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BOIÍAEANA.
jugemens du Public lui ayant toujours fait peur : & c’est un scrupulequ’il a porté jusqu à sa dernière vieillesse. La première édition qui parutde ses Satires fut faite fans son aveu , ôc par la supercherie d’un Librairequi surprit un Privilège. Barbin vint en second pour essayer d’en obtenirun de son côté. M. Despréaux ne s y opposa point, mais lui fit entendrequ il ne feroit aucune démarche pour l’impression , ôc que c’étoit assezqu il ne s’y opposât point. Dans ce temps-ìà M. le Chancelier venoit demourir, ôc M. Despréaux avoit commencé son Art Poétique. Barbinvint au Sceau, que le Roi tenoit lui-même à S. Germain. D abord onprésenta à Sa Majesté le Livre d un Moine, dont le titre étoít très-sin-gulier, ce qui excita le Roi à rire en accordant le Privilège pour douzeans, quoiqu’il ne fût demandé que pour fix. Barbin se présenta ensuitetenant à la main une feuille de f Art Poétique , pour lequel il demandoitle Privilège au nom de M. Despréaux. Oh! Pour celui-là, reprit le Roi,je le connois. M. Despréaux n avoir point pourtant paru encore à laCour. Auíïî-tôt le Privilège fut scellé ; mais le Sceau fini, M Pélisson,Maître des Requêtes, remontra au Roi qu’il venoit d’accorder un Privi-lège à un homme qui avoit attaqué toute l’Académie. LeRoifìtlà-dessusquelque réflexion : Mais enfin, dit-il, le Privilège est donné. Pélisson nes’en tint pas là : il alla soulever contre le Satirique M. le Duc de Mon-tausier, dé j a très-indigné qu on n’eût pas épargné dans les Satires Cha-pelain ÔC Cotin dont il faisoit profession d’être l’ami particulier. II s’en alladonc trouver le Roi avec autant d’émotion que s’il se fût agi d’un mal-heur public, ôc fit tant par ses remontrances qu’il porta Sa Majesté, nonpas à révoquer le Privilège, mais seulement à le retenir. Cependant àquelque temps de-là M. Despréaux reçut une lettre qui demeura deuxjours égarée chez lui fans lui être rendue. Après quelle eut été retrou-vée, il en fit lecture, ôc la trouva conçue en ces termes: » Le Roi ma-> ordonné , Monsieur, de vous accorder un Privilège pour votre Art«Poétique aussi-tôtque je saurai lû. Ne manquez donc pas à mel’appor-„ ter tout au plutôt. « Le billet étoit signé, Colbert , ôc écrit de la pro-pre main du Ministre. M. Despréaux y fit réponse en ces termes.
.. Monseigneur, je vois bien que c’est à vos bons offices que je fuis« redevable du Privilège que Sa Majesté veut bien avoir la bonté de« m’accorder. J’étois tout consolé du refus qu’on en avoit fait à mon Li-» braire ; car c’étoit lui seul qui savoir sollicité , étant très-éveillé pour« ses intérêts, ôc sachant fort bien que je n étois point homme à tirer tri-» but de mes Ouvrages. C’étoit donc à lui de s’affliger d’être déchû dune» petite espérance de gain, quoiqu’assez incertaine à mon avis , dès qu’ilU la fondoit fur le grand débit d’Ouvrages tels que les miens. Pour moi,w je me trouvois fort content qu’on m’eût soulagé du fardeau del’impres?w fiorq ôc de l’incertkude des jugemens du Public, n’ayant garde demqr-