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briques, toutes les autres font de bois, & construites furdes poutres & des solives de sapin arrangées les unes fur lesautres. Les toits font d’écorces d’arbres > qu’ils font quelque-fois couvrir de gazons. La négligence des Moscovites, Le lepeu d’ordre qu’ils ont en leur ménage , est cause qu’il ne sePaíìè preíque point de semaine, que le feu ne s’y prenne:, enforte que rencontrant une matière fort combustible , il réduite n nn moment plusieurs maisons, & quelquefois si le vent s’yMêle,des ruësentieres en cendres.Pour prévenir ces désordres,est enjoint aux Soldats, ou Mousquetaires de la garde & auxArchers du guet, de porter la nuit des haches avec lesquellessts abbattent les maisons que le voisinage du feu menace dunseme accident dont ils empêchent le progrès par ce moyen,avecun fuccezplus aíïíiréque s’ils entreprenoient de l'étein-dre ; & afin qu’il ne prenne point aux autres bâtimens plus fo-ndes , l’on en fait les fenêtres fort petites , & on les garnit devolets de fer blanc pourempêcher que les éclats & les étincel-ses n’y entrent. Ceux qui perdent leurs maisons , s’en cofno-fent damant plus facilement, qu’ils en trouvent de neuves tou-tes bâdes au marché destiné pour cela. On y acherte pour fortpeu de chose une maison entiere, qu’on fait démonter, trans-porter & rétablir en sort peu de temps au lieu où étoit la pre-rcstere. Les rues de Moscou sont belles & fort larges, maisc qrnme elles ne font point pavées , pour peu que la pluye aitdétrempé la terre , il y a tant de crote, qu’il feroit impossiblede s’en tirer fans des rondins joints ensemble > qui font uneefpece de pont. Ces rondins dans le mauvais temps servent dePavé qui nc fe trouve point en ce pays là. Toute la ville estdivisée en quatre quartiers ou cercles. Le premier est nomméKataigorod , c’esl à dire , ville du milieu, parce qu’il est situé auMilieu des autres, dont il est séparé par une bonne muraille def tiques, qu’ils appellent en leur Langue, pierre rouge.La Mosea*ave ce quartier du côté du Midy & la riviere de Neglina quife joint à l’autre derrière le Château l’arrosc du côté du Nord.
Le Palais du Czar ou grand Duc, qui a plus d’écenduë quePlusieurs autres villes médiocres, en occupe preíque la moitié,& non seulement, il est fortifié de trois murailles & d’un bonfossé , mais encore garni d’une belle artillerie. Au milieu deJa cour du Château font deux clochers, dont l’un est fort«ain & couvert de cuivre doré ainsi que tous ceux du mêmefssiâteau. On l’appelle fean Weh\e. c’està dire le grand Jean.L autre clocher est considérable par fa cloche, que le grandffoc a fait fondre du poids de trois cens trente six quintaux,6 c gui ne fçauroit être ébranlée que par vingt-quatre hommes,stni J a tirent par une corde qui passe dans la cour, tandis questnelques autres fe tiennent auprès du battant pour le pouster.Llle à vingt pieds de diamètre , quarante de hauteur , & unec oudée d’épaiífeur, & pour luy donner du son , on a été obligéstepuis quelques années d’en ôter avec le ciseau quarante mil-siers de métal. On ne la sonne ordinairement que le jour desL.ois, qui est le plus solemnel chez les Moscovites. On frappefor cette cloche quand le Czar couche avec la grandeDucheíîè,afin q Ue j e peuple fe mette en prières & obtienne la conceptionssun Prince, car on fait en ce pays-là peu de cas des filles. Lepalais du Czar est fur le derrière du Château, accompagné dej*Hôtel du Patriarche & de ceux de plusieurs Bojars qui ontde s charges à la Cour.L’Epargne & les magasins des poudres6 c des vivres font renfermez dans l’enceinte du Château. L'ony Voit avili deux fort beaux Convens , l’un de Moines & J’au-tr e de Religieuses , & plus de cinquante Eglises & Chapelles ,Mutes bâties de pierres. A la porte du Château, mais hors deses murs du côté du Midy, est la belle Eglise dédiée à la Tri-fo f é ,& communément appellée Jérusalem. Le Tyran Juan"asisovits en trouva le bâtiment si magnifique quand elle futachevée, qu’il fit crever les yeux à l’Architecte, afin qu’il nefot point en pouvoir d’en faire un autre qui l'égalât. La placefiui est devant 1e Château fait le premier marché de la ville, 11e st tout plein de boutiques auífi-bien que toutes les rues qui yaboutissent, mais chaque métier a la sienne & son quartier, enforte que les Marchands de foye ne fe mêlent point avec lesMarchands de drap ou de toile » ni les Orfèvres avec les Sel-*fors, Cordonniers , Tailleurs, ou autres Artisans. Les Lin-ges ont leurs boutiques au milieu du marché, & il y a unerue particulière où l’on ne vend que des images des Saints queLs Moscovites reverent. Ce n’est pas qu’ils ne siílènt conscien-ce d’avouer qu’ils ont acheté un Saint, mais ils disent qu’ils"°nt troqué avec de l’argent, & c’est par cette raison que sansMarchander ils en donnent ce que le Peintre demande. Le se-eqnd quartier de Moseou s’appelle Cz,argarod , c'est-à-dire ,
* : file Royale , & enferme le premier comme dans un demicer de. La petite riviere de Neglina pafïe au milieu, Le il a faTome 11.
