Les princes de la famille du kan , qu’on appelle Sul-tans , occupent les plus grands emplois , & ont quantitéde braves qui se donnent à leur íèrvice, ce qui causeroitde grandes révolutions s’ils étoient riches ; mais le kanmi-même , lorsque les pensions de la Pologne Sc duCZar lui manquent, est fore pauvre. II n’a que ses terres *une partie des douanes , 8c quelques légers impôts ; ile f vrai qu'il n’a pas de grandes dépenses à faire, parceque l e grand seigneur lui paye sa garde , qui est de prèse vingt-mille hommes , Sc que ses armées ne lui cou-tent rien , ni à lever, nr à faire subsister ; parce que les- 1 artares font tous soldats, Sc qu’ils arrivent au rendez-Vous avec leurs armes 8c leurs provisions : l’espérance dudutin Sc la licence du pillage, leur tient lieu de solde.
Après les sultans » qui font des princes de la famille,iont les kerembeghs , qui font comme la noblesse Sc lesdépositaires des loíx du pays. Leur emploi est de mainte-fifi la liberté du peuple, contre les vexations des kans oues entreprises des Turcs. Ils font consultés dans toutesle s affaires , Sc considérés à cause de leurs grands biens,Sc de leurs fréquentes alliances avec la famille régnante,s ont un chef qui porte le titre de Beg ou Seigneur.Les mirzas font au - dessous des kerembeghs : ils ontsusii part au conseil. Le kan a , en outre, son Divan,ssu est, à peu près , composé des mêmes officiers que legrand seigneur , il a un grand vizir, un mufti, Sc unc ^kil e sker, qui font des juges immédiats de toutes lesa jraîres civiles Sc criminelles , Sc qui possèdent leursc narges pendant tout le régné du kan.
Les Tartares de Crimée font tous IVIahometans, &assemblent beaucoup aux Calmoucks -mais ne font pas si| a ids. Ils font petits, & carrésils ont le teint brûlé,Es yeux peu ouverts ; mais brillants , le tour du visageÇarré 8c plat, la bouche assez petite, les dqnts blanches »| e s cheveux noirs, aussi rudes que du crin, Sc peu de“arbe. Ils portent des chemisés de toile de coton fortÇourtes, des caleçons de la même toile , des culotes fortWges , Sc faites de peaux de. brebis ou de gros drap.Leurs vestes font de toile de coton piquée , â la maniérédes caftans des Turcs; par-dessus ils mettent un man-îeau de feutre ou de peau de brebis ; les plus riches por-te at une robbe de drap, fourrée de quelque belle pelle-terie au lieu de ce manteau. Leurs bonnets , qui ont *a peu p r ès, J a même forme que ceux des Polonois , fontOrnés de peaux de mouton ou de quelque pelleterie plusP r ecieufc, selon la qualité de la personne : ils portentainii des bottines de maroquin rouge. Leurs armes íònte sabre, Tare , la flèche, dont ils se servent fort adroíte-t?ont, leurs chevaux , quoique de mauvaise mine, soritJ 1 b °ns qu’ils font des courses de vingt à trente Jíeues.j eurs selles font de bois, Sc ils raccourcissent tellementars étriers, qu’ils ont les genoux tout pliés,i-es femmes n’ont pas la figure agréable : elles ressem-p^ot beaucoup à leurs maris » cependant elles font assezarches. Elles ont de longues chemises de toile de eo-a vec une robbe étroite de peau de mouton , ou de■j, a P» des bottines de marroquin jaune ou rouge. Lesartares méprisent ordinairement les femmes de leurYé prennent pour concubines celles qu’ils ont enle*L sur leurs voisins.
ebev^ pourriture ordinaire de ces Tartares est la chair déIl ient préfèrent à toutes les autres : mais ils n’en
p 0 lorsqu’ils voient qu’on ne peut plus s’en servir
g er a c °urse : ils ne font pas même difficulté de man-ies ^"1 Lont morts de maladies. Dans leurs cour-qui S *° nt une díxaíne, Sc lorsqu’il fe trouve un chevaltr’ei^ plus aller, ils l’égorgent, & le partagent en-es Pé' X mêlent la farine avec le íàng, Sc en font uneleu r Ce u boudin. Us mettent la viande fous la selle deíi x cbe vaux, Sc après avoir fait une course de cinq oug en( . eures - Sc mís leur cheval tout en sueur , ils man-c 0m cette viande mortifiée , ou plutôt corrompue ,q Ues 3 un mets fort délicat, ils en font bouillir quel-l’eau pp 65 avec du sel. Ils n’ont d’aut.re boisson queils ne boiv° re ed: ' e ^ e fort rare chez eux. Pendant l’hiver
font leurs cheff e , de . la nei S e f ? ndue - & les I ?, írza * ’. r qUÌfient nver ’ boi vent le lait de jument. Ils aliailon-de l a ZZ ^ cheval. du millet, ou de l’orge ;
oouverturps rl des brides , des cordelettes, des
c ^P de Jarti & des fouets : ainsi ils tirent beau-
P uepartt des chevaux. S’ils rencontrent de la farine,
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ils en font des galettes fous la cendre; mais leur man-ger le plus ordinaire est le millet, l’orge Sc le sarrazin,qu’ils cultivent chez eux. II sont auffi usage du riz *qu’on leur apporte, avec le miel, qui est commun chezeux : ils sont un breuvage qui cause de violentes tran-chées , parce qu’ils ne le font pas bouillir.
