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» faire quelque chose du néant, il a crû ne devoir enseigner ce grand prin--- cipe, qu'avec des expreílîons communes & íâns ornement. Pourquoi» donc , après avoir rapporté la Création du Ciel & de la Terre d’une» maniéré íî peu étudiée, seroit-il sorti tout d’un coup de sa simplicité ,» pour narrer la Création de la lumière d’une maniéré sublime ? Et Dieu», dit : que la Lumière soit faite , (fi elle fut faite. Pourquoi seroit-il retombé*> dans fa simplicité, pour n’en plus sortir ? Et Dieu vit que la lumière ètoit», bonne , {f il divisa la lumière des ténèbres , {f il appella la lumière Jour ,j> fi les ténèbres Nuit : (f du soir fi du matin fe fit le premier Jour. Tout», ce qui suit porte le même caractère. ( Et Dieu dit: que le Firmament soitt* fait au milieu des eaux 3 (fi sépare les eaux des eaux. Et Dieu divisa lesn eaux , qui étoient fous le Firmaments (fi il fut fait ainsi ; (fi Dieu appella>» le Firmament Ciel , (fi du soir (fi du matin fc fit le second Jour. Dieu», forma le Firmament de la même maniéré , qu’il a formé la Lumière ,», c’est-à-dire, par sa parole. Le récit, que Moïse sait de la Création de», la Lumière, n’est point d’un autre genre que la Création du Firmament.», Puis donc qu’il est évident que le récit de la Création du Firmament>» est très-simple, comment peut-on soutenir que le récit de la Création de» la Lumière est sublime ?,»
Ces raisons font très-solides , pour ceux qui ont lû avec attention lesEcrits de Moïse dans i’Original, ou au moins dans les Versions, & quifont un peu accoutumez au stile des Hébreux. Mais deux choses peuventempêcher qu’on ne s’apperçoive du peu de fondement qu’il y a, en ce quedit Longin. La premiere est la grande idée,que l’on s’est formée avec rai-son de Moïse , comme d’un homme tout extraordinaire. Dans cette sup-position , on lui attribue , sans y penser, un stile tel que l’on croit que doitavoir un homme, dont on a une si haute idée ; & l’on s’imagine que sonlangage doit être sublime, lorsqu’il parle de grandes choses ; & au con-traire médiocre, lorsqu’il parle de choses médiocres, & simple, lorsqu’ils’agit de choses communes ; selon les réglés ordinaires de l’Art, que lesRhéteurs Grecs & Latins nous ont données. Ainsi quand on vient à lireses Ecrits, avec cette prévention, on y trouve ce que l’on croit y devoirêtre, & ce qui n’y est néanmoins pas. On croit voir des figures de Rhé-torique , où il n’y en a point, & on lui attribue des vues fines & recher-chées , ausquelles il n’a jamais pensé. Que si l’on dit que l’Esprit saint,qui a conduit la plume de Moïse, a été capable des vues les plus relevées ,& que par conséquent on ne sauroit expliquer ce qu’il dit d’une maniérétrop sublime ; je réponds à cela que personne ne peut douter des grandsdesseins du S. Esprit; mais à moins qu’il ne les fasse connoître lui-même,il n’est pas permis de les imaginer , comme l’on trouve à propos , & delui attribuer des projets , seulement parce qu’on les juge dignes de lui.J’ose même dire qu’il a exécuté ses desseins par des instrumens foibles &incapables d’eux-mêmes d’y contribuer i aussi bien fous le Vieux, que