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Tome II. [E - O.]
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pas dc temps à chercher ses os, qu’il trouve aisément, puis-qu’ils ne font pas confondus avec ceux d’un autre. On porteaussi des viandes fur ces tombes, & l’on enterre de l’argent &des joyaux avec les Morts, afin qu’ils puissent s’en servir pouravoir en l’autre monde les mêmes commoditez qu’en celuy-cy. Aprés que les hommes se font retirez, les femmes paren-tes , voisines & amies du Défunt ou de la Défunte viennentpleurer au logis , se mettant en rond comme pour danser unbranle. Elles font des hurlemens effroyables, & s’arrachent lapeau des joues à force de se les gratter avec leurs ongles. Lesfemmes du Mort & ses filles, emplissent leurs habits dc boueou de suye > sans en changer non plus que de linge pendanttout un mois. Ensuite les Pleureuses font un bon repas desmets que les amis y ont envoyez, à cause qu’on est plusieursjours fans allumer aucun feu dans la maison de la personnedéfunte.

Le Royaume de Maroc n’est point un Royaume héréditai-re. Les Peuples ont droit d’élever fur le Trône celuy qu’ilsestiment le plus vertueux & le plus digne de leur commander.Néanmoins il arrive fort souvent que des ambitieux s’en em-parent par la trahison ou par la force. Les Rois qui se font parélection ne peuvent lever aucuns subsides,que ce que portent lesLoix du pays , qui leur donnent seulement la dixme des bleds& des grains, des bestiaux, des beurres, du miel & des huiles,avec une certaine somme d’argent qui est fixée. Ceux qui scfont emparez de la Couronne par la violence, sc font payeroutre ces droits de groíses.garammes ou tailles, que reçoi-vent les Gouverneurs des Provinces, contraignant ceux quin’ont pas dequoy payer à travailler un certain temps aux ate-liers du Roy, qui sc qualifie Empereur d’Afrique, Roy deMaroc, de Fez, de Suz & de Gago, Seigneur de Barca & deGuinée, &Grand Chéris de Mahomet.Ce Prince est si absolu,que ses Sujets sont comme autant d’Esclaves, qui n’oscnt sor-tir du Royaume sans permiflìon sous peine de la vie. Ils dif-fèrent des autres Mahométans èn ce qu’ils sont de la Secte deHamet, le premier Roy de la race qui est présentement fur leTrône. Ce Hamet étoit un Moine qui quitta fa Cellule l’an1514. & commença à prêcher les nouveaux dogmes d’un cer-tain Efurcan. II soûtenoit que la doctrine d'Ali-Homar & desautres Interprètes de la Loy de Mahomet étoient seulementdes traditions humaines j qu’il falloit s’en tenir aux écrits purs& simples d'Efurcan, qui étoit un Interprète fidelle. A u lieuque les Turcs défendent à peine de la vie aux personnes d uneautre Religion que la leur, d’entrer dans leurs Mosquées, ce-lui-cy permit au contraire à toutes sortes de Juifs & de Chré-tiens d’aísister à scs Sermons & aux cérémonies de fa Religion,ce qui fait que les Turcs & les Maroquois se haïssent mortel-lement. Aussi les Esclaves Turcs ne sont-ils pas traitez avecmoins de rigueur en ce pays-là. que les Chrétiens. Les habi-tans de Maroc tiennent pour Saints, même dés leur vivant,tousses innocens & pauvres d’esprit, auífi-bienque ceux quisçavent faire quelque sorcellerie, qu’ils disent avoir l’espritde leur Prophète. Aprés leur mort, ils font bâtir des Chapel-les fur leurs tombeaux, & ils y vont en pèlerinage, s’y réfu-giant dans le besoin , comme en des asiles inviolables pourLimpunité de leurs crimes, & contre la colere de leurs Rois.Ils ont une vénération particulière pour ceux qui ont fait 1 evoyage de la Meque. Ils ses nomment Hadgys ou Saints , & ilsen outrent 1e culte à un tel point, qu’ils tiennent auísi pourSaints les chevaux qui y ont été. Ils sc font un plaisir de lesvisiter souvent & de ses voir manger, & ils ses font enterrerquand ils meurent, comme ils feroient leurs parens ou leursamis qu’ils considèrent 1e plus.

Le Royaume de Maroc sc divise en sept Provinces, quifont Maroc propre, Hea, Suz, Gezule, Duquelle, Escure &Tedle. Celle de Maroc porte le nom de fa capitale, & s’étendd’Occidcnt en Orient, depuis 1 e mont Nefise jusqu’au montAnnimey, & au Septentrion jusqu’à la jonction du FleuveTensifs & de celuy d’Edselme. Ainsi elle a pour bornes laProvince de Duquelle au Septentrion, celle de Hea & unepartie du pays de Suz à l'Occident j une autre partie du mêmepays, ceux de Dare & de Gezule au Midy, & la Provinced’Escure à l’Oricnt. La ville de Maroc est 1e B occanum Hma-rum de Ptolemce. On tient que Joseph-Aben Tezifien & sonfils Ali la firent bâtir fur les ruines de l’ancienne Boccanum.Elle est située entre les rivières de Ne fris & d’Agmet, sousle trentième degré de latitude Septentrionale, dans une plainede cinquante milles d’étenduc, & à six milles du mont Atlasen tirant vers 1 e Septentrion. IIy a eu autrefois jusqu’à censmille maisons & vingt-quatre portes. Cette ville est aujour-■d’huy entourée d’une muraille de pierre grise , fort haute &

