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Tome I. [A - D.]
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pour le faire souvenir que tout Roy qu’il est, il ne sera un)°ur que poudre & que cendre. Le nouveau Prince dé-puré huit jours fans sortir pour recevoir les congratula'Pons'de la Noblesse Negre, du Clergé & des Portugais. Lesgentilshommes Negres le saluent en se mettant à genoux«evant luy, & battant des mains en signe de joye. II leurdonne fa main à baiser. Les Portugais plient feulement ungenoiiil, & les Prêtres ne font qu’une reverence,& portentJ? main au visage en fe levant. La semaine suivante le Royse sait voir au Peuple dans la Place publique, & fait un d if.c ours, dans lequel il promet qu’il n’aura pour but dans tou-tesfes actions que la prospérité du Royaume ,1e bonheurde ses Sujets,& la propagation du Christianisme. Le Peupleluy fait alors le ferment de fidélité; mais il ne le garde guere.Ce font des inconstans & des gens fans foy, qui fe révoltentPour la moindre chose. Ils luy imputent-les pluyes trop fré-quentes , les grandes sécheresses, & tous les malheurs ino-piné?. Ainsi dés que les choses vont autrement qu’ils ne lesouhaitent, c’est le Roy qui en est la cause , & qui expie parsa mort leurs bizarres fantaisies. On dit aussi que depuis soi-xante ou quatre-vingts ans ils ont eu un fort grand nombrede Rois.

Le Comte de Songo, qui est le plus puissant des Vassauxdu Roy de Congo, n’en est pas le plus soumis. Comme lafo.êt de Findemguolla, dont ses Etats font environnez,les rend presque inaccessibles à une nombreuse armée, ceComte ne veut plus le reconnaître pour Souverain , & pré-tend devoir recevoir de luy la qualité d’Allié ; aussi ont-ils?U ensemble plusieurs guerres. L’équipage militaire desCongois est fort singulier. Les Capitaines portent des bon-nets quartez, ornez déplumés de paon,d’autruche & autresoiseaux. Ils ont le dessus du corps nud,íì ce n’est qu’ilsportent fur les épaules & au dessous des aisselles, des chaînesde fer passées en sautoir,dont les boucles font de la grosseurssu doigt. Les armes dont ils fe fervent, font de grandes ha-ches larges, des poignards, qui ont un manche comme noscouteaux, des arcs de six paumes de long, des flèches avecUn fer à crochets, & des plumes pour les rendre plus lege-xes, des mousquets, des fusils, des écus cf écorce d’arbre ,garnis d’une peau de buste. Comme il n’y a point de che-v aux en ce Pays-là, tous font fantassins. La marche fe faitau son du cornet & du tambour, fur le commandement duGeneral, mais avec peu d’ordre ; ils /éloignent trop les unsdes autres pour escarmouches. Ils font fort adroits à se tour-ne r, à changer de poste, & à parer les coups. Quelques jeu-nes gens commencent l’attaque , portant de petites clochespendues à la ceinture, pour /animer par ce bruit. Au signaldu Commandant, ce premier bataillon fe retire aprés avoircombattu quelque temps, & un autre luy succédé. Le Ge-neral se tient au milieu de farinée , & s’il arrive qu’il de-meure fur la place, toutes fes troupes prennent aufli-tôt lafuite, fans que les Officiers inférieurs les puissent retenir uníèul moment.

L’année de ces Peuples commence avec l’Hiver vers le•quinzième de May. C’est le cours de la Lune qui formeleurs mois. Les sept jours de la semaine font distinguezpar sept Marchez qu’on tient consécutivement en divers•endroits; mais ils ne sçavent pas compter les heures. Tousles Sujets du Roy de Congo parlent une même Langue.Avant que le Christianisme y eût été introduit, les Grandsssavoient point d’autre nom que celuyde leur Seigneurie ,Comme Manì-Songo , Seigneur de Songo ; & les personnes ducommun prenoient des noms de plantes & d’animaux ; maisdepuis, çn leur administrant le Sacrement de Baptême , onleur en a imposé à la maniéré des Chrêtiens.On tire fort peud’Efclaves des Provinces de Pembo, de Songo & de Bamba.Ce font gens accoûtumez à vivre en repos, & qui ne pou-vant souffrir le travail,meurent aussi tôt qu’on les transporteen un Pays étranger. La ville capitale du Royaume s’appelle&anz,a. Les Portugais la nomment S An Salvador. Elle est dansla Province de PembOíC’est le rendez-vous de tous les Mar-chands Portugais, qui y portent de petits tapis de Turquie,de petites cruches de terre bleue , des bassins de cuivre, desdraps d’Angleterre , des simbos de Lovando, dìfferentes estpeces de coquilles qui tiennent lieu d’argent en ce Pays-là ,des bagues, du corail & autres choses. Les Portugais des an Salvador se servent de poids & de mesures ; mais les Ne-

t res n’en connoissent point l’uíage. Ils n’en ont pas grandçfoin, étant extrêmement pauvres. De quarante mille ha-bitans ou environ qui font dans San Salvador , dont la No-blesse fait une bonne partie,à peine pourroit-on trouver dix

