D E M. H U E T. 489
»s’éíoigne pas de ce sentiment: ll est ajser^ croïablc , dit-il, que Longin» avoit lû quelque chose dans les Livres de Moïse , ou qttil en avoit entendu" parler.
« Le Philosophe Arisiobule , tout Juif qu’il étoit & passionné pour Moïse» comme tous ceux de fa Nation , n'a pas laissé de bien distinguer la pa-» rôle dont Dieu se servit, pour créer le Monde , d’avec la parole, que» Moïse a emploïée pour nous en faire le récit. Il ne faut pas nous imagi-» ner, * dit-il, que La voix de Dieu soit renfermee dans un certain nombre * g uf - e .» de paroles 3 comme un discours , mais il faut croire que c cfi la production í>îum Prap.» même des choses , & c’est en ce sens que Moise appelle la Création de lU- sss- Ltb -» nivers , la Voix de Dieu ; car il dit de tous fes Ouvrages : Dieu dit, & il fut * c " li "
» fait. Vous voïez, Monseigneur, que cette remarque n’est pas faite pour» la création feule de la Lumière,mais pour la création de tous les Ouvra-» ges de Dieu, & que, selon cet Auteur, le Merveilleux & le Sublime, qui» ie trouvent dans ['histoire de laCréation, font dans la parole de Dieu ,
» qui est son opération même, & non pas dans les paroles de Moïse. Ari-»,stobule poursuit en ces termes des d mon avis d quoi Pythagore, So-*> crate & Platon ont eu égard , quand ils ont dit que , lors qu v ils confide-» roient la Création du Monde , il leur fembloit entendre la voix de Dieu.
» Ces Philosophes admiroient le sublime de cette voix toute-puissante,&
» n’en avoient remarqué aucun dans les paroles de Moïse, quoiqu’ils ne» les ignorassent pas. Car , selon le témoignage du même Arisiobule , on,> avoit traduit en Grec quelques parties de la Sainte Ecriture avant Ale-» xandre v & e’est cette traduction que Platon avoit lûe ». .
Je ne croi pas que Platon ait jamais lu rien de Mode j’ai dit les rai-sons , que j'en ai dans Y Ars Critica , Tom. 3. Epist. VII. Cet Arisiobule ,
Juif & Peripateticien, m'est extrêmement suspect ,aussi-bien qu’à M. Hody^que l’on peut consulter dans son Ouvrage de la Version des Septante,
Liv. I. Chap. 9. Quand même ses Livres leroient véritablement d’un Juif,qui auroit en effet vécu dans le tems de Ptolemée Philometor , sous IequeiArisiobule doit avoir vécu, je ne eroirois pas pour cela que Platon eûtpillé l’Ecriture Sainte, pendant que je n’en voi aucune preuve solide, 8cque j’ai même de très-fortes raisons de ne le point croire. Mais quoi qu’ilen soit, cet Arisiobule , vrai ou faux, a assez bien réussi, dans son explicationde ces mots, & Dieu dit. J’en ai déja parlé dans mon Commentaire sor?la Genese , & je ne repérerai pas ici ce que j’y ait dit. Voïons ce qu’ajoût©notre Prélat-
«Je dis de plus ,que tant s’en faut que cette expression de Morse soie-» sublime , elle est au contraire tròs-commune & très-familiere aux Auteurs» Sacrés - ,de sorte que si c’étoit une figure,étant emploïée aussi sou vent qu'elle» l’est, elle cesseroit d’être sublime, parce qu’elle ceíìèroit de toucher le Lee-M teur ; & de faire impression fur son esprit, à cause de sa trop fréquente repé-* tition. Car, selon * Jpuintilien , les figures perdent- le nom de figures fub.u.c.iTome II. * Q q q