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II y « peu d'eLoix dans le Royaume » parce qu’a vivre se-lon Ja Coûtume du.pays , les Langiens n’en ont pas besoin,te’ pcuple-est élevé au travail, & à n’avoir pas beaucoup decommerce avec les Etrangers. La volonté du Roy leur tientHeu de reglement. II y a pourtant une Ordonnance particu-lière, quiles tient dans une trcs-rude sujétion. Elle consiste en«ne certaine obligation de dépendance d’une famille toute en-îìcre à un seul, qui en est comme le Supérieur & le Lires, en-íòrte qu’à l’exception des Talapoins, comme gens dévouezaux choses de Religion, tous les Langiens qui ne descendentpas en ligne directe de la principale branche d’une famille, dequelque condition qu’ils soient , constituez en dignité ounon , riches ou pauvres, en dépendent toute leur vie, fanspouvoir jamais s’cn affranchir. Quand ceux qui viennent decette ligne indirecte contractent mariage, la famille se diviseen telle sorte,que les enfans mâles qui en descendent, sui vent labranche du pere & sont dans la même obligation, ainsi queles filles dans celle de la mere , ce qui est une dépendancedont les suites font tres-importunes, en ce qu’ils font obligezdeux fois Tannée de faire leur reconnoissance , & de porterquelques preíéns à celuy qui est Chef de la famille. D’ailleurs,-il faut qu’ils le servent où on les destine, íàns aucune espéran-ce d’en être récompensez. Ainfi quand ccs Chefs de familleentreprennent de bâtir une maison, tous ceux de la familledoivent s’y rendre en personne & se soumettre aux ordres quileur sont prescrits. Si ce même Chef de famille, touché dedévotion envers les Idoles, veut celebrer quelque Fête en leurhonneur.ilssonten obligation de contribuer selon leurpouvoirà cette pompe. De même s’il fait un voyage, ou par divertisle-ment ou pour íès affaires particulières, la loy les engagea l’ac-eompagner à leurs dépens,les uns en qualité de Soldats pour sagarde, & les autres , comme Officiers de fa maison. Ces sujé-tions font un fi grand avantage pour le Roy, qu’il peut faireen peu de temps un corps d’armee tres-considérable sans unegrande dépense, puisqu’il suffit pour cela de faire avertir lesChefs de famille. Ce qu’il y a de plus rude & de plus fâcheux,c’est que si par malheur un Chef de famille est convaincu dequelque grand crime, tous ceux qui lui appartiennent,» enquelque degré d’affiaitéque ce soit, font en même temps dé-chus de leurs droits, & on ne les occupe plus qu’aq service desElephans, à leur cueillir tous les jours de l’herbe, à la porterdans les écuries du Roy, & à veiller toute la nuit à tenir cesanimaux proprement.
Les crimes sont rares en ce pays-là, & la sévérité avec la-quelle on punir, non seulement ceux qui ont frappé, mais auííìceux qui s’emportent de colère contre d’autres, en retient plu-sieurs dans le devoir. Quant aux affaires civiles , fur les moin-dres apparences , le Juge peut condamner les parties, fansqu’ellesayent droit d’en appeller.
La Religion des peuples de Lao est embaraffée d’opinionssi extravagantes & si opposées, que plus leurs Docteurs entre-prennent d’en discourir & de les concilier, plus ils disent d’ab-surditez en les expliquant. Ces peuples ont vécu long-tempsen forme de République dans la pratique des Loix naturelles,plutôt que dans celles des Chinois leurs voisins, qu’ils fui-voient en,partie avant qu’ils se fuíTent assujettis à des Rois. Ilsne sçavoient ce que c’étoitque le cuite des Idoles, & un je nesçay quoy qu'ils estimoient au dessus de toutes choses, étoitleur Dieu qu’ils adoroient fous le nom de Mandarin. 11s de-meurèrent lans maîtres dans cette simplicité, jusqu’à ce que ,les Disciples de Xaca se répandirent par toute l’Inde. Ils nefurent pas plutôt arrivez au Royaume de Lao, que les Lan-giens se virent environnez de Temples consacrez aux Idoles,éí de Prêtres, surnommez Talapoins, destinez à leur ser-vice.
