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■deux gros ruisseaux, fçavoir Bourdes & James , quine ion: pas éloignés de la ville, & qui à í’endroit, oùils entrent dans la Garonne , qu on dit être à préíentfous l'églife de saint Pierre, ont marqué celui où la'ville a été bâtie & quelle en a pris le nom latin de Bur-digala. Mais on détruit cette étymologie, en observant<jue la Bourde se décharge dans la Garonne un quart delieue au-dessus de Bourdeaux, Sc la. Jalle à plus d’unelieue au dessous. On ajoute qu’il n’y a pas d’appa-rence que la Bourde ait donné le nom à une grande villearrosée de la Garonne, & entourée de marais, où ícnoyoit ce ruiílèau avant que de Rapprocher de la ville,supposé qu’il ait eu le cours qu’on lui donne. Voyezfur ce lu jet deux lettres imprimées dans le recueil despieces curieuses & nouvelles, r. 3, p. 128 & 510, âla Haye, chez Adrien Moetjens , 1705.
Piganiol de la Force , dans fa description de la Fran-ce, í, 4,/. i8£, dit que Bourdeaux est une des gran-des villes du royaume, dont la forme est à peu-près trian-gulaire. Le côté de la mer représente une espece d’arc,dont la tiviere de Garonne est la corde. On entre danscette ville par douze différentes portes. Les rues sonrallez étroites, & il n’y a que celle du chapeau rougequi soit considérable. La place qui est devant l’hôtel de'ville, celle du marché Sc celle qui est devant le palaisfont les plus remarquables. On compte plus de cinqsnille maisons dans la ville 6c les fauxbourgs, Le qua-rante-deux ou quarante-trois mille personnes. Cette■ville ne paye point de tailles, & n’est point comprisedans lctendue de son élection. L’églife métropolitaine,appellée saint André, est une des plus belles de France.La nef en est spacieuse, & au pourtour régné une largecorniche. Le palais archiépiscopal est une assez bellemaison, où l'on remarque une fort grande Sc bellesalle. L’églife de saint Michel est remarquable par sonclocher, d’oùl’on découvre toute la ville, & unetrès-belle campagne. Le cimetiere de l’églife de saint Seve-tin est fort curieux. On y remarque un tombeau depierre élevé fur quatre pilliers, du haut duquel il dé-coule des deux côtés des gouttes d’eau, qui augmentent,à ce qu’on dit, lorsque la lune est dans son plein, Scdiminuent dans son déclin. La Chartreuse est belle& son église magnifique. Son autel est couvert de très-belles glaces Sc de beaux crystaux, fous lesquels on con-serve un grand nombre de reliques. Les restes d’anti-quité que les curieux remarquent â Bourdeaux, prouventsuffisamment que cette ville est ancienne. Le fameuxSpon, à son retour de Grecc & d’Italie ,les jugea dignesde son attention. La porte bastè est un monument an-ïique,doiìt la construction solide ressent le siécle d’Au-guste, fous lequel on bâtissoit pour l’éterniré. Les Goths& les Vandales,les Sarrasins, les Normands, lorsqu’ìlsontdésolé cette ville par le fer Sc le feu, n’ont point en-dommagé ce bel ouvrage.
Bourdeaux, vante ton monument :
Tel de la vieille Rome étoit le fondement.
Plus auguste est la porte baffe ,ì Que le haut portail d’un Palais ;r . Son antique & superbe maflè
Voie les siécles coules fans s ébranler jamais.
Le palais de Tcjtele étoit un temple consacré auxdieux tutélaires : fa forme étoit longue, Sc il avoit huitgrandes colonnes en longueur de chaque cote, & quatreen largeur à chaque bour, qui fuioient le nombre devingt-quatre, desquelles il en restoit dix * huit, lors-qu’on les fit abattre pour agrandir le Château-Trom-pette.
Le palais Gallihn , porte encore le nom de l’em-pereur fous lequel il so c bâti. C’étoit un bel amphi-théâtre que les anciens titres de Bourdeaux nomment lesArenes , & un ovale qui avoit deux cents & vingt-sep tpieds de long fur cent quarante de large.