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fortifiée au dedans de tours, de boulevards & de gra 1 .-- ^

au dehors. Selon Gramaye, il y a quarante-cinq grandesavec un grand nombre de petites. Il dit que la troisième \ ^tie de la ville est dépeuplée, & qu’elle ne porte que desmiers, des vignes & autres arbres fruitiers. Les irrupu° nSs l’ont réduite en cet état. On y voyoitautrefo ls£ L

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tité de Temples magnifiques, de Colleges, de bains & ^berges , dont la plupart ont été détruits par la * ureur jj„guerres civiles. II y a deux Temples d’une grandeur P r agieuse, que l’emportement des Barbares a épargnez. _

été bâti par Ali, & l’autre par Adul-Mumen. Le Roy A ^sor en fit bâtir un troisième, environné de murailles de ^quante coudées de haut, & orné de superbes colomnes, H ^avoit fait venir d’Espagne par rareté. Il fit creuser une gr a ^citerne tout à l’entour pour recevoir l’eau du toit. Le r ^Royal que les habitans appellent Alcave ou Micbouart, e ^touré de murailles fort hautes & tres-fortes, St ressemble à ^petite ville. On voit au milieu de la basse-cour uneMosquée avec une tour, à la cime de laquelle est une v fide fer, où étoient enfilées quatre pommes d’or, qui P e |° j 0 (ensemble environ sept cens livres. Ce fut autrefoisd’une fille du Roy de Gago, qui épousa un Roy de M a ^C est ce mariage qui a rendu les Rois de Maroc hcriticRoyaume de Gago. Ils y envoyeur de temps à autre des g {qui en apportent de l'or. Marmol & plusieurs autres ve ,que ce Temple ait été bâti par la femme du Grand A' 111 ? 1 u esi célébré dans l’Histoirepar la conquête de l’Efpagne» ecette Reine employa à le faire construire la plus grande F (de scs joyaux & de fa dot. Ils disent que ces pommes avété posées sous une telle constellation du Ciel,qu’il n er iV pr jtSpossible de les ôter, l’Architecte ayant obligé certainspar des conjurations à en être les gardiens. On assure 5que plusieurs Rois qui ont voulu s’en saisir, en ontété retenus par quelque accident. L’an 1500. le R°y ^roc pressé par les Portugais, voulant sc servir de ces P° ,^1d’or pour lever des troupes, le peuple s’y opposai eì \ foinqu’il falloit garder ce précieux monument avec autant aque la ville même. Les Maures sont persuadez qu’en v ? 1 ents e-la conjuration, le Démon romprait le cou à celuy HUt ~ ^prendrait de ses enlever. Cependant Moulla-Ismacl 4 ul faaujourd’huy, a plus déféré à son avidité pour l’argent, <1 -p.

pronostics de malédiction contre ceux qui ses ôteroienM ^qu’il ses a fait ajouter à son trésor. Ce Prince est cruel > ^ gme si fort à répandre 1e sang par luy-même, qu’on ti £ ^depuis qu’il est fur le trône , il a fait mourir de > a ss famain plus dc vingt mille personnes. II est fort addonn ^femmes, & en tient prés de quatre cens dans son P , $1 ef>

son usage. II en a plus de six-vingt enfuis mâles fans 1 £S ^

dont le nombre sc monte bien à deux cens. De toU j jafemmes, il n’en a épousé que quatre pour se conforme .jLoy. Les autres sont scs Concubines & scs Esclaves » j osPne prend que ses garçons, leur laissant les filles, fans seu j gner même de quoy ses nourrir. On compte dans se P* JeMaroc trente chambres dont ses murailles font couve ^feuilles d’or, de même que ses lambris & ses portes» stj £U 0leurs doux,leurs gonds, leurs pentures, leurs verroira* j 0l r

serrures de vermeil doré. II y a des salles extrêmeM^^ ^gués & larges, dans lesquelles font de grands bassins o Jjclaire, où l’on voit plusieurs poissons sc promener au '^ s jeplancher , par la réverbération de l’eau qui donne ^>egrands miroirs qui sont directement au dessus. Ij y 3 U rC ft'sl'entre autres où tous les Signes du Ciel sont si bien re ^jne>tez, qu’en ses regardant, on croit voir 1 e Firmamentce qui fait dire aux Maures que pour cet ouvrage feu > £fi-ley-Hamet fut condamné dés son vivant à demeùrer afers jusques à la fin du monde, parce qu’il avoit v ° u £tDieu dans se plus bel ouvrage de la création. sis

porte que dans la premiere cour de ce Palais, il Y 3 fants*'perbes édifices bâtis à la Moresque, enrichis dc be UÇ S j e f

nés, & dans la seconde. de petites galeries soutenu#H ^e,colomnes de marbre, avec plusieurs cuves de meme j eS ju$où ses Maures vont sc laver avant la priere.Le quartier ^ )eest proche du même Palais. II est fermé de murail' es ’ ^ jesprendrait pour une seconde ville. 11 n’y a hu’uns ?or ç o! )tMaures font la garde. Les Juifs qui demeurent a Mat ’ p e tPau nombre de quatre mille. La plûparc des ma *í? nS nt i u iEe &tes & basses, construites simplement de terre grasse e j e s &chaux. Celles des gens de qualité sont de pierre , % n Jrebelles, avec une tour sort haute au milieu où l’on v3 so re 8sle frais. Presque toutes les Mosquées font bâties de m ^ j ecouvertes de plomb, Au milieu de la ville est un P° n