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Tome I. [A - D.]
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Espagne avec une 'armée de six vingt mille chevaux , & detrois cens mille hommes do pied, étant accompagné des prin-cipaux Chefs des Arabes, & se joignit aux Maures du Paysdans l’Andalousie. II entra ensuite dans les plaines de Cala-trava, & assiégea Salvatierra où residoient les Chevaliers del'Ordre de Calatrava. Ils se défendirent plusieurs mois avecune valeur étonnante ; mais la perte du Grand Maître quimourut en combattant, fut cause que la Place fut prise &rasée. L’armée des Chrétiens , à la tête de laquelle s’étoitmis Alphonse, Roy de Castille, ayant avec luy les Rois d’A-ragon & de Navarre , rencontra les Maures prés du Pas deMuradal dans les plaines deTolosa. L’Infanterie commandéepar D. Diegue Lopez de Haro , qui combattoit la pique à lamain, fut enfoncée d’abord paf la Cavalerie des Infidelles,& Mahomet pénétra jufqu’à l’escadron où étoient les troisRois ; mais il y trouva tant de résistance , qu’il fut poussé àson tour. Son avant-garde se renversant sur le corps de ba-taille, porta le désordre dans cette nombreuse armée, qui semit à fuïr honteusement, quoyque les Maures fussent plusde dix contre un. On tient qu’ils perdirent cent cinquantemille hommes d’Infanterie, & trente mille chevaux. Les•Chrétiens prirent.ensuite Vielcher, Castelferrat, Baquos,Tolosa,Bacça&Ubeda, & emmenerent plus de cinquante.mille Esclaves. Mahomet que rebuta le mauvais succez decette journée, repassa en Afrique, laissant le commandementdes troupes d’Espagne à son frere Aben-Saad. Les Africainsimputant à fa lâcheté la défaite de ses troupes, n'eurent pluspour luy que du mépris, ce qui luy causa tant de chagrinqu’il mourut bientôt aprés. Son fils Cered Barrax montaparia mort fur le Trône de Maroc. Aprés le départ de Ma-homet il y eut de grands remuemens parmi les Maures d'Es-pagne. Aben-Saad se fit Souverain du Royaume de Valen-ce. Aben-Mahomet l'un de ses cousins se rendit maître deCordouë, & de plusieurs autres Places de l'Andalousie, &s'y fit proclamer Roy. Aben-Lalla en fit autant à Sevill'e, &Aben-Hut descendu des anciens Rois de Saragosse , prit letitre de Roy de Grenade & de Murcie. Ces nouveaux Sou-verains voyant que les affaires des Almohades étoient endésordre dans l'Afrique, & que les Beni-Merins avoient dé-jà démembré le Royaume de Fez de leur Couronne , nevoulurent plus en relever. Ce dernier fut l'Inventeur d’u-ne nouvelle secte du Mahometisme, & sous prétexte deVouloir réformer la loy , il se rendit si puissant par le grandnombre de Partisans que fa doctrine luy attira, qu'ayanttourné ses armes contre Àben Mahomet, il luy ôta Almerie,Gordouë, Esuha, & enfin s'empara entierement de ses Etats.L’artifice dont s’étoit servi Aben Hut pour s'élever fit for-mer à un Arabe de la Tribu Hamire, le dessein de feindrequ'il avoit songé en dormant qu’un essain d’abeilles & unevolée d’oifeaux s'étoient arrêtez fur le toit de fa maison. 11alla trouver un Morab'ite ou Religieux Mahométan fortestimé parmi Ceux de cette secte, qui asseura, selon ce qu'ilsavoient arrêté entr’eux, que la vision qu'il avoit euë luypromettoit une Couronne. Le bruit qui s’en répandit obli-gea les Peuples de Jaen à l’élire pour leur Roy,espérant quetous les Maures d’Espagne seroient rassemblez par luy fousune même domination, comme fous une même creance.Ceux de Guadire, de Baeça & de Grenade firent la mêmechose, de sorte que se Voyant Maître de tant de Places , ilfixa sa demeure dans la derniere, & se fit nommer Muley-Mahomet Abu-Said-la-benala-Amât, Serviteur d'e Dieu & Exci-tateur de la Loy. Aben-Saad ayant été dépouillé par luy en1219. d’une partie du Royaume de Valence , se mit sous laprotection de Jacques Roy d'Aragon , à qui il donna diver-ses Places pour asseurance de fa fidélité, & Aben-Hut s’é-tant emparé du Royaume de Murcie, aprés la mort du Royde Baeça , fe rendit le plus puiílànt de tous les Rois Mauresd’Espagne. L’an 1232,. Jacques tourna fes armes contre Aben-Hut, à la priere d’Aben Saad, & étant entré dans le Royau-me de Valence, prit d'abord Tortofe, Morviedro, Vilchez,& plusieurs autres Places, & mit ensuite le fiege devant Va-lence qu'il emporta, aprés quoy il acheva de réduire tout leRoyaume. Au commencement du Printemps de l'annéesuivante, le Roy d’Aragon fit faire des courses dans le Ro-yaume de Murcie, & Ferdinand Roy de Castille envoya deson côté Alphonse son fils aVec une puissante armée fur lesterres d’Aben-Hut. Ce Prince y entra parle Pas de Mura-dal, & aprés avoir fait le dégât autour d’Anduchar & deCordouë, il arriva devant Palma &la prit d'assaut. II s’a-vança de là vers Se ville, ensuite à Cherez , & fe campa furle G uadaleté. Aben-Hut le combattit dans ce poste, & quoy