B OR s
La fontaine qu’on appelle de Duge, donne une 1grande quantité d’eau, qu elle forme un ruisteau torsutile aux tanneurs qui demeurent dans le fauxbourg ouil paffè. Ausone a célébré cette fontaine par ces vers:
Salve, Fons, ignote ortu , faer , aime , perennis ,
Vitrée , glauce , profunde , sonore , illimis , opace :
Salve Vrbis Genius, medio potabilis haujìu ,
Divona , Celtarum lingua , Fons addite Divis.
U hôtel de ville n’a rien de magnifique. C’est où s'as-semblent le maire, qui est toujours une personne dequalité, & les quatre échevins qu’on appelle jurais, qu*conjointement avec le maire, Sc quelques autres offi-ciers , composent le corps de ville.
Bourdeaux n’est entouré que d’une vieille murailleavec quelques tours carrées Sc rondes çà Sc là. Les mai-sons qui font le long du quai, font bâties ou appuyéescontre ces murs, Sc l’on s’est réservé de passer par leschambres de ces maisons en cas de nécessité pour lechemin des rondes. Cette enceinte est défendue par troisforts, qui font le Chdteau-Trompette , le Chateau daHaa , Le le Fort saint Louis ou de sainte Croix.
Le Château-Trompette est à Feutrée du quai, Sccommande le port, C’est une citadelle ancienne queFon commença de bâtir en 1454; mais que le maréchalde Vauban a réparée Sc fort augmentée fous le régnéde Louis le grand, y ayant ajouté un chemin-couvert,deux demi-lunes, & une grande contre-garde. Cettecitadelle est d’aillems composée de six bastions, dont ily en a trois du côté de la rivière. Le logement du gou-verneur est dans celui du milieu. Il est embelli d’uríparterre à l’angloife, au milieu duquel est un cabinesqui est un réduit délicieux par fa propreté, son élévation,Si la belle vue qùon y a de tout le pays des environs. Oncroit être fur mer dans la chambre de poupe d’un vais-seau.
Le Chateau du Haa est un vieil édifice qu’on com-mença à bâtir en même-tems que le Château-Trompette :fa forme est un carré long, flanqué aux quatre angles d’au-tant de tours rondes à l’antique, fans compter deuxtours carrées qui donnent du côté de la campagne poucla porte de secours, qui est couverte par un ouvrage enforme de fer à cheval, & fans parler non plus d’une au-tre tour ronde dans laquelle on paffè pour entrer dansla ville. Au reste, ce château est situé du côté de l’arche-vêché, Sc auprès d’un lieu qu’on nomme l'Ormée, quia été fort renommé pendant les guerres civiles. Lagarnison est une compagnie d’infanterie qu’on y envoiedu Château-Trompette, Sc que l'on change tous lesmois.
Le fon saint Louis ou de sainte Croix est sor la ri-vière, &à l’angle opposé à celui du Château Trompette.Le Roi le lit élever en 1676, & la garnison ordinaire estde deux compagnies d’infancerie que l’on y envoyé duChâteau-Trompette, Sc que Fon change tous lesmois.
On remarque en dehors l’hôpital neuf, où il y a unemanufacture. J’ai insinué au commencement de la des-cription de cette ville, que son porc étoit formé en crois-sant. A l’un des bouts est la ville, Sc à F autre boucest le fauxbourg des Chartreux ; & le Château-Trom-pette est entre la ville & le fauxbourg, ce qui fait unesymmétrie très-agréable, & offre aux yîiix une façadede ville qui fait un très-bel ester, Au reste le faux-bourg des Chartreux ou le fauxbourg du portest fans doute un des plus beaux qu’il y ait en Eu-rope , par son étendue Sc par la magnificence de sesbâtimens.
Bourdeaux a cela de commun avec toutes les anciennesvilles, d’avoir eísoyéde grandes révolutions. Les Sarra-sins la ravagèrent dutems du duc Eudes, Fan 752»lorsqu’ils s’avancerent jusques à Poitiers. Elie fut détruitepar les Normands dans le siécle suivant. Ayant été quel-que tems déíerte Sc abandonnée, elle fut rétablie versFan 900, sous le régné de Charles 1e Simple, ensuite lecomte Raimond en fut seigneur absolu, Sc lassa cecomté à son fils Guillaume surnommé le Bon, qui sonda,l’abbaye çle solide Croix. Ce comte ayant été pris pri-sonnier