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autres qu’on trouvoit en remontant le Saguesiay , Scjusqu’à la baye d’Hudson.
Les Esk’maux , habitans de Labrador, & de 1 iíle deTerre-Neuve, n’ont rien de commun avec les Sauvagesdu Canada » non plus que les peuples voisins de la ri-vière Danoise, Sc du port Nelson dans la baye d’Hud-son. Je parlerai de chacune de ces nations en ion lieu.
Sauvages du Canada sont genoralement droits ,bien faits ,.de belle taille, bien proportionnés. Ils ontles traits grossiers , les femmes encore plus que les hom-mes; ils naissent blancs, mais le grand air, Sc la graissedont ils se frottent, leur donnent une couleur bile, quivient par degrés, de forte qu’on voit beaucoup de jeu-nes gens des deux sexes assez blancs, Sc quelques-unsmême ont les traits du visage assez réguliers. Tous fepeignent aussi de diverses couleurà , sur-tout quand ilsvont à la guerre , Sc la plupart se piquent en différentesparties du corps, Sc y représentent d’une maniéré inef-façable différentes figures sur-tout d’animaux. II est rared’en voir de boiteux, de borgnes, de bossus, d’aveu-gles, de muets. Ils ont les yeux gros Sc noirs, de mêmeque les cheveux, les dents blanches comme l’yvoire,Sc l'haleine fort douce. Ils font extrêmement alertes,plusieurs même, sur-tout dans les pays occidentaux»suivent les cerfs - la course ; ils sont infatigables dansleurs marches. Ils souffrent long-tems la faim , se con-tentent de peu quand ils ont .peu » Sc mangent prodi-gieusement quand ils ont de quoi. Les femmes font or-dinairement de taille médiocre , Sc Pont moins belle queles hommes , ce qui peut venir dç ce qu’elles font char-gées de tous les fardeaux Sc de toute la fatigue du mé-nage, les hommes ne s’occupant que de da chasse St dela guerre. Elles laissent croître leurs .cheveux, qu’ellesroulent en maniéré de cadenettes, qui leur pendent parderrière, au lieu que les hommes les tiennent aímzcourts, & les coupent de différentes maniérés, selonles nations. Les hommes alloient autrefois tout nuds »n’ayant qu’un simple brager ; l’hyver ils s’envelopoientde quelques peaux. Les femmes ont toujours été décem-ment couvertes, les enfans jusqu’à Page de puberté n a-voient rien fur le corps. Aujourd’hui tous , excepté les.petits enfans, font plus couverts, Sc ceux qui ont quel-que commerce avec les Européens, ont substitué ìleurspeaux des étoffes 8e des couvertures , qui font plus coimmodes, mais ils n’ont aucun foin de la propreté, Sc laissent pourrir coût sur leurs corps, ce qui joint aux graissesdont ils fe frottent, leur donne une odeur forte, qui lesent de loin; Sc quoiqu’ils fe baignent souvent, ils sontfort sujets à la vermine. Ils vont ordinairement piedsjruds, quelquefois cependant ils se font des especes dechaussons de peaux, Sc s’en servent toujours quand ufaut marcher en raquettes fur les neiges. Ces raquet-tes font larges 8c longues, arrondies par devant, ter-minées en pointe par derrière , faites d’un tissu delanières de cuir,assujetties á un cadre de bois fort lé-ger. Leurs villages font ordinairement un amas de ca-banes placées fans beaucoup d’ordre, avec une grandeplace au milieu. Ces cabanes n’ont ni fenêtre ni chemi-née , ils y laissent seulement un trou au-dessus du foyer,ce qui n’empêche pas qu’elles ne soient ordinairementremplies de signée. Les nations de la langue Huronneles font en maniéré de berceaux longs , où il y a sou-vent plusieurs familles séparées par des cloisons; ellesfont d’ailleurs mieux fermées que les autres 8c mieuxtravaillées. Celles des nations Algonquines font pourl’ordinaire plus petites, bâties en rond, terminées encône, Sc assez mal construites , avec des perches 8c desécorces d’arbres. Celles des Sioux font de grands pavil-lons , à peu près "de la meme figure , Sc couvertes depeaux de bœufs. Le plancher est souvent la terre nue,ou simplement couverte de petites branches de sapin:mais il y a des deux côtés de petites estrades , fur les-quelles couchent les jeunes gens. La potye est une gran-de écorce , ou plusieurs cousues ensemble, qui se levecomme un store, Sc qui joint assez mal. Plusieurs vil-lages font fermés de palissades; il y en a même quel-quefois deux avec des galeries tout autour, qui ferventde remparts.
