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HUJUS TEMPLI PRIMUM DEDICAVITLAPIDEM D. BERNARDI SACRO VIE ,ANNO M. D. LXIII.
RES DIVINA IN EO FIERI CŒPTA .PRID. FEST. D. LAURENTII,
ANNO M. D. LXXXVI.
C’est-à-dire , Philippe 11, roi de toutes les Espagnes »des deux Siciles & de Jérujalem » a dédié la premierepierre de ce temple , le jour de saint Bernard , de VanlZ6 ;, & on y a célébré , pour la premiere fois, le Jèr-vice divin la veille de saint haurent , Van 1586.
Par cette inscription , on voit qu’il y a eu vingt-trois ans d’intervalle entre le commencement de laconstruction de ce vaste édifice » 8c son entiere per-fection.
Sur l’autre , on lit :
PHILIPPI II . 8cc.
CAMILLI CAIET. ALEXANDR.
PATRIARCHE NUNTII APOST.MINISTERIO HANC BASILICAMS. CHRISMATE CONSECRAND.
PIE AC DEVOTE CURAVITVIE AUGUST. XXX. ANN. M. v. XCV.
Ce qui signifie que Philippe II , par un esprit de piété dfde dévotion , a sait consacrer cette bafelique » par le mi-nistère de Camille Cajetan , patriarche d’Alexandrie , &Nonce Apostolique , le 30 août 1595. L’église est très-rande, très - belle , & faite fur le modele de Saint-ierre de Rome. Elle est soutenue par quatre rangs depiliers , & a un superbe dôme au milieu , d’ordre do-rique » ainsi que tout le reste de Pédifice. Elle est fort 'bien éclairée >, pavée de marbre noir & blanc , 8c, de car-reaux de fayance peinte. La voûte est richement dorée.On y compte quarante chapelles » 8c autant d’autels ,que l’on pare tous les jours de quarante manières diffé-rentes. La principale chapelle où l’on a placé le grandautel, est une grande voûte , qui occupe tout le fond del’église , 8c est toute de jaspe » depuis le pavé jusqu’auhaut.
Aux deux côtés » il y a deux petites chapelles ou ora-toires : dans l’un on voit la figure de Charles V , en bron-ze , à genoux, vêtu d’habits royaux , avec tous ses en-fans à ses côtés, représentés au naturel ; sc dans l’autre »qui est vís-à.vis , on voit Philippe II, vêtu de même,6c dans la même posture, accompagné auffi de ses en-fans , le tout de bronze. Ces deux monarques ont leursarmes au-deffus d’eux. Au-dessous de ces deux figures,on voit deux petits cabinets de jaspe, où leurs majestésvont de leur appartement, pour entendre la messe. Lesbénitiers font faits de deux grandes pierres précieuses »6c garnis d’or.
Au bas des degrés du maître-autel, on voit à droitedouze chandeliers d’argent massif, qui surpassent la hau-teur d’un homme » 8c à gauche , douze autres de mêmegrandeur. La feule chapelle a coûté 3000000. Il y a dansl’église sept chœurs d’orgues.
On monte au grand autel par seize marches de jaspe »OU de marbre rouge , qui tiennent toute la largeur deL chapelle. II est de beau marbre noir, à la réserve dudessus , quí est de porphyre, 8c le dehors est composéde quatre ordres, qui font le nombre de seize petitesColonnes de jaspe fin , 8c d’agathe, chacune d’une feulepiéce, avec des chapiteaux de bronze doré. La muraillede derrière est incrustée d’une piéce de porphyre , sigrande sc si luisante , qu’on y voit toute l’église , corn-ue dans un miroir. Le tabernacle est aussi de porphy-travaillé avec la pointe d un diamant. II est fait endôme , chargé d’une espece de petite tour , & sou-* en u de dix - huit colonnes d’agathe » entre lesquelless°nt plusieurs statues de bronze. Les pierreries , l’or 8cI argent y brillent de toutes parts ; sc l’éclat en est sigrand, qu’on voit au travers d’un vase d’agathe le Saint"écrément qui y repose. Le dessus de la custode, ou l’onl *cnt l e Saint Sacrement, est enrichi d’une émeraudegrosse comme un œuf » & d’ujn prix inestimable. Cettecustod e est de la hauteur d’un homme » Sc a deux bras-ss de circonférence. Elle est faite d’une pierre plus pré-cieuse q Ue i e p 0r phy r e , estimée cinq cens mille écus.j es portes des deux côtés , qui conduisent à l'autel, ontbandeaux de pièces de jaspe 8c d’agathe rassemblées >ces portes font d’un bois d’Inde fort précieux. On
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peut aller à l’entour de l’autel, maïs il n’est permis ê' íaucun séculier de le toucher.
