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Tome I. [A - D.]
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fort poissonneuse , & à une lieuë & demie ,on trouvedes‘montagnes & plusieurs vallées fort belles Lc bien culti-vées , où quelques-uns assurent qu’il se trouve des minesô’argent. La terre est fertile en froment & en autres grains,propre pour les vignes, & il y a des Salines fort renommées.La villç est située' en un lieu tres-commode pour le trafic.Elle a d’un côté'Ia ville de Sancta Fé, qui est du Gouver-nement de Paraguay ou del Rio de la Flata , & au Couchantcelle de S. Juan de la Frontera du Gouvernement de Chili,1 une & l’autre éloignées également de cinquante lieues deCorduba. Elle est habitée aenviron trois cens familles d’Es-pagnols, qui s’employenç principalement à cultiver les cam-pagnes & à faire des toiles de coton , qu’ils vont vendre leplus souvent à Potosi & dans le Perou.

C O RE’E. Grande Prefqu’Iíle d’Asie , située entre laChine & le Japon. Ce Royaume que les habitans du Paysappellent Tiocencotik , & quelquefois Caoli, s’étend depuis le34 .j degré de latitude, jusqu au 44. de forte qu’il a prés decent cinquante lieues de longueur,du Midy au Septentrion,& environ soixante & quinze de largeur,del'Orient à l’Occi-ôent. Aussi lesCoreíiens le representent-ìls fous la figure d’unquarté long comme une carte à jouer, ce qui n’empêche pasçju’il n’y ait beaucoup de pointes de terre qui avancent ex-trêmement dans la mer. L’abord en est difficile de ce côté-ìà , & fort dangereux pour ceux à qui ses côtes ne font pas.çonnuëS, à’eaufe des bancs & des écueils qui les bordent endivers endroits. Ce Royaume,du côté du Sud-Est, est fortVoisin du Japon, n’y ayant que vingt-cinq lieues entre lesvilles de Poufan & a’Osacco. Il est séparé de la Chine versle Couchant par le Golfe de Nanquin ; mais il y touche ducôté du Nord par une haute & longue montagne , qui em-pêche que la Corée ne soit une Isle, & n’est borné du côtédu Nord-Est que par une vaste mer,où Ton trouve tous lesans un grand nombre de baleines. On a souvent demandéaux Matelots de Corée qui fréquentent la mer du Nord-Est,quelles terres étoient au de-là ,& ils ont tous répondu qu’ilsfie croyoient pas qu’il y eût autre chose de ce côté-là qu’unemer sans bornes. Ceux qui vont de Corée à la Chine s’cm-fearquent au plus étroit du Golfe, le chemin par terre étanttrop fâcheux, par la difficulté de traverser les montagnes,furtout en Hiver, à cause qu’il y fait extrêmement froid , &qu’on y trouve en Eté quantité de bêtes farouches. Le tra-jet est assez aisé à faire en Hiver du côté du Nord , parcequ’ordinàirement le Golfe gele assez fort pour cela.Le grandfroid est cause que ceux qui habitent cette côte ne viventque d’orge ; le ris & le coton, n’y peuvent croître , ce quioblige les plus accommodez de ce quârtier-là à faire venirleur farine du côté du Midy. Le menu Peuple n’y est vêtuque de méchantes peaux A de grosse toile de chanvre. Enrécompense la racine de Nisi qu’ils donnent au Tàrtare enPayement pour leur tribut, croît là en grande abondance,îls en font aussi un fort grand commerce à la Chine & auJapon. Le reste du Pays est fertilé en ris & en autres grains.Ils ont du coton & du chanvre, & même des vers à foye ;mais ils ne fçavent pas préparer la foye ppur en faire desétoffes. Us ont aussi de l’argent, du plomb, des peaux detigre,du bétail & de la volaille.Us labourent aVec des bœufs,Sc se servent de chevaux pour les voyages & pour le trans-port des marchandises. On voit en ex Pays là des ours, descerfs, des sangliers, dés pourceaux, des chiens, des chats &des crocodiles de différente grandeuç qui fe tiennent dansles rivières. Leur dos est à l’epreuve du mousquet ; mais ilsqnt là peau fort tendre sous le ventre. II s’en trouve dedouze aunes de longueur. Us ont la tête large, le groin depourceau, la gueule extràordinairement fendue, 1 ceil per-çant , mais fort petit, les dents blanches & fortes, rangéescomme celles d'un peigne. Ils ne remuent en mangeant quela mâchoire d’enhaut. L’cpine du dos de cet animal a foi-rante vertèbres , & scs pieds font armez de longues griffes.Sa queue égale en longueur tout le reste de sort corps. Cescrocodiles avalent la viande & le poisson avec la même vo-racité , & sont fort friands de chair humaine. Les CoresiensAssurent qu’en ayant un jour pris un,on avoit trouvé trois pe-tits enfans dans son ventre.Pour les oiseaux ils ont des ciguës,des oyesjdes canards,des herdns, des cicognes, des faucons ,des aigles, des milans-des bécasses,des pigeons, des pies, descorneilles, des alouetes,des pinsons,des vanneaux,des grives,des faisarts, des poules, & de tout en quantité , aussi-bienque d’autres oiseaux qui ne sont point connus eh Europe.

