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Tome I. [A - D.]
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C O N

CON

fils Antoine. Le Roy de Congo, la Reine & le éadet de leursenfans furent aussi baptisez,& prirent les noms de la Maisonde Portugal ; sçavoir le Roy,celuy de Jean , & la Reine & lejeune Prince, ceux d’Eleonor & d’Àlphonse. Un grandnombre de Congois, hommes & femmes, suivirent l’eXem-ple de leurs Princes, & les Portugais ont travaillé depuisavec de grands foins à chasser l’Idolâtrie de ce Pays-là. îlsont établi plusieurs Maîtres d’Ecole , qui enseignent à lire& à écrire, & les principes de la vraye Religion, entrete-nant plusieurs Prêtres Portugais & Mu!ates,qui en ceíebrentles Mystères selon les cérémonies de PËglise Catholique ;mais quoyque la plupart de ces Negres fassent professionexterieure au Christianisme, le plus grand nombre est en-core Idolâtre dans le cœur - & adore secrètement les Ti-gres, les Loups & les Léopards, s’iraaginant qu’ils ne fçau-roient fans cela fe garantir des effets de leur fureur. Ceuxqui demeurent autour des Eglises font bénir leur mariagepar le Prêtre ; mais ils ne veulent point aller chercher cettebénédiction fort loin , & ceux mêmes qui la reçoivent,n’ob-servent point les conditions fous lesquelles elle est donnée,& prennent autant de Concubines qu’ils ont moyen d’ennourrir.

Les Negres de SongO font des Chrétiens de la même forte.Ensuivant la Religion Catholique,ils gardent encore laPaïenne, & si les Saints n’exaucent pas leurs prières,ils invo-quent les Fetiíis. On trouve plusieurs Eglises dans cetteProvince, & quantité de Pi êtres Negres & Mulates. Quandle Comte de Son go va à la Messe, il fe pare magnifiquement,& porte des chaînes d’or & des coliers de corail. II marchepompeusement au son des tambours & des cors, entouré deses gardes, parmi lesquels il y a cinq ou six Mousquetaires,qui tirent de temps à autre, & d’autres qui portent des dra-peaux suivis d’une grande foule de Peuple. En 1644. &en 1647. Je Pape,à la requête du Roy de Congo,établit uneMission de Capucins, qui alierent de Sicile & de Cadis en cePays-là. Comme ils abordèrent à Songoje Comte en retintquelques-uns, & les autres fe répandirent dans le reste duRoyaume.

Le Roy de Congo commande absolument à ses Sujets, &ceux qui l’offenfent sont condamnez fans miséricorde à unesclavage perpétuel. II porte ordinairement par toùt'un bon-net blanc. II en donne un de même façon à ses f avoris,& auxGentilshommes dont les terres relevent de la Couronne. Cebonnet est comme un titre de Noblesse. C est une marque

3 ifon est tombé en disgrâce, quand le Roy le fait redeman-er. Lors qu’il fort avec tous ses Gentilshommes parez deleurs bonnets, il prend un chapeau par dessus. 11 le quittebien-tôt âpres à cause de la chaleur , & mettant son bonnetde travers & presque tout hors de la tête, comme s’il vou-loir qu’il tombât, ce qui arrive toujours, d’abord tous cesGentilshommes /empressent à le relever ; mais il ne veutplus le reprendre, & regardant cette chùte comme une in-jure sensible , il s’en retourne chez luy tout fâché. Le len-demain il fait payer la folle enchère de cet affront prétenduâ ses Sujets,& envoyé deux ou trois cens Officiers plans touteÉétenduë de ses Provinces. Un de ses divertissemens est detraiter ses Pages & la Noblesse qui se rencontre dans son Pa-lais à l’heure du dîner, & de les servir luy-même. Sur leMidy il fait compter tout son monde , & on luy apportetous les pots. Dans fun il y a des fèves , de la chair dans1 autre, & dans un troisième du millet; mais il n’y a aucunâutre assaisonnement que du sel avec de l’huile de palme.Le Roy sert les Grands Seigneurs les premiers, & fait leursoupe dans une écuelle de bois à chacun séparément, leurenvoyant en même temps une bouteille de vin de palme.On fait asseoir les autres sept ou huit ensemble en diversestables, &on leur donne du potage dans un grand plat. Cefestin étant fini,tous les Conviez viennent fe jetter aux piedsdu Roy,témoignant par leurs abaissemens de tête,par leursbattemens de mains, & par leurs génuflexions, leur recon-naissance pour fa libéralité. Ensuite on passe l’aprés-dînée àprendre du tabac & à boire du vin de palme, & cette sortede débauche est poussée si loin, que bien souvent le Roy &toute sa Cour demeurent étendus fur la place. Quand cePrince fort, toute la Noblesse qui se trouve alors dans lePalais fe met à fa fuite. Les uns vont devant, les autres der-rière ,1e tout par bonds & par sauts, au son des instrumensqui précédent. Ce font de gros tambours, & de longuesflûtes d’ivoire, comme des haut-bois, qui font grand bruit.Ce tintamarre ne cesse point tant que ce Prince est dans lesrues, & quand il va à sEglise, non feulement la Noblesse

Negre,maís encore tous les Portugais Régulier* & Seóstíct&raccompagnent en aliant & en revenant. L'ha bit qu’il porteen public est un grand manteau long fait de foye,de velours*ou de drap doublé de panne avec des chaînes d’or, des bra-celets de corail, & un chapeau fin bordé d’un galon d’or. Ea d’ordinaire à son service cent Pages habillez de grosse ra-tine noire , & ces Pages demeurent dans l’enceinte de sonPalais. II mange à la Portugaise sur une table élevée, où ilest assis tout seul. On le sert en vaisselle d’argent, mais il ena peu. Son fauteuil a une couverture de velours, attachéeavec des clous d’or, & il a un tapis pour marche-pied.

