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Tome I. [A - D.]
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dans un assezbon terroir,à 22. lieues d’Alexandrette, & dela mer de Syrie. Les Auteurs Latins k nomment Alepum , &Chalybon , & toutes les Nations du monde qui y abordent, larendent célébré pour le commerce. Les Arabes qui la nom-ment Aleb dans leurs histoires, lans faire mention d’aucunautre nom, la prirent fan 15.de l’Hegire de Mahomet,qui estenviron fan 637. du Christianisme, fous le régné d’Hcra-clius, Empereur de Constantinople»

Cette ville est bâtie fur quatre collines» Le château estfur la plus haute , qui fait le milieu d’Alep , & qui est sou-tenue par des voûtes en quelques endroits, pour empêcherque la terre ne f éboule. Ce château peut avoir cinq ou sixcens pas de tour, & fes murailles & les tours, quoyque depierre de taille, font d’assez peu de défense. On rfy peutentrer que par une porte., qui est du côté du Midy , fanspont-levis ; & son s y rend fur quelques arcades qui traver-sent le fossé, profond d’environ six ou sept toises. 11 rfyen a guere que la moitié où seau fe puisse arrêter, encoreest-ce une eau croupie, qui ne coule point ; le reste du fosséest sec. On tient <f ordinaire une forte garnison dans cettePlace , où il vient de seau par un canal, des fontaines de laville. II n’y passe point de riviere,& il rfy en a qtfune petitequi coule dehors. Les Arabes la nomment c oïc. Quoy qtf el-le ne puisse passer que pour un ruisseau, on ne laisse pas cf entirer de grandes utilisez, parce quelle sert à arroser tous lesjardins, où il croît des fruits en abondance , & particulière-ment des pistaches plus grosses & d’un goût plus relevé quecelles qui viennent proche de Caíbin.

Au défaut d’une riviere, il y a dans Alep beaucoup defontaines & de réservoirs d’eaux, qu’on fait venir de deuxlieues loin. La ville a plus de trois milles de circuit,dont plusde la moitié est lans fossé, & ce qtfily en a n’a pas plus detrois toises de profondeur. Les murailles font assez bonnes,& toutes de pierres de taille, avec plusieurs tours quarrées,distantes les unes des autres de soixante & dix ou quatre-vingt pas, entre lesquelles il y en a d’autres plus petites ;mais ces murailles ne font pas égales par tout, & il y a desendroits où leur hauteur n’excede pas quatre toiles. Lesrues font toutes pavées, à f exception de celles des Bazars,qui font des rues où les Marchands & les Artiíàns tiennentleurs boutiques ; les principaux , & qui font le plus grandnombre, font les ouvriers en foye, & ceux qui font le ca-melot de poil de chèvre. On entre dans la ville par dix por-tes, qui rf ont ni fossez ni pont-levis. II y a fous f une de cesportes, un lieu que les Turcs ont en grande vénération. Ilsy tiennent des lampes allumées, & disent que le ProphèteElisée a demeuré quelque temps en cet endroit là. Les édifi-ces, tant publics que particuliers, ne font beaux que par‘dedans.Leurs murailles font revêtues de marbre de disseren-tes couleurs, & les lambris enrichis de feuillages & Récritu-res en or. Les fauxbourgs d’Alep font grands & peuplez, &presque tous les Chrétiens y ont leurs maisons & leursEglises.

II y a dans cette ville quatre fortes de Chrétiens Levan-tins , des Grecs, des Arméniens, des Jacobites ou Suriens,&des Maronites. Les Grecs font environ quinze ou seize mil-le. Ils ont un Archevêque, & leur Eglise est dédiée à saintGeorge. Les Arméniens, dont f Eglise est dédiée à la Vier-ge , sont à peu prés douze mille, & ont un Evêque, qu’ilsappellent Vertabet. L’Eglife des Jacobites est aussi dédiée àla Vierge, & gouvernée par un Evêque. Ils font environdix mille ; & les Maronites ne passent pas douze cens. Ceux-là dépendent du Pape, & leur Eglise est sous le titre de saintElie. Les Catholiques Romains ont trois Eglises servies parles Capucins, les Jésuites, & les Carmes Déchaussez.

Quant aux Mosquées, il y en a environ six-vingt,tant de-dans que dehors la ville. On en voit six ou sept assez super-bes , avec de beaux dômes, & trois couvertes de plomb. Laprincipale & k plus grande de toutes, étoit une Eglise deChrétiens, qtfon appelloit Albba , c’est-à-dire Oiiye. Oncroit que c’est sainte Heleine qui l’a bâtie. Il y en a une dansun fauxbourg, qui a été aussi autrefois une Eglise de Chré-tiens , & l’on y voit une chose remarquable. C’est une pier-re de deux à trois pieds en quarre, qui est dans le mur, àcôté droit de la porte. Dans cette pierre est une figure tres-bien faite d’un calice, & d’uné hostie au dessus, avec uncroissant qui couvre l’hostie, & dont les deux pointes des-cendent fur les bords de la bouche du calice. Plusieurs Con-suls ont voulu l’acheter , & quelques-uns en ont offert juf-qu’à deux mille écus ; mais les Bachas d’Alep n’ont jamaisvoulu la vendre. On compte dans la ville & dans les faux-

