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Tome second. C - F.
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la Pannonîe.* Tillem-ont ,vies des empereurs » t. 3, p»560.

EGLISES ( Trois),monastère d’Arménie, à six heu-res de chemin d’Yagovat. Les Arméniens appellent cebourg Itchmiadzin, c’est-à-dire, la descente du filsunique , parce qu’ils croyent que le Seigneur apparut àSaint Grégoire en ce lieu. f^ich , qui signifie trois, jointa Klìjfé mot corrompu d’Ecclefia , signifie trois églises ;c est le nom que les Turcs y ont donné; mais ils dé-voient plutôt appeller ce bourg les quatre églises , puisequ’il y en a quatre quiparoissent bâties depuis long-tems.Les caravanes y séjournent pour s’y confesser, commu-nier, 8c recevoir la bénédiction du Patriarche. Ce cou-vent est composé de quatre corps de logis » bâtis en ma-niéré de cloîtres , disposés fur un carré fort long. Lescellules des religieux, 8c les chambres que l’on donneaúx étrangers, font toutes de même figure, terminéespar un petit dôme en forme de calote, dans la longueurde ces quatre cloîtres. Ainsi cette maison doit être re-gardée comme un grand Caravanserai ; où les moinesont leurs logemens. L’appartement du Patriarche , quiest à la droite en entrant dans la cour, est un corps delogis plus élevé , & de plus belle apparence que lesautres. Les jardins en font agréables , bien entretenus ,Lc généralement parlant , les Persans font plus habilesjardiniers que les Turcs. L’enceinte des jardins d u Pa-triarche , de même que la plupart des maisons du bourg,n’est que de boue séchée au soleil, Sc coupée en grandsSc gros quartiers que l’on pose les uns sur les outres »Sc que l’on joint avec de la terre détrempée, au lieu demortier. * Tournesort , voyage du levant; lettre 19.

L'Eglise Patriarchale est bâtie au milieu de la grandecour, Sc dédiée à Saint Grégoire l’illuminateur, qui enfut le premier Patriarche, du tems de Tiridate roi d’Ar-ménie , fous le grand Constantin. Les Arméniens croyentque le palais de ce roi étoic à la place du couvent, 8cque Jefus-Christ se manifesta à Saint Grégoire , dansPendroit où est l’église. Ils y conservent un bras de ceSaint , un doigt de Saint Pierre , deux doigts de SaintJean-Éaptiste, une côte de Saint Jacques. C’est un bâti-ment très-solide , 8c de belles pierres de taille; mais obs-cur Semai percé, terminé en dedans par trois chapelles,dont la feule du milieu est ornée d’un autel ; les autresservent de sacristie 8c de trésor. Les Arméniens qui nese piquent de magnificence que dans les églises , n’ontrien épargné pour enrichir celle ci. On y voit les plusriches étoffes qui se fassent en Europe. Les vases íàcrés,les lampes, les chandeliers font d’argent, d’or, ou devermeil. Le pavé de la Nef, & celui du Presbytère , fontcouverts de beaux tapis. Le Presbytère ou letourdel’au-tel, est tapissé communément de damas, de velours , oude brocard : il est surprenant que les Persans y souffrenttant de richesses. Les Turcs ne permettroient pas auxGrecs d’avoir un chandelier d'argent dans leurs églises ;rien n’est plus pauvre que celle du Patriarche de Cons-tantinople. Les moines de Trois Eglises se font honneurde montrer les richesses qu’ïls ont reçues de Rome , 8cfont des souris moqueurs quand on leur parle de la réu-nion. Plusieurs Papes leur ont envoyé des chapelles en-tieres d’argent, fans avoir encore rien opéré; les Patriar-ches , jusques-ici , ont amusé les Millionnaires. Lenombre des Schématiques est infiniment plus grand quecelui des Arméniens Romains. Par leur crédit 8c leurargent, ils feroient déposer un Patriarche qui donneroitles mains à la réunion.

Les Arméniens prétendent que Jefus-Christ lui mê-me traça le plan de l’église Patriarchale » en présence deSt. Grégoire, Sc lui ordonna de l’exécuter. Au lieu detrayon, Jefus-Christ disent-ils se íèrvit d’un rayon délumière , au centre duquel Saint Grégoire faiíoit sa priè-re sur une grande pierre carrée, d’environ trois pieds dediamètre, que l’on montre encore aujourd’hui au mi-lieu de l’église. Les dômes 8c les clochers font en pa-v iUon d’entonnoir renversé , Sc terminé par une croix.

Les deux autres églises font hors du monastère , Scbombent en ruine, l’on n’y fait plus le service depuis°l 1 Stems. L’une porte le nom de Sainte Caíane, l’autrecelui de Sainte Repsime. Les habitans du pays préten-dent qu e Ç a ; ane s c Repsime étoient deux Vierges R o-^aines , q U ; furent martyrisées fur les lieux où font ba-t| es leurs églises - Sc font à ce sujet » une histoire hors deVr aìsemblaace.