Ceux qui demeurent dans les villes íont plus civilisés >ils font du pain approchant du nôtre , Sc un breuvagecomposé de millet boulli, qui est aussi épais que du lait »Sc qui enyvre : ils boivent auffi de l’eau de vie qui leurvient par Constantinople ; les pauvres boivent du laitaigre : en général ils font sobres ; ils usent peu de sel >mais beaucoup d’épices , Sc sur-tout de piment. Ils sontgrands menteurs 8c font intéressés. De Tartare à Tar-tare , le vol n’est ní permis ni puni, le voleur est feule-ment obligé de rendre ce qu’il a pris , à moins que sonaction n’intéresse le public, ou quelqu’un d’autorité »alors on lui donne la bastonnade. Les assassins , ou ceuxqui f° nt quelque violence font livrés aux parens de celuiqui a souffert l’outrage ; ils en tirent telle vengeancequ’il leur plaît : elle va quelquefois à de très-grands ex-cès de barbarie , mais qu’on croit nécessaires pour conte*nïr la férocité de ces peuples.
Lorsque le kan se met en campagne, ses armées foliéde quatre-vingt-mille hommes , Sc de quarante ou cin-quante mille lorsqu elles ne font commandées que parun mirza. Ils n entrent jamais dans le pays ennemiqu’en hiver, Sc au mois de Janvier, afin de n’être pasarrêtés par les marais ni les rivières , Sc parce que lescampagnes, qui font au nord de leur pays , étant alorscouvertes de neiges , leurs chevaux y marchent mieuxque fur la terre. Le plus riches ferrent leurs chevaux avecde la corne de bœuf qu’ils clouent ou cousent avec ducuir, mais elles tiennent peu; suffi appréhendent-ilsle verglas Sc les hivers où il 11 j a point de neiges. Leursmarches ne fontd’ordinaíre que de six lieues de France*Sc ils savent si bien prendre leurs mesures, qu’ils font deretour avant que les neiges ou les glaces soient fondues.De deux heures en deux heures ils s arrêtent un quart-d’heure pour faire reposer leurs chevaux , ce qui fe faitau coup h’un sisiet. Lorsqu ils font a trois ou quatrelieues de la frontière des ennemis,^ils s’arrêtent pen-dant deux ou trois jours dans un lieu fur. Là, ils f e divisenten trois bandes * dont les deux premières ne formentqu’un corps ; la troisième fe divise en deux autres corps,dont l’tm forme l’aîle droite , 1 autre l’aîle gauche. Ilss’avancent ensuite lentement dans le pays ennemi, maisfans cesser de marcher jour Sc nuit , ne faisant aucundommage jusqu’à ce qu’ils aient fait soixante ou quatre-vingt lieues dans le pays- C’est alors qu’sis songent àse retirer. Le corps d’armée va toujours le même pas ;mais les ailes qui font de huit à dix mille hommes, Scdivisées en dix ou douze troupes, fe répandent chacunede leur côté, jusqu’à cinq ou six lieues, ravageant tousles villages , emmenant, hommes , femmes, enfans ,bœufs , chevaux , Scc. à l’exception des cochons qu’ilsrenferment en un lieu auquel ils mettent le feu , parcequ’ils ont horreur de ces animaux. Auffitôt que ces ailesont rejoint le gros de l’armée , où elles déposent toutleur butin , on envoyé deux autres corps , qui prennentla place de ces deux ailes , & qui font un nouveau pil-lage. Par-là le gros corps d’armée reste toujours entier,afind’êtreprêtà combattre l’ennemi. Lorsqu’ils apperçoi-vent une armée Polonoise, 11s fuient à bride abattue,Sc gagnent les plaines désertes qui font à l’entrée de leurspays t Sc s’y arrêtent pour partager leur butin. En moinsde quinze jours ils enlèvent plus de cinquante mille per-sonnes qu’ils vendent par la fuite. Dans ces expéditions»outre la flèche & le sabre, ils portent un couteau à leufceinture , un fusil pour allumer du feu, une alêne , Sccinq ou six brasses de cordelettes de éuir pour lier les pri-sonniers qu’ils font; ils ont, en outre, chacun un cadran so-laire ; il n y a que les plus riches qui portent des cottes demaille, les autres font fans armes défensives; ils jnene.nttoujours à la main un second cheval, afin que lorsqu ilsfont poursuivis , Sc que celui fur lequel ils font montesest fatigué , ils puíslent fauter sur l’autre, ce qu ils sontavec beaucoup d’adresse , fans cesser de courir. Alors lscheval que le cavalier vient de quitter, p ren auíu-tot lamain droite de son maître, 8c le fuit toujours.
Les Tartares de Budzíak font une branche de ceux de
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