Avant que les Sauvages eussent connu les Européens,tout étoit commun entr’eux, 8c ils étoient d’un désrn-téreílèment parfait, ne désirant rien au-delà du pur né-
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cessaíre : Sis exercent Phospitailté de la maniéré ia plus.généreuse. Ils ne íont point querelleurs; mais depuisqu’ils ont goûté de i’eau-de-vie , ils donneroient toutce qu’ils ont pour en avoir; ils n’en boivent que pours’enyvrer, Sc quand ils font yvres, ils font furieux , Scressemblent à des démons sortis de l’enfer. Les guer-res, l’yvr.ognerie, les maladies, qu’ils ne connoissoientpoint autrefois , Sc sur-tout la petite vérole , dont ilsne guérissent presque jamais » font les causes principa-les de la diminution sensible de ces nations, qui toutesfont réduites presqu’à rien, Sc dont quelques-unes ontentièrement disparu. Les Sauvages tirent fort juste ,parce qu’ils s’y accoutument dès l’enfance : ils íè fer-vent aussi pour la chasse de chiens dressés pour chaqueespèce d’animaux, Sc qui paroissent tous de la mêmeespece : ils font grands , ont les oreilles droites, Sc lemuseau allongé comme les loups. Ils ont avec cela tou-tes les inclinations , la fidélité Sc Rattachement des nô-tres ; mais comme on ne leur donne rien à manger, ilsattrapent tout'ce qu’ils peuvent, Sc font toujours fortmaigres.
La feule choie dont ces peuples soient bien jaloux,c est la liberté. Chacun est maître de ses actions. Lesperes même ont peu d’empire fur leurs enfans ; les mè-res en ont davantage, mais la vieillesse est honorée.Dans les nations Huronnes les chefs font héréditaires,mais c’est par les femmes qu’est établi le droit de suc-cession. Dans les autres les chefs font électifs. II y aen outre des chefs de conseil & de guerre qui fe choi-sissent fur le champ pour une campagne, qui n’ont au-cune autorité réelle , Sc font toujours obéis , parce qu’ilsle Iont volontairement : des chefs de la priere parmi lesChrétiens.
Les Sauvages n’ont aucun culte réglé de religion :Us reconnoissent néanmoins un premier esprit , Scdes génies tutelaires , chacun a le sien. Leurs tradi-tions fur la création du monde, font fort confuses Scmêlées de fables grossières ; mais on y trouve des tra-ces de la religion naturelle. Ils ont une idée du délu-ge» ils croient qu’il y a un lieu où les âmes vont aprèsleur séparation des corps ; Sc où les unes vivent dansles plaisirs, Scies autres font tourmentées. Ils font auxesprits des oblations , Sc quelquefois des sacrifices; lamaniéré barbare dont ils traitent leurs prisonniers deguerre, est également fesser de leur esprit vindicatif,& d’un faux principe de religion ; car c ? est au soleil »qu ils confondent avec le grand esprit, Sc avec le dieude la guerre qu’ils immolent ces malheureuses victi-mes, à qui j] s font souffrir des maux, dont le récitfait horreur. Ils n’en usent pourtant pas de même avectous leurs prisonniers : quelques-uns soijt donnés enqualité d’esclaves aux Familles de ceux qui ont été tués.Sc souvent on les adopte, Sc ils entrent dans tous lesdroits de ceux qu’ils remplacent. La guerre se fait or-dinairement par surprise ; mais quand ces barbares setrouvent dans l’obligation de fe battre Sc de fe mêler,iís le font avec un acharnement qui fait couler bien dussng. Us n’avoient autrefois que l’arc, la flèche, Sc lecasse-tête, qui est .une espece de massue , dont la têteest ronde avec un tranchant d’un côte ; aujourd’hui ilsfe servent des armes à feu, & d’une hache, dont le man-che est fort court.
La colonie Françoise du Canada ne comprend au-jourd’hui que Piste Royale > dont nous parlerons en sonlieu : un petit établissement à la grande baye , fur la côtede Labrador ; un autre vers Gaspé Sc Piste Percée ; unautre pour la compagnie des indes à Checoutïmi fur îeSaguenay, où il y a un village d’Algonquins , Sc deMontagnais , qui ont un missionnaire Jésuite > Sc où lesPapinachois viennent apporter leurs pelleteries ; les deuxcôtés du fleuve S. Laurent qui ne commencent à êtrehabités au midi, que vers Camourasca , quarante-cinqlieues environ, au - dessous de.Quebec , Sc douze ouquinze au nord , & environ dix des deux côtés au-dessus de Montréal , avec une profondeur fort iné-gale ; un fort 8c quelques habitations à Chambiy, vis-à-vis d’un rapide de ia rivière de Sorel, Sc à cinq lieuesau sud de Montréal : un autre fort à Catarocouy , un peuau-dessous du lac Ontario. Ces deux forts sont de pierre,8c ont une assez bonne garnison. II y a encore un petitfort Sc des habitations à N iagara, un peu au-dessous, de