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ou douze Gentilshommes qui ayent une chaîne d'or,& quel-ques joyaux peu considérables. Tout le bien des plus riches,íi l’on en excepte quelques Esclaves faits à la guerre, ou ac-quis par violence, ne vaut pas deux cens écus. Les revenusdu Roy de Congo ne consistent qu’en un tribut annuel,queles Ducs de Bamba & de Bata, les Comtes de Songo, dePembo,de Panga , ’sk fes autres Vassaux luy payent. Le jourdestiné à cela est celuy de Saint Jacques. Ce tribut fe payeen fambos, en millet & en bétail, & ce font des Commissai-res Royaux qui le reçoivent. Les Seigneurs assemblez célè-brent la Fête, & le Roy leur fait quelque présent. Toutesdépenses déduites ce Prince a six-vingts écus de reste. Quel-ques Vassaux, outre ce tribut, luy font hommage d’unecouple de buis, & d’autres luy donnent des fruits, des ba-coves, du vin, des noix & de l’huile de palme.

La plus fréquente de leurs maladies est la fièvre, fur touten Hiver, parce que la pluye rend Pair chaud, humide &mal sain. Le remede qu’ils y appliquent est du bois de fan-dal rouge ou gris, réduit en poudre & mêlé avec du vin depalme. II s’en forme un onguent dont on frote deux outrois fois le malade par tout le corps, & cette feule frictionluy rend d’ordinaire la santé. Pour guérir le mal de tête,ilsfe font saigner à la temple. Apres avoir un peu écorché lapeau, ils y mettent une efpece de coquilles, puis succant laplaye avec la bouche pour en attirer le sang , ils en laissentcouler autant qu’ils le jugent à propos. Ils en usent de lamême forte dans la plupart de leurs maux , en tirant du sangde la partie malade pouf la soulager.

II y a dans chaque Province un Juge Royal pour les cau-ses civiles. II a le pouvoir de mettre en prison ou en liberté,

& de condamner à une amende ; mais on en peutappeller auRoy, qui seul décide souverainement, & qui connoît desaffaires criminelles. Ses Conseillers font dix ou douze Gen-tilshommes fes Favoris, avec lesquels il consulte dans toutesles occasions importantes. II fait les Arrêts, & conclut lapaix & la guerre par leurs avis. La Magie & l’Idolâtrie fontpunies sévèrement en ce Royaume. On brûle les Sorciers,&on fait mourir les homicides. La confiscation de tous lesbiens du coupable est une fuite de fa condamnation, & onn’a aucun égard en cela aux plaintes des femmeíAe des en-íans. Tout ce Pays est baigné de plusieurs rivières,à prendredu Nord au Sud. La premiere que l’on trouve aprés avoirpassé Rio de las Barreras 8sj-rr,ou la riviere du Sable Rouge, adans son embouchûre trois petites Iíles qu’on nomme Bmade las Almadas, ou la Baye des Canots, parce que c’est-Iàqu’on les fabrique, & que le Port est bon pour les barques& les petits bâtimens. Au Midy de la riviere du Sable estcelle du Zaire, dans laquelle fe déchargent l’Umbre, Bran-care & Verbele. Aprés qu’on a passé le Zaire en tirant versle Midy, on trouve le fleuve Lelunde, puis l’Ambris, la ri-viere d’Encocoquemetari, & celles d’Onza, de Danda & deBengo. Comme ces rivières fe débordent dans les faisonspluvieuses, & qu’dles inondent les campagnes qu’dles tra-versent , elles les rendent tres-fertiles. Ainsi la Province deBata, celle de Pembo & les circonvoisines, rapportent plu-sieurs sortes de grains en telle abondance, qu’elles en four-nissent les Pays qui n’en ont point. D’ailleurs les terres dePembo font pleines de prez, de vergers & d’arbres fruitiers.Elles produisent une sorte de grain appellé Luco , qui n’estpas plus gros qu’un grain de moutarde. On le réduit en fa-rine , & on le paîcrit comme on fait icy le seigle, 11 y croîtaussi du millet qu’on nomme Maz,a,&c du bled de Turquie,qu’ils appellent Maz,a Mamputo,zvec quoy ils engraissent lespourceaux. Le ris y est à fort grand marché. Les limons,lesoranges, les citrons, les bananes,les dates, les noix de coco,les citrouilles, les melons & les concombres, tout cela yvient fort bien. Les palmiers rendent beaucoup de vin.L’arbre de Gola porte des fruits odoriferans & de bon goût,ce qui oblige les Ethiopiens à en avoir presque toujoursdans la bouche & à les mâcher. Les Orques sont des clpecesde pruniers dont les fruits sont jaunes, & ont f odeur 8c legoût fort agréables. Leurs branches fervent à faire des haies,des palissades & des pavillons, où l’on fe met à couvert duSoleil parl’épaisseur de leurs fc isoles. Les bords de la rivierede Lelunde jusques à San Salvador sont garnis de cedres, 8cfournissent aux habitans du bois à brûler & a faire des ca-nots. Autour des villages maritimes du Duché de Bamba , xauprès de la riviere d’Onza, on recueille quantité de fèves& de millet, & l’on nourrit beaucoup de poulets. Les Mar-chands Etrangers qui viennent fe fournir de ces sortes deprovisions, donnent en échange des Vmos Simbos, de petits

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