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JARDINS NATURELS.
La théorie de l’art des jardins est assez difficile à mettre en précepte, parce que cet artsemble ne reposer sur aucune base certaiue, et n’avoir de fondement que le caprice, l’imagina'tion, ou la volonté de celui qui le met en pratique : on se trompe cependant si l’on envisage lacomposition des jardins pittoresques ou naturels sous ce point de vue ; il ne faut rien moinsqu’un goût exquis, un tact fin, des connaissances en géométrie et en architecture, un jugementsain, une grande habitude de comparaison et d’observation, et l’enthousiasme des beautés de lanature, pour créer un jardin. Cependant tout le monde se mêle de dessiner des plans de jardins ;les jardiniers même abandonnent la bêche et la serpe, s’emparent du crayon, et donnant tmlibre cours à leur burlesque imagination, tracent sur le papier des idées qu’ils croient sublimes,parce qu’elles se composent d’alléesbien contournées, bien tourmentées, de rochers mesquins,de petits ponts, de grottes, etc. etc. ; mais comme cet art, ainsi que tous les autres, est du dom-inai ne du goût et de l’étude, ils ne font que des choses informes et ruineuses.
Vers la fin du siècle dernier, plusieurs auteurs célèbres écrivirent sur les jardins, et ce sonteux que nous consulterons, pour tracer aux amateurs de ce genre maintenant adopté enFrance , la marche qu’ils doivent suivre dans la composition des jardins naturels.
C’est ici l’occasion de faire remarquer le pouvoir de la routine sur les hommes, et l’aveu-glement de nos ancêtres, qui ont négligé si long-tems les scènes aimables et enchanteressesque leur offrait continuellement la nature, les charmes et les grâces naïves des campagnes,la piquante variété des tableaux d’un l>eau pays, pour leur substituer de froides décorations ,des allées éternelles bien aîlignécs: des arbres mutilés et taillés en arcades, des pattes d’oies,des labyrinthes sans fin, des rampes, des bosquets contournés, des terrasses composéesde cent ressauts, desmonumens en treillages, enfin deslieux où tout étaitsoumisau cordeauetoùla géométrie imprimait si mal-à-propos la froide monotonie de ses règles sévères, où les végé-taux étaient déguisés sous mille formes ridicules, où la nature enfin était contrariée, défiguréeet cruellement dégradée.
Quelle illusion agréable, quelles délicieuses sensations ne produisent pas nos jardins pitto-resques, où la végétation est libre de toute contrainte; où l’art n’a lait que consulter la natureet a reçu ses lois ; où l’on n’apperçoit qu’une simplicité séduisante, et des beautés qui ne pui-sent leur source que dans la richesse et la situation du sol !
« De tous les objets qui frappent nos regards, dit M. Morel , dans sa Théorie des Jardins , il» n’en est point dont les impressions soient aussi vives : il n’en est point qui aient un empire» aussi universel sur le coeur de l’homme, que le spectacle de la nature ; grand et majestueux,)> il nous étonne et nous en impose ; aimable et intéressant, il nous charme et nous attire; ainsi)) la nature, simple et tout-à-la-fois magnifique, tire de la disposition, de l’accord des objets)) dont elle compose ses tableaux, et les effets sublimes qu’elle nous présente, et les grâces» naïves qui la parent; variée dans ses formes, riche dans son ordonnance, proportionnée dans» ses inégales dimensions, elle se modifie à l’infini; tantôt grave et sérieuse, tantôt gaie et» riante; ici bruyante et agitée, ailleurs silencieuse et tranquille, la nature embrasse tous lesU caractères : elle trace des tableaux de tous les genres ; quelquefois mâle et vigoureuse da ns
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