.. Le Royaume de Corée est divisé en huit Provinces, quirenferment trois cens soixante villes, fans compter les châ-tome Ii

teaux ni les Forteresses qui sont toutes fur. les montagnes.La capitale est Sior. Le Roy qui y tient ía Cour, la tenoitautrefois à Chentio. Les maisons de ceux qui font distin-guez par le rang qu’iis.tiennent, sont fort magnifiques; maiscelles du commun du Peuple, qui n’a pas la liberté de bâtircomme il luy plaît, sont tres-peu de chosc. Personne nefçauroit faire couvrir son logis de tuiles fans permission, cequi est cause qu’il y en a quantité qui ne sont couvertes quede roseaux & de paille. Elles sont séparées les unes des au-tres par un mur ou par un rang de paliíîàdes, & bâties furdes piliers de bois, dont l’intervalle .est rempli de pierre ,jusqu’au premier étage. Le reste du bâtiment est de bois,enduit par dehors, & recouvert de papier blanc colé pardedans. Les planchers sont faits en voûte, & ils font fairedu feu dessous en Hiver ; de forte qu’on y est toujours aussichaudement que dans un poîle, le plat-sond de la chambreétant couvert de papier huilé. Ces maisons sont petites, Scil n’y a qu’un étage, & au dessus un grenier où ils enfermentleurs provilions. Les Nobles ont toujours fur le devant uncorps de logis, où leurs amis sont reçus. Ils ont ordinaire-ment à feutrée une grande Place ou basse cour , avec unréservoir & un jardin, qui a des allées couvertes pour làpromenade. Les Marchands & les principaux Bourgeoisont la plupart à côté de leur maison un magasin où ils met-tent leurs marchandises : & où ils régalent leurs amis, avecdu tabac & de l’arac. Comme ils sont d’un tempéramentfort jaloux, ils mettent l’appartement de leurs femmes dansle fond de la maison afin que personne ne les puisse voir. IIy en a néanmoins qui ont la permission de voir le monde »& d’aller en compagnie , & même à quelque festin ; maiselles sont assises à part, vis-à-vis de leurs maris. Un hommemarié que l’on trouveroit couché avec la femme d’un au-tre, ne pourroit sc garantir de la mort, ce qui s’executeprincipalement parmi les personnes élevées. 11 faut mêmeque le pere du criminel, s’il vit encore , ou son plus pro-che parent, fasse la fonction de Bourreau. Le coupable peutchoisir tel genre de mort qu’il veut ; mais d’ordinaire leshommes demandent qu’on les perce par derrière à coupsd’épée ; & les femmes qu’on leur coupe la gorge. Us n’ont laplûpart des meubles que ce qu’il en faut pour le besoin. IIy a quantité de cabarets & de maisons de plaisir , où les Co-resiens vont voir des femmes publiques, qui dansent, chan-tent & jouent de disserens instrumens. L’Eté ces fortes dedivertissemens sc prennent sous des arbres fort ton fus , & àla fraîcheur des bois. Us n’ont aucun logis affecté pour yrecevoir les Voyageurs. Celuy qui va dans quelque lieuéloigné, s’assied où la nuit le prend j auprès de lapalissadede la premiere maison qu’il rencontre. Là on ltly apportede la viande préparée & du ris cuit pour souper. U y a fur legrand chemin de Sior quelques logis établis, où l’on doilneà manger ou à coucher à ceux qui voyagent pour le pu-blic. ,

Les Coresiens n’ont presque point de Religion. Le menuPeuple sait quelque grimace devant les Idoles ; mais il neles revere guere. Les joúrs de Fête il sc range dans le Tem-ple , & ils allument tous chacun un morceau de bois desenteur; Apres savoir mis dans urt vase, ils le vont offrir 1l’Idole,& le mettant devant elle,ils luy font une profondereverence & sc retirent. C est en cela que consiste tout leurculte. Quant à leur créance,ils sont persuadez que celuy quiaura bien-fait en fera récompensé, & que ceux qui aurontmal vécu seront punis. Du reste, ils ne fçavent ce que c’estque prédication & mystère, & ne disputent jamais de Reli-gion , croyant tous une même chosc, & la pratiquant égale-ment par tout le Royaume. Les Moines offrent deux foiâchaque jour des parfums devant une Idole, & les jours deFête,ils font tous du bruit avec des tambours, des bassins Scdes chaudrons. Les Cloîtres & les Temples dont le Pays estpresque rempli, sont la plûpart situez fur les montagnes ,chacun sous la Juridiction d’une ville, il y a tel Monastèreoù l’on voit jufqu’à cinq & six cens Moines, & telle ville jqui daiff son ressort en compte plus de quatre mille. C estaux dépens du public que ces Cloîtreà sont; bâtis;& chacuny contribue à proportion du bien qu’il à- Lçs Moines sontdivisez par bandes de dix , de vingt, quelquefois de trente s& le plus viehx leur commande. Si quelqu un d entr euxmanque à son devoir, il luy fait donner par les autres pourpunition, vingt ou trente coups fur les fessés, & .si 1 offensaest grande,où le livre au Gouverneur de la ville d’òù ils dé-pendent. Comme il est permis à chacun de sc faire Moine*tout le Pays de Corée en est rempli, fur topt par la liberté

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