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Tome II. [E - O.]
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difference de leurs chapes à celles de nos Evêques, est unegarniture de sonnettes ou grelots qui règnent tout à l’entour.Les Prélats tiennent toujours à la main un Chapelet qui traînejusqu’à terre , & sur lequel ils ne cessent point de marmotter.Leurs principales dévotions se passent en Processions où l’onobserve de grandes cérémonies. Tout le Clergé revêtu dechapes assez magnifiques, & la plupart brodées de perles , fortd’une Eglise en corps,mais fans aucun ordre pour se rendre àcelle où il y a dévotion. Chaque Prêtre porte quelque chose àla main , les uns des livres, les autues des croix , & beaucoup,des bâtons pastoraux. Ceux qui marchent auprès du Patriarche,portent , les uns de grands tableaux de la Vierge garnisdor, d’argent, de pierreries & de chapelets, de perles, &les autres de grandes croix , pareillement fort riches , & sipesantes, que quelques-unes font portées par quatre Prê-tres. Ensuite paraissent ceux qui sont chargez des Livresd’Evangiles , dont il y en a de si magnifiques , qu’ils coû-tent jusqu’à vingt cinq & trente mille écus. Apres tout cetéquipage viennent les Abbez suivis des Métropolitains , &tout le dernier , à quelque distance d’eux, paraît le Patriar-che , ayant en tête son bonnet semé de perles, & fait a' peuprés comme la Thiare du Pape, à l’exception des trais Cou-ronnes. II doit être íbûtenu par le Grand Duc , ou par desGrands Seigneurs qu’il nomme en fa place. Quand ces Pro-cessions marchent, elles font précedées d’une centaine d’hom-nies dont les uns portent des balais & les autres de grandespoignées de fable pour la propreté des rues. Toute la dévotiondes Moscovites consiste à assister à la M este qu’ordinairementleurs Prêtres commencent à minuit. Quoy qu’elle soit fortlongue , ils ne s’affeïent pas à l’Eglise, & ils n’y prient ja-mais Dieu qu’en méditations , la plupart ne sçachant ni lire niécrire. Leurs Prêtres font mariez, mais ils ne peuvent coucheravec leurs femmes la veille des Fêtes. Pour les Evêques A lesA bbez ils sont obligez de garder le célibat. II y a dans la villede Moscou Sc dans ses faux bourgs un tres-grand nombred’Eglises,de Convens&de Chapelles.Cela vient de ce qu’il n’ya pas un Seigneur qui en se faisant construire une maison , necommence par faire élever une Chapelle où selon son pouvoir,il fonde plus ou moins de Moines. Cela fait qu’on voitplusde quinze cens Eglises dans Moscou , bâties en forme de Dô-mes, ce qui les rend fort obscures. Elles ont toutes cinq tou-relles remplies de cloches, & au dessus de chacune est unecroix quarrée dont la moindre a trois coudées de haut. Lesplus magnifiques font celles de la Vierge & de 8 Michel dontles Tourelles ainsi que le Dôme font couvertes de cuivre doré,& les Croix font de vermeil. Le dedans est peint à la Mosaï-que. A l’égard des Chapelles la plupart font fort petites , &n’ont que quinze pieds en quarté , même elles étoîent toutesde bois avant que le Patriarche eût ordonné qu’on les bâtist depierres. * Olearius Voyage de Moscovie & de Perse.

MOSCOVIE. Grande région del’Europe qui est une par-tie de I’ancienne Sarmatie, & qu’on a nommée ainsi du FleuveMoska ou des Moskes, Peuples de la Colchide qui demeu-raient versl’embouchûredu Phase. On l’appelleaussi Russie,du mot du Pays R ojscia qui signifie peuple ramassé, à causedes différantes Nations qui l’ont habitée. Ses frontières dé-tendent vers le Nord au-delà du Cercle Arctique jusqu’à lamer glaciale. Du côté du Levant elle a la riviere d’Oby,vers le Midy les Tartares de Crim & de Precop, & vers lePonant la Pologne, la Livonie & la Suede. Sa longueur est deplus de sept cens soixante lieues, & fa largeur de hx cens. Onîa divise en Moscovie Septentrionale & en Moscovie Méri-dionale. La Septentrionale se fous-divise en deux parties,dontl’une qui confine avec la Suede renferme la Laponie Orien-tale , les Provinces de Devina , de Kargapol & de Vologda ,& les Duchez de Pleskou , de Novogrod & Biela-Ozero.L’autre qui est voisine de la Tartarie comprend les Provincesde Condara, de Juhorski, de Petzora , d’Obdora, d’Ustioag,dePermski & de Viarka avec les Pays des Czeremisses, & desMorduats. La Moscovie Méridionale comprend la Provincede Moscou & les Duchez de Woratin, de Rezan , deWolodimer, de Nifi Novogrod, de Jaroflau, de Susda,de Rostou, de Tuver, de líeschou, de Biclki, de Smo-lensko, de Severie Sc de Czernickow.

