grande inaction, il pourvoyoicavec une extrême attention à tous leurs besoins, fe conten-toit de peu , & fe refufoit souvent le nécessaire, soit pourleur donner des marques de fa libéralité, soit dans les temsfâcheux où sis fouffroient de la disette.
Auísi humain pour fes domestiques que pour le Soldat, il neleur fit jamais sentir la bassesse de leur condition par les capri-ces d’une humeur inégale &c hautaine. Sa douceur & fa bontéque l’on a si souvent admirées fur le grand théâtre du monde,ne fe démentoient point dans l’intérieur de fa Famille : enle voyant de plus près,on le reípectoit, on l’aimoit davan-tage. Malgré son extrême délicatesse fur les prérogatives defa Maison , il avoir horreur des maximes monstrueuses queles Grands fe font faites, pour s’autorifer à usurper fur lesautres hommes une autorité tirannique, Le a les méprisercomme si la naissance, les dignités ou les richesses donnoientd’autres avantages solides que celui de pouvoir faire plus debien : en faisant respecter les distinctions établies pour con-server tordre civil , il n’oublioit jamais que selon la loi natu -relu , les hommes ne font réellement distingués que par lavertu &c par le mérite.
t 1 ) Accoutumé à vaincre fans ambition , st triomphoít
( I ) Voyez l 5 Oraison Funcbie de l’Abbé Fléçhier,
Tome IL
N