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. Muraille particulière qu’ils appellent Biella stenna , c’est-à-dire»Muraille blanche. L’arsenal, & le lieu où l’on fond les cloches& le canon font en ce lieu là auffi-bien que les maisons de plu-j sieurs Knez , Seigneurs & Gentilshommes , & d’un grandnombre de Marchands qui trafiquent dans tout le pays. On yvoit auflì des boucheries, des cabarets à bière , à hydromel 8cà eau de vie , des greniers à bled , & l’écurie du Grand Duc.Le troisième quartier de la ville s’appelle Scoradon , & enfermeceluy qu’on nomme C%argorod, depuis le Levant en tirant pafle Nord juíqu’au Ponant. Tes Moscovites disent que ce quar-tier avoir cinq lieues d’Alemagne de tour avant que les Tarta*res eussent brûlé la ville en 1571 . La petite riviere de Jagufasy paíîè, & c’est-là qu’elle entre dans la Mosea. C’cst-là auflîqu’est le marché au bois, & aux maisons qu’on démonte Lsqu’on transporte. Le quatrième quartier est appelle Strelit^aSlawoda, à cause que ks Strelitz ou Mousquetaires de la gardedu Grand Duc y demeurent. II est situé vers îe Midy du quar-tier de Kitaygorod, de delà la Mosea, fur ks avenues desTartares. Ses remparts & ses bastions sont de bois. Le GrandDuc Baíìlj Juanovits, Pere de Jean Basilovits, qui fit bâtir caquartier, k destina pour le logement des Soldats Etrangers,comme Polonois, Alemands & autres, & k nomma Nacilki ,ou k quartier des yvrognes du mot Nais qui veut dire, verse,parce que ces Etrangers étant plus sujets à l yvrognerie que ksMoscovites, il ne vouloit point que leur exemple fît impresofìon fur l’efprit des naturels du pays qui fans cela ne font quetrop portez à la débauche. Il n’y a dans ce quartier- là , outreks Soldats, qu’une partie du même peuple. Ainsi l’on peucdire de la ville de Moscou à considérer ces divers quartiers,qu’elíe est composée de trois villes l’une dans l’autre. Chacuneest entourée d’une grosse muraille & d’un grand fossé pleind’eau pour empêcher ks courses des Tartares & des Po-lonois.
Ce qu’il y a de curieux pour ks Etrangers dans cette ville,c’est d’y voirau mois de Decembre plus de deux mille maisonsfur la glace pour les Marchands d’Orient & d’Europe. LePrince Galifchin l’un des derniers Ministres du Czar Pierrequi régné aujourd’huy, fit bâtir fur la Mosea il y a quelquesannées un pont de douze arches & d’une hauteur prodigieuseà cause des débordemens, & c’est le seul pont de pierres qu’ily ait dans toute la Moscovie. Quoy que cette ville soit extrê-mement peuplée, il n’y a pas trois cens carrosses , mais il s’ytrouve plus de mille petits chariots, qui pour peu de chosemenent le public d’un lieu à l'autre. Les habitans font fort sales»quoy qu’ils se baignent souvent dans les lieux bâtis exprèspour cela, qhisont échauffez par despoiles, mais à un tel ex-cès de chaleur, qu’il n’y a qu’eux dans le monde qui la puissentsupporter. Les hommes & ks femmes fe mettent pêle mêledans ces lieux-là, qui font ordinairement au bord de l’eau.Leur habillement reslèmbe à peu prés à celuy des Polonois.Ceux qui font riches portent l’Hiver des robes de drap deHollande doublées de belles fourures, &à leurs bonnets quel-ques pierreries quand ils le peuvent, mais ils ont preíque tousde petites perles qui font fort communes en ce pays-là, & l’Eréils ont des robes d’étofes de foye de la Chine ou de Perse.Les femmes font habillées à la Turque. La vanité des pluspauvres leur fait avoir un bonnet plus ou moins riche selon lebien qu'elles ont. Celuy des plus considérables est garni deperles & de pierreries. Leurs robes d’Hiver font faites en Sul-tanes , d’étofes d’or garnies de martre, & l’Eté, de damas de laChine. Leur coëfure est fans cheveux. Leurs souliers sontfaits en forme de sandales. & l’envie de plaire ks engage à fepeindre k visage, à le raser ks sourcils, & à s’en faire de lacouleur qu’il leur plaît. Leur Religion est la Grecque , & onJa peut appeller Archifchifmatique, parce qu’elle est tellementdéfigurée par les superstitions que leur ignorance a introdui-tes,qu’ils peuvent passer pour des demi-Uolâtres. Us ont ce-pendant conservé k Sacerdoce pour lequel ils n’ont.qu’un resspect extérieur, puifqu’iîs ne font nul scrupule de maltraiterleurs Prêtres & leurs Moines hors des Eglises , à quoy ils nefont d’autres cérémonies que de leur ôter la calote, & aprèsleur avoir donné des coups de bâton, ils la leur remettent bienproprement fur la tête. Us ont un Patriarche qui est toujourschoisi par le Czar, & qui ne peut être dépossédé que par ceuxde Constantinople & d’Antioche. 11 résidoit autrefois à Kiovie,mais depuis que les Moscovites font maîtres de cette ville, ilsont obtenu de transférer le Siégé à Moscou. Ce Patriarche &les Métropolitains ne portent point d’autres habits que lesPontificaux, & marchent toujours avec cet équipage, soit encarrosse, soit à cheval. Us font porter leur croix devant eux parun valet,qui, comme les autres, va toujours la tête nuë. La