B O L AE A N A. Ixj
ses écrits aux Intendans des mœurs, ôc aux Directeurs de conscience.Mais à cela près tout le monde convient qu il a encore s ur Seneque l’a-vantage de n’être point hypocrite; qu’ils’étoit fait une étude du cœurhumain, qui est fort embellie par ses expressions naturelles ôc courageuses.Voilà f opinion qu’en avoit M. Defpréaux. Quest-ce , difoit-il, qn'unSaint-Evremond, que les Sots osent comparer à Montagne? Les écartsde l’un valent mieux que tout le. concert & f arrangement de 1 autre, quin est qu’un charlatan de ruelles, qui fe pannade dans ses termes étudiés,
6c ses maximes prétendues philosophiques. Passons-lui ce qu il a écritfur la Guerre, dont il ne fe démêle pas trop mal. Mais pour le reste,c est un faux Aristarque qui veut toujours juger comme Perrin Dandin,quoiqu’il prenne souvent l’ombre pour le corps. Admirez pourtant la fo-lie d’un certain Public particulier qui a long-temps été ébloui de ses dé-cisions. Pour moi, j’estime plus un seul Chapitre d’Aulugelle, que tousles Miscellanea de cet Auteur.
5 Rien ne choquoit plus M. Defpréaux que des expressions basses,rampantes 6c triviales. Quoiqu élevé dans la poudre du Greffe , ainsiqù'il s’exprime lui-même, son style se sentoit toujours de la noblesse de soncœur. Son frere Puimorin , moins homme de lettres quhomme dugrand monde , avoit retenu grand nombre de ses vers, dont il relevoisla sublimité ôc la plaisanterie. Qu on ne croie pas, difoit-il, que 1 amourfraternel ait part aux éloges que je fais des nouvelles Satires; mais quiest l 5 Auteur qui pourroit s’exprimer avec plus de dignité dans ces deuxvers qui regardent Chapelain:
Lui seul il s applaudit , & L un esprit tranquile,
Prend le pas au Parnasse au-dessus de Virgile.
5 Le style prosaïque déplaisait encore infiniment à M. Deípréaux ; maissur tout il étoit grand ennemi des pointes ôc des quolibets, aussi-bien quedes équivoques, ôc des allusions froides, basses ôc obscènes , commepar exemple, de celle que fait Voiture à une Abbesse , en lui envoyantun chat. C est là qu il lui dit, qu il ne croît pas que les Dames de sonCouvent laissent aller le chat au fromage,
5 Chapelle , difoit-il, tombe assez souvent dans le bas ; témoin cevers fur 1 Eclipse, où il croit avoir dit un beau mot, en s écriant, Garele pot au noir ^ II eût voulu retrancher des Pièces de Molière tout le jar-gon propre a divertir le menu peuple, ôc fur tout le langage Paysan.Vous ne voyez pas , difoit-il, que dans ses Pièces , ni Plante , ni sesconfrères estropient la langue , en faisant parler des Villageois ; ils leurfont tenir des discours proportionnés à leur état, fans qu il en coûte riena la pureté du langage. Otez cela à Molière , continuoit-il, je ne luiGonnois point de supérieur pour l’esprit ôc pour le naturel; çe grand hom-