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Tome I. [A - D.]
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il demeure avec ses enfans, qui ne font point mariez, teuxqui le font ont chacun la leur à part autour de celle dupere. Toutes ces cases qui n’ont point d’autre plancher quele toit, font séparées en deux ou trois chambres, dont f unesert à manger , une autre à coucher, ou à recevoir ceux quileur rendent viíite. Quelques-uns en ont une petite parti-culière , où ils mettent leurs arcs, flèches, haches, serpes,couteaux , & autres ustenciles. Au milieu de toutes ces ca-ses , ils en font une grande commune qu’ils nomment Caïbet,qui a toujours soixante ou quatre-vingt pieds de long, Scest Composée de grandes fourches , hautes de dix-huit ouvingt pieds, plantées en terre. Ils posent fur ces fourchesun latunier, ou un autre arbre fort droit, qui sert de faîte.'Ils y ajustent des chevrons, qui viennent toucher la terre ,& les couvrent de roseaux ou.de feuilles, de latunier,ce quiest cause qu’il fait fort obscur dans ces carbets.où il ne vientaucun jour que par la porte, qui est íì basse,qu’on n’y peutentrer fans fe courber. Ceux qui ont des lits de coton , lesportent par tout avec eux ; Sc quand ils fe vont coucher, ilsles pendent à dés arbres, ou à deux fourches de la case.Ceux qui n’en ont point , couchent fur des cabanes, com-posées de quatre bâtons,tissuës par dedans d’éguillettes dé-corées de mahot. Ces Caraïbes étant fort frilleux, font tou-jours du feu fous leurs lits. Cela les garantit des Marin-goins; & fur tout ,à ce qu’ils disent,des malins esprits.

Les femmes accouchent avec des douleurs assez legeres,& si le travail est rude en quelques-unes, elles sçavent lesoulager par la vertu de la racine d’une plante, dont elles ex-priment & boivent le suc. Len fautif est pas plutôt né qtfonva le laver. On le met dans son petit lit de coton , Sc lamere dés le lendemain s’employe au ménagé comme à l’or-dinaire. Este jeûne quelques jours, ne mangeant que de Jâcassave sèche, buvant de seau tiede, & fe gardant bien furtout de manger des crabes semelles, parce qtfelles font per-suadées qu’elieS feroient mal au ventre de leur enfant. Ce-pendant elles s’occupent à lu y écraser &applatir le nez &ìe front. Si c’est un garçon Sc un premier né , le mari fe metau lit, fe plaint, & fait l’accouchée. On luy pend prompte-ment un lit au haut de la case , & on luy sait faire une diettedes plus rigoureuses. Les dix premiers jours il n’a qu’un peude caílàve sèche avec de l’eaír, Eufuite il commence à boireun peu d’Ouicou ; mais il f abstient de toute autre choie, nemangeant que’ le dedans de la cassave, & gardant le restepour le jour du festin,qui lésait au bout de quarante jours.Ce temps venu , il invite fes parens & feS amis ,lesquels étantarrivez , avant que de fe mettre à manger,découpent la peaude ce malheureux avec des dents d’Agouti, & tirent du sangde toutes les parties de son corps ; ensuite de quoy ils pren-nent soixante ou quatre-vingt gros grains de piment ,oupoivre dinde , le pius fort qu’iis puissent trouver, & aprèssavoir bien broyé dans de seau , ils lavent avec cette eaupimentée les playes Sc les cicatrices du patient, qui est obli-gé de souffrir cette cuisante douleur sans dire un seul mot,âmoins qu’il ne veuille passer pour un lâche. Cette cérémo-nie achevée, on le remet dans son lit, où il demeure encorequelques jours, & les autres vont faire bonne chere à fes dé-pens dans leCarbet. Pendant six mois il ne mange ni oiseauxni poissons, croyant que s'il en mangeoit, non seulementçette nourriture préjudicieroit à sensant, mais qu’ii parti-ciperoit aux défauts naturels des animaux, dont le pere feferoit repu. Par exemple, s’il mangeoit de la tortue,l'enfantferoit lourd , Sc n’auroit point de cervelle ; s’il mangeoit dulamantin ,il auroit les yeuxpetits & ronds,de même quecet animal, & ainsi des autres. Pendant tout ce temps j ils

f 'ardent une étroite continence avec leurs femmes, dont ilse séparent si-tôtqu’eiies ont conçûjmaisils ne font ce grandjeûne qu’au premier enfant. A la naissance des autres, leurdicte ne dure que quatre ou cinq jours. Ces six mois étantexpirez j le pere invite un de fes meilleurs amis pour être leParrain de Pensant, ou une marraine si c’est une Este. Apresun banquet fait à leur mode, on luy coupe un peu de che-veux fur le devant de latête,& on luy perce le gras des oreil-les , & sentre-deux des narines, où son passe deux ou troisfils de coton , de peur que les trous ne fe rebouchent. Ilsluy font la même chose à la lèvre de dessous. Si Pensant leurparoît trop foible pour souffrir cette douleur, ils diffèrentsoperation jusques au bout de l’année, & fe contentent deluy couper les cheveux. Cela fait ils luy donnent le nomqui luy doit demeurer toute la vie, & en reconnoissance lepere Sc la mere de Pensant oignent le col & la tête du Par-rain ou de la Marraine avec de Phuile de palmiste. Les Ca-