La femme qu’il épouse porte le nom de Mani-Monbandatc’est-à-dire, la Dat% des Femmes , parce qu’il entretientplusieurs Concubines. On leve pour cette Princesse un tri-but par tout le Royaume, & ce tribut est appcllé Pintdfo'La premiere nuit de leur mariage, le Roy fait mesurer tousles lits de ses Sujets, & on paye tant par empan. La Reinèdemeure dans un appartement du Palais avec des Demoisel-*les, qui couchent presque toutes les nuits dehors, laissanttour à tour quelques-unes d’entre elles pour la garde deleur Maîtresse. Cette liberté qu’elle veut bien leur souffrit*est récompensée par la complaisance que ces filles ont defermer les yeux lors qu’un galant s’ofe bazarder à passer pardessus les murailles de l’appartement de la Reine. Elles luyaident à s’introduire dans fa chambre & à fe cacher s’il en est ,besoin. Le Roy couche avec toutes les femmes qui luyagréent, fans se mettre en peine des remontrances de sonConfesseur. II fait même élever de jeunes filles, aufquelsespersonne ne touche jusques à fa mort, ce qui cause beau-coup de chagrin à laMani-Monbanda, qui tâche par toutessortes d'artifices de luy rendre la pareille.

Lors que le Roy de Congo est mort, on /ensevelît toutassis dans ùne grande tombe. C’étoit anciennement la cou-tume que douze jeunes Vierges s’enterrassent avec luy ton- 1tes vives pour l’aller servir en l’autre monde. Toutes lesfilles de qualité prétendoient à cet honneur, & chacunevouloir être la premiere. Elles se paroient de leurs habitsles plus somptueux , & toute la famille leur faifoit desprefens pour contribuer â leur parure. Le Christianisme aaboli ce cruel usage ; mais il est resté d’autres superstitions.Ainsi on célébré les funérailles du Roy en faisant bonnechere pendant la premiere semaine de son décès, & toutesles années le jour de fa mort est une Fête de débauche. Onpratique la même chose à ségard des'grands Seigneurs, Si-on proportionne la dépense à leurs biens & à leur condition.On choisit un successeur d’entre les fils du Roy, fans avoiraucun égard à l’âge ni à la distinction de bâtard & de légitime.Qulequefois on passe les enfans, & on éleve fur le Trône unfrere du Roy. Cette élection fe fait à la pluralité des suffra-ges, L elle dépend absolument des Chefs de lá Noblesse &des Portugais. Autrefois le Duc de Bamba étoit l'heritierprésomptif de la Couronne. Le jour que fe doit faire Pins-tallation, tous les Gentilshommes & les Portugais /assem-blent dans une cour du Palais, quarrée & à découvert, fer-mée d’une muraille â chaux & à ciment, de la hauteur decinq paumes. On met une couronne brodée d’or, d’argent;& de soye, trois bracelets d’or de l’épaisseur du doigt, unebourse de velours, qui renferme une Bulle & des Indulgen-ces du Pape, tout cela fur un fauteuil de velours, au piedduquel sont étendus des carreaux de la même étoffe , & Mbeau tapis. Celuy qui doit être élû n’en sçait encore rien.II est assis parmi la foule, & il y a seulement dix ou douzeGentilshommes qui font du secret. Pour ouvrir la cérémo-nie , un Héraut prononce ces paroles à haute voix. Oui qúétu fois qui dois être élû Roy , garde toy d'être còncufionríaire ^indi-catif & méchant. Sois ami des pauvres, donne des aumônes pour Urédemption des captifs & des esclaves, afflfie les affligea , favorisel'Eglise , conserve la paix a ton Royaume , & ne romps jamais l’al-liance qui eft entre toy & le Roy de Portugal ton frere. Á ce dis-cours succédé le son des flûtes & des hautbois, après qu osdeux de ceux qui ont fait sélection vont prendre le Princeélû par la main, & Payant fait asseoir fur le Siégé Royal,l’un luy met la Couronne fur la tête, Pautre luy ajuste leManteau & les Bracelets. Ensuite un Prêtre, suivi de sonClerc, revêtu d’une chasuble & d’une étole blanche,commereprésentant la personne du Viceroy, luy apporte le Missel& le Livre des Evangiles, & le fait jurer qu’il observera in-violablement ce que le Héraut luy a prescrit. Le Couron-nement finit par cette cérémonie, & après que tous les affif-tans ont conduit le Roy dans son Palais, quelques uns d’en-tre eux luy jettent du fable & de la poussière fur le corps»