Le froid est si violent dans la Moscovie, qu.il n’y apoint de fourrure qui puisse empêcher que le nez.les oreil-les, les pieds , & les mains ne gèlent & ne tombent quel-quefois. Les fruits printanniers ne laissent pas d’y venirauísi-tôtqu’ailleurs, parce que plus la terre est couverte deneige, plus elle conserve la chaleur dont elle a besoin pourpousser l’herbe dés que la neige achevé de se fondre. Cette

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neige & la glace rendent le chemin tellement uni, qu’il n’y. 3presque point d’inégalité par toute la Moscovie, ce qui sey-qu’on y voyage avec beaucoup de facilité. Les Moscovites seservent pour cela de traîneaux fort bas montez que traînentdes chevaux, qui quoy que de petite taille , font jusqu’à dou-ze lieues d’une feule traite tantilssont infatigables. La chaleuíy est fort incommode en Eté , tant à cause du Soleil qu'esttres-ardent, & qui paraissant presque toujours sur l’horifon yforme un jour de dix-huit heures > que parce que les Mouches»Cousins , Guêpes & autres insectes qu’il engendre en quan-tité dans les étangs & dans les marais qui occupent une bonnepartie du pays laissent fort peu de repos pendant la nuit merne.Dans les Provinces qui ne font pas fort avancées vers Je Nord,& particulièrement auprès de Moscou,il y ad’excellens fruits,pommes, cerises, prunes & groseilles. Il y a aussi toutes fortesde legumes, herbes potagères, asperges, oignons, ais, racines»concombres, citrouilles & melons. II y a fur tout une forte decitrouille qu’ils appellent Boranez ., c’est à-dire, Agneau, *cause que ce fruit represente tous les membres d’un Agneau. I*tient à la terre par la souche qui luy sert de nombril, & eIÏcroissant, il change de place autant que sa souche le permet»faisant sécher l’herbe par tout où il se tourne. Quand leest meur, il se revêt d’une peau velue qu’on peut prépares »& employer au lieu de fourrure. II n’y a point de noyers níde vignes en Moscovie ; mais les Holhndois y apportestous les ans de tant de sortes de vins par la voye d’Archangct »qu’il n’y manque point. Le pays abonde en chanvre & en liOyaussi-bien qu’en miel & en cire, & comme ce n’est qu’une fos eCcontinuelle, à l’cxception des lieux où l’on a mis le feu dans sebois pour le convertir en terre labourable , il est tres-peupsede venaison Si de gibier. Aussi les coqs de bruyère, sesfans, les gelinottes Sc les perdrix y sont à fort grand marche»ainsi que les oyes & les canards sauvages. 11 y a grand nombsed’oiscaux de proye, comme faucons, tiercelets & autres. Pp orla venaison , il ne s’y trouve point de cerfs, mais les siwglse rS& les élans y font en grand nombre. Les forêts nourrissentnombre infini d’ours, de loups, de linx ou de loups cervie sS »de tigres, de renards & de martres zibelines, dont les pepUfont le plus considérable commerce du pays. Les plus précieU'ses fourrures sont les peaux de renard noir, de zibeline, dcastor , d’ours blanc, d’hermines & d’écurtuils, qu’on app e ' Jeen France du petit gris. Les lacs, les étangs & les rivière*fournissent toutes sortes de poissons, excepté des carpes. 1} 7en a de fort grasses & en quantité à Astracnan, mais elles lof}dures & insipides. Les Moscovites font d’ordinaire gr° s **gras, forts & robustes, & de la même couleur que les autse*Européens. Ils estiment fort les gros ventres, & les grandebarbes dont les moustaches couvrent la bouche. Les GlanaSeigneurs se sont raser la tête , mais les Prêtres & les g et kd’Eglisc laissent croître leurs cheveux, qui leur tombent j} 11 'que fur le dos & fur les épaules. La taille des femmes est f° rbien proportionnée, ni trop grande ni trop petite. Elle* oí lle visage assez beau, mais elles se défigurant par le fard,cette coutume estsigenerale, que les plus belles n’oscrose ^s’en dispenser , de peur d’effacer la beauté artificielle des aU'tres. Gesses qui sont mariées serrent leurs cheveux dans se ubonnets , mais les filles les laissent traîner en deux tresses fusdos, & les nouent au bout d’une houpe de soye cramoisie. Qcoupe les cheveux aux fisses &aux garçons qui sont au delìodel’âge de dix ans, à la réservé de deux moustaches, q 110leur laisse aux temples, de forte que n’étant point distin» uepar les habits > on ne connoît la difference du sexe que pas sebagues d’argent ou de cuivre que les filles portent aux orestse JLes habits des Moscovites ont quelque chose de ceux des aOciens Grecs. Leurs chemises font fort larges, mais tres-coutes, unies & fans plis vers le collet, & doublées d’une p iede toile triangulaire depuis les épaules jufqu’aux reins»l’on coud de soye cramoisie plate. Quelques-uns mettent ubouts de tafetas de cette même couleur aux fentes & f° uS , gaisselles. Le collet de leur chemise est large d’un pouce,plus riches le font broder, ainsi que les bouts des manches,l’ouverture fur l’estomach, de soyes de plusieurs couleun».quelquefois d’or & de perles, Sc les font passer par dc 11 11 ®camisolle, afin qu’on voye cette broderie & les deux gw ^agraffes d’or ou d’argent, avec quoy ils ferment le devant dcchemise. Leurs chausses sont fort larges & plissées vers la ce jture. Sur cela ils portent un kaftan, espece de camifolseleur va jusqu’aux genoux, & dont le collet a plus d’un dequartier de haut & de large, de forte qu’il couvre toute la tepar derrière. Sur ce kaftan ils ont une Vexe , maniéré de jus 1corps qui leur descend jusques au gras de la jambe. Ces se