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raibés en gardant le premier nom qu’on leur donne, 01 ! ^ceux qui ont vécu avant eux, ou de divers arbresfl u ‘ sttrouvent dans leurs Isles , ne laissent pas quelquefois “prendre un autre dans un âge avancé, quand ils fe st >nt £? e frez à la guerre avec valeur, Sc qu’ils ont tué quelque L ^des Aroixagues. Aiors ils prennent son nom pour marquePavantage qu’ils ont remporté. Les femmes iPemwastl^Cpoint leurs enfans ; Sc quand estes les voyent un peu rodtes par le lait qu’ils ont fuccé, elles leur donnent des p ataou des bananes , qu’elles mâchent avant que de lesmettre dans la bouche, & à peine ont-ils trois ou ss ua çmois, qu’ils marchent à quatre pâtes dans toute la case,roulant incessamment fur la terre , à quoy ils s’aceoûtuwesi bien , que lors qu’ils font grands, ils courent de cetteçon avec autant de vitesse,que ceux des Européens qU> crent le mieux. Tous mangent de la terre, meres & . a Àce qui ne sçauroit venir que d’un excés de mélancolie' °j eSest l’humeur dominante dans tous les Sauvages. Ellesaiment avec beaiîcoup de tendresse,les portant par tout iles bras, ou dans un petit lit de coton,qu’eíles ont en ecnpe lié par dessus Pépaule. Quand ils font un peu % eZ Ljij e jgarçons suivent le pere, Sc mangent avec luy , & l eS çdemeurent avec la mere. On les éleve en vrayes brutes »* 3respect, fans civilité , ce qui les fait vivre dans un ,ê r3 *? ] e sbertinage. Tout le soin que Pou prend d’eux , c’est derendre fort adroits à tirer de Parc, & pour cela,à p e,ne L event-iis marcher, qu’on attache leur déjeuné à une Er anC td’arbre, d’où il faut qu’ils Pabbattent avec la flèche s u s 0 .envie de manger. Selon qu’ils croissent en âge, on fssP^plus haut leur portion. Lors qu’úne fille devient nubstf»pend son amac ou lit à la case, & on la fait jeûner dix^fans luy donner que de la cassave sèche, &un peu d° uJ ,cou. Si elle attrape la nuit quelque morceau de cassave p°soulager la faim qui la presse, ils la regardent coimuefainéante, qui ne vaudra rien pour le travail. , s ;

Ils destinent d’ordinaire tous leurs fils à porter les ar ? on tmais avant qu’ils puissent être mis au rang de ceux st' 1 ! $droit d’ailer à la guerre,ils doivent être déclarez SoI° a ^en présence de tous leurs parens & leurs amis, Sc vC> yuscérémonie que l’on observe. Le pere ayant assemblé A-anciens du Carbet, fait aíìéoir son fils fur un petit siE ’après savoir animé à fe venger de fes ennemis, il pr enCl ssjles pieds un oiseau de proye, que les unsnomment& les autres Monsfenit ,Sc il en décharge plusieurs c ° tí ^ S ç 0 \tluy, jufqu’à ce que l’oifeau soit mort, & que la tête. eD uCentierement écrasée. Quoy que le jeune Caraibe f° Jt . ^ {eétourdi de tant de coups, il ne faut pas qu’il dise lc n * 01 / 1 j emot, ce feroit une marque de lâcheté. Le pere aI ^ a j ecœur de l’oifeau, & le fait avaler au fils , afin q u “. 3 ^jt,courage d’avaler de même celuy de fes ennemis. Ç ela ^on luy feariste tout le corps avec une dent d’agouE’^ Ple guérir de les blessures, on trempe Poifeau dans U ne . in osllion de grains de piment, & on les en frotte.luy pend un lit au haut d’une petite case à part, & " Vmeure couché de son long jufqu’à ce que fes forcés sspresque toutes épuisées par Je jeûne. II faut que ce loihomme qui luy porte le peu qu’il mange pendant ce relissiâ ; si c’étoit une femme, il feroit moins genereUX. ,

Les peres destinent quelquefois leurs fils à être ^

à-dire, Magiciens Sc Médecins. Dans ce dessein, il* ' eS a ,voyent à quelqu’un de ceux qui font en plus grande rC Ption de fçavoir évoquer les esprits malins, de donneiforts pour fe venger de fes ennemis, & de guérir P , ^ a ,'zmaladies, aufquelles ceux de cette Nation sont sujets ; ^il faut que celuy que l’on présenté au Bojé pour être líìí ‘fi tdans son Art, y ait été consacré dés fa plus tendre Ê un : e û-par l’abstinence de plusieurs fortes de viandes, p ar •írLe»nés rigoureux ; & que pour commencer son app reptI a yeCon luy tire du sang de toutes les parties de son cofP sdes dents d’agouti. c 0 û.

Avant que les Caraibes eussent altéré leurs ancie n ,° £ . jj stûmes, par le commerce qu’ils ont avec les Chrê* ÍÊ ’jne prenoient pour femmes légitimés que leurs couss 1maines, qu’ils alloient choisir fans autre cérémonie, u „me leur étant acquises de droit ; mais prefemewenk i f ur _vent épouser des filles qui ne sont point leurs parent es »st _vu qu’ils les demandent au pere & à la mere. Ib ° e r s quitent aucun degré de confanguinité. II y a eu des pe, reont épousé leurs propres filles, Sc des meres qui R ^riécs avec leurs fils. La chose est rare ; mais il est c0 j aU e-de voir un même homme mari de deux soeurs, Sc q uc 4