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qûe les Maures fussent dix contre un * ils furent défaits»Aprés cela, voyant qu’il lui seroit inutile d’attendre du se-cours d’Àfrique , à cause des divisions des Almohades &des Benimerins, il fe fit tributaire du Roy d’Aragon. Onrétablit en 1239. le Siégé Episcopal à Valence , d’où la Reli-gion avoit été bannie depuis plusieurs siécles. Les Mauresqui festoient dans ce Royaume s’étant révoltez, mirentquelques troupes en campagne l’an 12.76. & tâchèrent de fejoindre à ceux de Grenade ; mais Alphonse, Roy de Castil-le , ferma si bien les passages, qu’ils ne purent exécuter leurdessein. II arriva quantité de changemens parmi les Mauresjufqu’en 1308. que Ferdinand, Roy de Castille , engageaJacques, Roy d’Aragon , à fe liguer avec lui pour faire laguerre au Roy de Grenade, à condition de lui donner pourfa part ie Royaume d’Almerie. Jacques s’étant rendu ìBarcelone pour se préparer à cette conquête, passa à Valen-ce, d’où il alla mettre le siégé devant Aìmerie. Les Maurespour faire diversion investirent Ceute, la prirent & la pillè-rent. Pendant ce temps le Roy d’Aragon serroit Almerie deprés. Le Roy de Grenade accourut à son secours^ mais Jac-ques sortit de ses retranchemens, lui donna bataille & mitfes troupes en fuite. LesMiures revinrent le lendemain aunombre de plus de quarante mille, & ayant surpris les Assie-geans, ils en firent d’abord'un grand carnage ; mais ils furentensuite si bien repoussez, que la plupart demeurèrent surisplace. Jacques ne laissa pas de lever le siégé. II alla à Alicants’aboucher avec le Roy de Castille, qui s’etant rendu de soncôté devant Algesire avec dix vaisseaux avoit investi la pla-ce ; mais ayant été abandonné par son oncle Dom Juan , SCpar Alphonse, fils d’Emanuël, qui fe retirerent avec cinqcens Gentilshommes, il accepta la proposition qu’on lui fitde lui remettre Quesuda & Bedinar » s’il vouloit lever lesiégé. * Abrégé de 1 ‘Histoire d’Espagne.

Cordouë qui a été li long-temps sous la puiíîance des Mau-res, peut tirer beaucoup de gloire d’avoir donné la naissan-ce au Philosophe Seneque & à Lucain son neveu. Senequedonna des marques de son éloquence en differens Plaido-yers dés le commencement de 1 Empire de Caligula, & l’ef-time qu’il s’acquit obligea Agrippine,femme de l’EmpereufClaude, à le choisir pour lui confier la conduite de son filsNéron qu’elle vouloit faire succéder à son mari. II lui don-na de grandes instructions de vertu , ensorte que Néron futtres estimé dans les cinq premieres années de son Empire 5mais comme il s’abandonna ensuite aux plus honteuses dé-bauches, il prit de la haine pour son Précepteur qui tâchoitinutilement de le retenir. Ainsi il résolut de s’en défaire, SCprenant le prétexte de la conjuration de Pison contre íà per-sonne , dont 8eneque avoit eu quelque connoissance , il lecondamna à perdre la vie, en lui laissmt choisir le genre demort. Seneque fe fit ouvrir les veines, & mourut l’an 65. deJesus-Christ, &le 12. du Régné de cet indigne Empereur»Les Ouvrages qu'il nous a laissez sont connus de tout lemonde.

Lucain né vers l’an 39. de l’Ere Chrétienne étoit fils d’An-nœus Mêla, frere de Seneque, &d’Atil:a fille de Lucain Ora-teur tres-estimé. Son talent fut grand pour la Poëlie, & ilcomposa divers Ouvrages.il ne nous en reste que son grandPoëme de la Pharíale, dont la traduction en Vers François afait acquérir beaucoup de gloire à feu M. de Brebeuf. Lu-cain , appuyé de la faveur de Néron , fut élevé avant l’âgflaux Charges d’Augure & de Questeur; mais comme il futun de ceux qui entreront dans la conjuration de Pison, ileut les veines coupées comme Seneque ion oncle.

Louis de Gongora célébré Poëte Espagnol étoit aussi deCordouë & nâquit vers l’an 1583. de Francifco des Argotes,& d'Eleonor de Gongora. Ses Poésies ont été recueillies estun volume in quarto , qui a pour titre Obras de D. Luis de Goit -gora y Argote 11 mourut lc 23. de Mry 1638.

CORDOUE. Petite vide Episcopale du Paraguay est’Amerique Méridionale. Este est dans le Tucuman , à soi-xante & dix lieuës de S. Jago de l’Estero vers le Midy , & àcent soixante lieuës'de Bùenos Ayres vers le Couchant Sep-tentrional. Cette ville n’est pas sort considérable, & c’est oû'Evêque de Tucuman fait la residenc. * Maty, Dict. de Holl »

11 y a grande apparence que cette ville est la même, dontaarle Laët, liv. 14. chap. 10. sous le nom de Corduba. II la metfur 32. degrez & 30. lcrupules de la hauteur du Pôle An-tarctique. La température de l’air, dit-il, est fort agréable?Hiver & l’Eté s’y trouvant dans une égale vicissitude»terroir est plein de pâturages, qui y font multiplieses vaches & les brebis. Auprès de la ville passe une rivière