bourgs environ deux cens cinquante mille personnes, qua-rante carvanferas, & cinquante bains publics. Il y a deuxou trois Colleges, mais peu d’Ecoliers, quoy qu’on ait ga-gé des gens de Lettres pour enseigner la Grammaire , uneefpece de Philosophie, & les choses qui concernent la Reli-gion,qui font les sciences où ils Rappliquent le plus. La villeest gouvernée par un Bacha, qui Commande toute la Pro-vince , depuis Alexandrette jufqu’à fEuphrate. Sa garde estpour l’ordinaire de trois Cens hommes. II y a aussi un Aga,ou Capitaine de Cavalerie , tant dedans que dehors la ville,qui commande environ quatre cens Maîtres; Lt un autre Agaui a fous luy sept cens Janissaires. Ce dernier est maîtrees portes de la ville, dont on luy apporte les clefs tous lessoirs, & il ne releve point du Bacha.

Le château est aussi fous un autre Commandant, qui estenvoyé immédiatement de Constantinople,& qui a fous luydeux cens Mousquetaires, & tout le carton en son pouvoir.II y en a vingt-cinq ou trente, huit grossis pieces, les autresfort petites. II y a encore un Aga ou Capitaine de la ville ,qui commande trois cens Arquebusiers , fans parler d’unSous-Bachi, qui est comme un Chevalier duGuet, qui faitla ronde la nuit avec fes Officiers par la ville & par les faux-bourgs. C’est luy qui fait executer la Sentence du Bacha ,quand il a condamné quelqu’un à mort. Quant au Civil LLà la Police, il y a un Cadi ou Président fans Assesseurs. IIjuge seul de toutes les causes Civiles & Crimineles , & fait& dissout tous les contracts de mariage. C’est luy qui créétous les Maîtres Jurez de chaque Métier, & tous les actesd’achapts & de ventes se passent en sa présence. La receptedes droits du Grand Seigneur est faite par un Tester da r ouTrésorier General, qui a fous luy des Receveurs particu-liers en divers départemens. La Religion regarde le Moufti,qui est le Chef & l’Interprete de la Loy, tant en Ce qui con-cerne les cérémonies, que les causes civiles qui pourroienty survenir. II y a encore entre les gens de la Loy un Chiekeou Docteur, ordonné pour instruire les nouveaux convertisau Mahometifme, & leur en apprendre les maximes & lescoutumes.

Le trafic est grand à Alep, d’étofes de foye & de came-lots de poil de chèvre ; mais principalement de noix de gale& de valànede , qui est la coque du gland , fans quoy lesConrroyeurs ne peuvent bien préparer leurs cuirs. 11 s’yfait aussi grand negoce de savon, & de plusieurs autres mar-chandises, & il s’y rend des Negocians de tous les endroitsdu monde. Qn voit toujours à Alep quantité de François,d’Italiens, d’Anglois & de Hollandois, & chaque Nation ya son Consul, pour le soutien de fes intérêts & de fes droits.Tavernier fait remarquer que ce grand commerce ne fe faitpas comme quelques-uns ont écrit, par la commodité desdeux rivières de l’Euphrate & du Tigre, par lesquelles ilsdisent que les marchandises fe transportent en descendant &en montant. La quantité de moulins, dit-il, qu’on a bâtisfur l’Eqphrate, que les Turcs appellent Morat-Sou,cn empê-che la navigation,& la rend dangereufe;& íï en l’année 1638 »une partie de l’armée du Grand Seigneur, & plusieurs mu-nitions de guerre, descendirent fur cette riviere, quand ilalla mettre le siégé devant Babylone, ce fut parce qu’on ôtatous les moulins, ce qui ne fe fit pas fans peine , & fans degrands frais. Pour le Tigre, il n’est guere navigable que de-puis Bagdad jufqu’à Balfara, où on le monte & on le des-cend avec des barques. En descendant on fait d’ordinaire lechemin en neuf ou dix jours;mais il y a cela d’incommode,qu’au moindre village ou pavillon que l’on trouve fur lebord, il faut leur donner ce qu’ils demandent, afin d’avoirle passage libre. Alep est aprés Constantinople & le Caire, laplus considérable ville de tout l’Empire des Turcs. On voita demi lieuë de là une grote, où ils disent que Hali a de-meuré quelques jours; & parce qu’il y a une figure assez malfaite d’une main imprimée dans le roc, ils prétendent quece soit la main de Hali, qui a voulu laisser de fes marquesdans cette grote. Elle est fur un coteau fort agréable, qui estla promenade des Francs. Proche d’Alep,du côté du Levant,est une Maison de Dervis, qui a été autrefois un Couventcélébré, de l’Ordre de saint Basile. II est encore en fort bonétat,Le toutes les salles,les chambres & les galeries font revê-tues de marbre. * Tavernier , Voyages de Verse, Tome 1. li. 2.chap. 2.

ALEPHANTE. Temple ancien qu’on trouve fur la cô-te de Bonbain, dans le Royaume de Decan. On croit qu’ila été bâti par Alexandre le Grand. II est taillé dans le r oCau bord d un fleuve dont on ne fçaúroit trouver le fond*