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La campagne qui est autour de Troîs-Eglises , est ad-mirable, Tournesort n’en connoît point qui donne uneplus belle idée du paradis terrestre. On n’y voit queruisseaux qui la rendent extrêmement fertile , & il dou-te qu’íl y ait un pays fur la terre » où Pon recueille au-tant de denrées tout à la fois. Outre la grande quanti-té de toutes sortes de grains qu’o n en retire, on y trou-ve des champs d’une étendue prodigieuse couverts detabac. Ce seroit, continue ce savant voyageur, une plai-sante question à proposer en botanique , savoir si cetteplante étoit dans le paradis terrestre , car elle fait en cemonde , le délice de biens des gens, qui ne fauroient sepasser d’en faire un continuel usage : cependant origi-nairement elle vient d’Amérique ; mais elle prospéréaussi bien en Asie que dans son propre pays. Le restede la campagne de Trois-Eglises est plein de ris , decoton, de lin , de melons , de pastèques , & de beauxVignobles. Il n’y manque que des oliviers , & il est malaisé de dire où la colombe qui sortit de l’Arche , futchercher un rameau d’olivier , supposé que l’Arche sesoit arrêtée sur le mont Arafat , où sur quelqu’autremontagne de PArménie ; car on ne voit point de ces' sortes d’arbres aux environs. ou il f au t que l’espéce s’ensoit perdue ; cependant les oliviers font des arbresimmortels. On cultive beaucoup de Ricinits autour dumonastère , pour en tirer de Phuile à brûler ; celle delin est employée pour la cuisi ae . C’est peut-être pourcette raison que la pleurehe est assez rare en Arménie»quoique le climat y soit inégal, 6c par conséquent pro*pre à produire cette maladie.

A 1 égard des melons , il n y on a pas de meilleursdans tout le levant que ceux de Trois-Eglises 8e desenvirons. Pour trente fols, on en fait charger un che-val, Sc parmi ce grand nombre,.il s’en trouve quelques-uns, fort supérieurs à ceux que l’on mange à Paris ; cequ’il y a d’admirable ; c’est qu’ils engraissent , Se nefont jamais aucun mal : plus on en mange , §e mieuxon se porte. Ceux qu’on appelle melons d’eau ou pastè-ques, dans la plus forte chaleur du jour, s ont comme zla glace , quoique couchés fur terre , au milieu deschamps, où la terre est très-chaude. Un ne les cultivepas dans les lieux aquatiques, comme on le croît en cepays-cy ; mais on les appelle melons d eau , p ar ce queleur chair ne se fond pas seulement a la bouche , maisqu’elle répand une si grande quantité d eau, qu’on enperd la moitié , sur-tout quand on mord dans le fruit,comme font les gens du puys , qui les pelent 8c les man-gent comme des pommes. La chair des melons d’eau»devient plus ferme dans leur maturité. Les Arméniensles appellent Carpous » ils ont pris ce nom des Grecs quile donnent à tous les fruits » 8c Carpous dans ce sens-là » •veut dire un fruit par excellence. On éleve les meilleursmelons d’eau dans ces terres salées qui font entre Trois-Eglises 8c l’Aras. Après les pluyes, on voit le sel ma-rin tout crystalisé dans les champs » 8c qui craque mêmefous les pieds. A trois ou quatre lieues de Trois-Egli-ses , fur le chemin de Testis , H y a des carrières de selfossile, lesquelles, fans être épuisées, en fourniroientsuffisamment à toute la Perse. On y coupe le sel en grosquartiers , comme les pierres dans nos carrières, 8c l’oncharge deux de ces quartiers fur chaque buste On trou-ve quelquefois des troupes de ces animaux qui se sui-vent sur les grands chemins, 8c ne portent point d’au-tresmarchandise, car dans le Levant on compte les bustesparmi les bêtes de somme. Les Orientaux s’ímaginentque le sel croît dans les carrières , 8c que les endroitsoù l’on en a coupe depuis long-tems se remplissent peu àpeu 3 mais qui est-ce qui a f a j t ces observations avecexactitude ? On en dit de même àCardone, en Espagne »où se trouvent les plus belles carrières , ou mines de sel,qui soient dans le monde. Cette montagne n’est qu’unbloc de sel qui patois comme une roche d’argent , lorsque le soleil éclaire le$ endroits qui ne font pas cou-verts de terre. Ceux qui travaillent dans les carrièresde marbre, font dans la même prévention, Sc. croyentplutôt par tradition que par bonnes raisons, que les pier-res croissent véritablement par un principe intérieur ,comme les trustes 8c les champignons : ainsi le préjugétouchant la végétation des fossiles » est plus étenduqu’on ne s’imagine ; mais ce n’est pas fur ce préjugé qu’ílen faut juger, c’est íùr des observations bien vérifiées.