Entre plusieurs visions qu’ils ont fait recevoir parmi le peu-ple , ils lui ont fait croire qu’un Buste, né autrefois le plus dé-fectueux qu’on ait veu, boiteux, mal fait, timide, extrême-ment foible & ombrageux, étoit tombé du Ciel dans la mer ,& qu’il s'étoit rempli Timagination de tant d’especes différen-tes, qu’il avoir conçu un monstre, & produit peu de tempsaprés, une citrouille, remplie d’hommes blancs & noirs, qui,y croient enfermez, & qui en sortirent. Ils ajoutent que dix.huit mille ans avant que le monde eût cté renouycJlé, il yavoir quatre Dieux, dont trois, aprés l’avoir gouverné pen-dant cinquante ans , s’étoient retirez dans une colomne fortspacieuse A fort élevée vers le Nord , où ils jouissent de tousles plaisirs, qu'un homme qui cherche la tranquillité fçauroitdésirer. Ils disent encore . qu’à présent il y a un Dieu quidoit régner cinq mille ans, qu’il n’est autre que Xaca, qui en« encore trois mille à vivre, & qu’aprés s erre élevé à un de-
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gré de perfection que personne ne peut jamais ir-
résolue de fe rendre encore plus parfait , ce qu’il “ c ^ ce ttechant à s’anéantir & à fe réduire à rien j mais de peur q ^ ^nouvelle perfection n’cût des fuites désavantageuses, ^le monde n’en souffrît par la privation de ses faveurs ' yfc.avantages de fa protection , il ordonna, avant sonment > que Ton s’occupât à bâtir des Temples en f g.Royaumes, & à faire une infinité de Statues dernarubronze, dans Je deffein de les honorer toutes de la ï <jtdans des Fêtes soiemnelles où il y auroit grand corîC n£ Je, ^peuple , afìn qu’en soufìant dessus devant tout se U 10 facommuniquât à ces Statués,la divinité qui fuppl £Êr ° ’ j^nfqu’il fe feroit retiré , quand ils voudroient Timp* 0
leurs besoins. i>Fnfes>^
Quoy qu’ils ayent eu quelque connoiffânee de 1 se Jcne veulent pas néanmoins qu’on leur en parle, de 1 > 0 n/troubler, par la considération des peines éternelles “souffre, les plaisirs qu’ils ne sçauroient se résoudre deà leurs íens.Ceux qui continuent à suivre les opinions ^cienne loy , & qui nient lamétempsicose, disent qu 3 ' a j S qflÇles âmes des médians sont exterminées & anéanties_} tss ^les âmes des bons prennent un corps d’air, auífi déliersubtil, que la pure lumière du Soleil, & qu’en parcou .jj s5sensiblement seize Cieux, où elles jouissent de tous j* eU rfi>'qui s’y rencontrent, elles s’en retournent ensuite tres- ^ses, pour se réunir à leurs corps, & se rétablir dans jjeíétat d’hommes qu’ellcs possedoient auparavant ; t <Jede toutes sortes de biens. Comme ces peuples n’ont Pplus forte passion que de vivre tres-long- temps», qdanmalades , ils implorent auísi-tôt les suffrages de ce ,j] 5 Jeufqu’ils tâchent de fe rendre favorables par les picfens ffU ^ ìfont des mets les plus rares & les plus exquis. Ils ^ sl j eP tf re !manger avec eux,&les entretiennent comme si elles ct .? o, c cq^fentes,Stqu’elles entendìíknt&vissent tout ce qui sofe fait. Four augmenter la folemnité de cette Fé tc >* s £0 jïi'charivari terrible avec des bassins de cuivre > ^ OI jï. llS j ia nt íIlCpagnent jour & nuit les chansons particulières qu'«® C j a ng cs *jusqu’à ce quë le malade meure ou qu’il soit hors de yfaIls croyent par là appaìfer ces âmes qu’ils prétende* 5 . t ^cantonnées dans la maison , & que si le malade n’enle soulagement qu’ìl en espere, au moins elles ne voudaugmenter ses maux. ( f t!í3 ií^ c
Les Prêtres de Lao, nommez Talapoins, font d’ord ^ t! yrebut & la lie du peuple , paresseux & ennemis î^ reZ s ví>vail. Leurs Convens font autant d’Universitez d’hotn^ ^
cieux > d’asiles de vagabons & de faineans, & d'écoses j|5tes sortes d’abominations. Moins ils ont de naissant > \ j| 5 fise montrent superbes , & deviennent infolens q uar) t j efl 5 'voyent élevez à la dignité de Talapoin. Ils commen ce ^ ^ £ ubrasier la vie Religieuse dés leur plus tendre jeunesse > ,, gÊ cseéprouvent les rigueurs en qualité de Novices jusqu a fi svingt-trois ans, aprés lesquels on les examine, avant q £ 0 ifl'incorpore à la Congrégation. Des gens dépurez de .j ;msnauté les interrogent , pour juger du progrezfait dans Tintclligence de leurs maximes & de sent ^,'iygie , & dans la pratique de leurs cérémonies ; & * e \Lfjai)t £ ’sont satisfaits de leurs réponses, on en avertit la C ornI LJse }qui reçoit lc Novice à la pluralité des suffrages. Po L ' r r ^ g qu c j"Profession plus authentique, il cherche la protection ij c é d cque Mandarin riche & bien allié, pour y assister cn ctparrain, & il n’y en a aucun qui ne le tienne à honsiqui Toblige de s’en acquiter avec une pompe , ss u ^\ylui attirer l’applaudisiement du peuple & celuy d £P°ins. < . a bits íU
Le Mandarin commence par donner de riches . )S (Jo-Novice qui doit faire Profession. Ensuite il choisit se 1 ^’oC 1ci le de ses élephans qu’on dresse à diverses gertiLsehf^onse’îuy fait repeter plusieurs fois, afin qu’au jour de la c£il ne manque pas aux révérences & aux autres cho y p ti £luy a apprises. Le jour arrêté étant venu, on le c0 , uV r £ ]le ^housse magnifique,& on luy met fur le dos au it e , £petite maison fort jolie de bois doré , & fort ornée.,cet éléphant au Couvent, & le Novice que l’on r alt j cdessus, le conduit avec fierté, précédant une tr0t ss e urS r c 8 1 'gneurs à cheval richement vêtus, & suivis de pl u ‘‘ e peUP^’mens d’Infantérie, & d’une foule extraordinaire de r faflfCette marche disposée de cette forte sert de Íj^j-Lpse o 6les principales rues de Ja ville , & fe termine au y*- o(ì . f 3lldole où le Novice doit être'admis ,i faire Prosescérémonie dure long-temps, & souvent jusqu’à Jl u ’p]e eílFête continue trois jours que Ton passe dans le I e