Le choeur de, l’église est une piéce fort singulière parsa structure , les raretés 8c les richesses qu’il renferme.On y voit 214 livres pour les offices qui se doivent direchaque jour, d’une grandeur prodigieuse, reliés & peintsenveíin, avec de très-belles figures , Sc garnis de cuivredoré. II y en a un qui a coûté 400 écus. Ce font tous desouvrages de la main d’un religieux Hieronymite , ap-pelle frere André de Léon , aidé de quelques autres ha-biles maîtres du XVI siécle.
Au devant du chœur, on voit deux tableaux » où l’ontient un registre de toutes les reliques qui s’exposentdans 1 église, Sc de toutes les autres choses sacrées qu’ony conserve. En voici la liste : sept corps saints entiers.107 têtes entieres. 177 tant bras que jambes. 34 6 vei-nes. 14® 0 autres petites pièces , comme doigts , che-veux, 8c enfin ijoo autres pièces encore plus petites.Toutes ces reliques font ferrées dans quatre armoires .placées dans quatre chapelles. On prétend qu’une feulede ces armoires , surpasse le trésor de S. Marc de Venise.
A l’un des côtés du chœur , au coin de la sacristie .se voit un beau puits , d’où l’on fait aller l’eau dans desbaffins de marbre , qui sert aux religieux pour se laverles mains avant que d’aller à l’autel.
Toute la voûte de l’église est ornée de très-bellespeintures â fresque ; sur-tout celles du chœur. Elles fontde la main du Titien. Elles représentent le paradis , oùl’on voit la sainte Trinité, environnée d e légions d’An-ges 8c d’armées célestes , 8c à côté, l e Titien qui s’yest peint à genoux.
Deux cens sièges occupent le chœur , p 0ur y pi acerdeux cens religieux. Ils font séparés par de petites co-lonnes de bois rares apportés des Indes, comme brésil,cèdre > ébène , Sc autres. On y voit plusieurs beaux pupi-tres. II y en a un entr’autres qui représente un ange quía pour piédestal une boule, 8c un autre un aigle qui tientun gril pendu à son bec, le tout de bronze. On assure quele plus grand pese 1400 livres. Au milieu est un très-beau lustre d’argent d’un très-grand prix.
La sacristie est à côté du chœur. C’est une grandesalle, ornée de très-belles peintures, de la main du Ti-tien , & de divers autres peintres fameux. C’est là qu’ontient les ornemens sacerdotaux, tous brodés, & enrichisde perles 8c de pierreries. Mais ce qu’on y voit de plusprécieux, est une croix d’or massif, enrichie de perles ,grosses comme une noix muscade , de rubis , de turquoi-ses, d’émeraudes, Sc de diamans. L’argenterie répondà la magnificence de tout le reste.
De la sacristie, on passe dans une autre salle,où l’onvoit deux vases d’un très-grand prix. L’un est d’un seulsaphir, enrichi de perles Sc de pierres précieuses, aumilieu desquelles brille un gros rubis. L’autre est unouvrage de fonte, auffi enrichi de pierreries , qu’on ditêtre l’ouvrage de l’empereur Maximilien II.On y montreencore un livre estimé 4000 ducats , où toute la vie deN.S. est écrite de la main d’un religieux , avec les pseau-mes 8c les antiennes qui y ont du rapport, écrits tous dela main d un autre religieux, lans compter divers autresornemens 8c habits d’un prix infini.
Au-dessous de l’église, est le Panthéon, qui passe pource qu’il y a de plus beau dans tout l’Escurial. II est au-dessous du grand-autel. C’est un superbe mausolée , aû-quel on a donné le nom de Panthéon, à cause qu’il a étéfait sur le modèle d’un temple rond 8c obscur , qu’A-grippa > gendre d’Auguste , consacra à tous les Dieux,dont chacun y avoit fa niche & s a statue. Auffi le Pan-théon de l’Escurial est destiné pour la sépulture de tousles rois 8c reines d’Espagne » jusqu’à ce que toutes lesniches qu’on y a préparées soient remplies.
On y descend par ving-cinq marches d’une pierregrise marquetée de noir. La porte est faite de plusieursespèces de bois apportés des Indes , dont les différen-tes pièces rassemblées avec art, forment une diversitéde couleurs singulières. La voûte 8c les murailles fontincrustées de différentes pierres , dont l’assemblage faitun effet agréable./Ces vingt-cinq marches ont un pilier,au bout duquel on tourne Sc on continue à descendretrente-trois degrés de fin Jaspe de T°rtose , 8c demarbre gris & blanc, pris à Saint Paul de Tolède ,mélangé d’une maniéré si agréable » qu on díroit que
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