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Tome second. C - F.
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étrangers fort bíetì appointés, est aujourd’hui la syna-gogue, qui étolt auparavant au Vieux Fez ; car commeelle étoit sujette à être pillée à la mort des rois , on latransporta là pour fa sûreté » moyennant double tribut.En ce quartier est une grande place , environnée deboutiques , de synagogues 8c de maisons bien bâties, oùles Juifs font comme dans une ville à part, au nombrede plus de dix mille ; car il y a dans chaque logis qua-tre ou cinq ménages. La plupart font de la race de ceuxqui furent chassés d’Espagne par les rois catholiques,& il y en a quelques-uns de riches. Ils font régis par unchec ou gouverneur, qui leur administre la justice, &fait la répartition de ce qu’ils payent au prince. Afinqu’ils ne soient pas si tourmentés , il prend la ferme desamendes 8c des impôts qui font fur leurs manufactures8c leurs marchandises , car ils payent un droit de toutce qu’ils font Sc vendent, cette nation étant fort mal-traitée en Afrique. On leur crache au nez dans les rues ,on les frappe ; on ne leur permet pas de porter des sou-liers , si ce n’est à quelques-uns qui ont habitude prèsdu roi 8c des grands. Le reste n’a que des chaussures dejonc » qu’ils font obligés de quitter en entrant chez leprince, aussi-bien que de porter des turbans noirs ; Sc furle turban ou le bonnet une píéce de couleur, Sc mêmefur leurs habits , pour être distingués des autres. S’il yen a quelqu’un de riche , le roi lui enleve son argent,& lui ote quelquefois même la vie ; mais ils lavent sibien s’entremettre , Sc íont si intelligens dans les astai-res, que le roi Sc les grands leur donnent l’administra-tion de leur revenu ; parce que les gens de condition»parmi les Maures , ne se piquent point d’amasser » &ne s’entendent point à régir leurs biens ; de forte quechacun d’eux a un Juif pour son intendant, ce qui sertà les maintenir, Sc leur vaut beaucoup. Près du palais,est la maison de la Monnoie, ou demeure celui qui ena l’intendance » 8c tout auprès l’orfévrerie Sc le chan-geur qui a le coin, qui pefe l’argent, Sc y met le taux;car on ne peut travailler ni en or ni en argent dans Fez,qu’íl ne soit marqué auparavant , après quoi il passepour monnoie au poids. La plupart des Juifs font orfè-vres , Sc travaillent dans le Nouveau Fez, où Ils ontleurs boutiques, Sc vont vendre leurs ouvrages au Vieux,dans une place qui est proche de l’épicerie , parce qu’o nne peut travailler en or ni en argent dans le Vieux Fez.Les Maures ne se plaisent pas à cet art ; & s’il y a quel-ques orfèvres parmi eux , ils ne font que des bagues, despendansd’oreilles, &des grains de chapelet pour les fem-mes des Arabes Sc des villageois. Enfin le prince qui abâti cette ville neuve » y a mis tout ce qui étoit néces-saire à une bonne place , afin d’y pouvoir vivre sûrementSc commodément , lui Sc tous ses successeurs ; Sc pouraller au Vieux-Fez, il a fait un chemin fous terre , quiconduit à la forteresse , lequel est si large, que trois che-vaux y peuvent aller de front. II y a dans le NouveauFez un grand hôtel, où les esclaves chrétiens avoient ac-coutumé de travailler en ouvrages de fer, 8c autres cho-ses , fous le commandement des renégats de Grenade,d’Andalousie Sc d’ailleurs , qui saisissent des armes Sc desmunitions ; mais on a donné cette maison aux Juifs, quiy tiennent leurs boutiques d’orfévrerie, & les chrétienstravaillent ailleurs en divers endroits. II y avoit auffilàautrefois un quartier où vivoient plusieurs chrétiens li-bres , Sc quelques esclaves même , qui étoient bons ou-vriers, que le roi traitait bien. II y en a encore plusieursde cette forte dans Fez Sc dans Maroc. Tout le reste deceux qui vivent dans la nouvelle ville, font gens de peude considération , parce que toutes les personnes richesSc de qualité font bien aises de n’être pas connues dela cour, pour être plus en assurance, & ne se plaisentpas même à loger des courtisans , ni à marier Ifeurs fillesà la cour. La nouvelle ville a deux portes principales ,l’une qui va à la vieille ville, Sc l’autre, où est l’acéquífevu la garde du roi. II y en a une troisième plus en de-dans , qui va entre les clôtures des deux murailles ; maisH y a garde par-tout. Le roi a continuellement dans leNouveau Fez quinze cens chevaqx bien équipés , Sc deuxmille' arquebusiers à pied, avec beàucoup d’artilleríe Scde munitions » dont on entretient celle des autres pla-ces. Enfin toute la force de l’état consiste en cette ville,qui fe défendroit pourtant fort mal, si on l’assiégeoit au-jourd’hui, tant parce qu’on la peut battre & attaquer en

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divers lieux , Sc de fort près , Sc qu’elle malique de bou-levards commodes, 8c de plates-formes pour mettre l’ar-tillerie , aussi-bien que des gens qui I a sachent gouver-ner ; que parce qu’iî y a quantité de bouches inutiles ,qui y mettroient bientôt la famine , particulièrement sil’on fe rendoit maître du Vieux Fez..

Au milieu du Vieux FEZ , passe une rivière, quiprend fa source à trois lieues de-là, près d’un petit lieunomme Ain elHamiz, ; Sc qui, en traversant une grandeplaine , passe entre quelques collines , d’où elle se varendre aux jardins, qui font devant la porte Bib-el-Ha-did. EUe fe séparé là en deux bras , quí entrent par deuxendroits dans la ville ; l’un près de cette porte, lequel va àla batterie proche du pont, qu’on nomme Racif' 8c l’au-tre par la porte Bib-el-Fétch , d’où il va rejoindre le pre-mier au pont desTeinturiers ; puis ils traversent ensemblela ville, Scvonîionir ìh po Tte Bib-el-Gada r> où ilssontbordés de beaux jardins pins d’une grande lieue ; aprèsquoi ils se vont rendre dans J e grand fleuve de Sébu, àune lieue Sc demie de la ville. Ils font tourner dans laplace quatre cens vingt moulins.

II y a une autre rivière . qu’on nomme de Fez ., quívrent 6e îroÍ8 lieues oe la , dune grande fontaine , prèsd’un chateau » ou les rois de Fe^ tiennent cinquantehommes en garnison; d ou descendant par une belle plai-ne , elle se vient rendre au Nouveau Fez , par la portequí va au Vieux; & passant entre les deux murailles,court par les deux jardins, qui íont devant la porte Bïb-el-Hadíd , Sc se jette de là hors de l a v ;u e ^ traversbeaux vergers , iusqu’à ce qu’elle se décharge dans lefleuve de Sébu. Elle fait moudre quinze moulins entreles murailles du Nouveau Fez . par où elle passeOutre cela, il y a dans le Nouveau Fez plusieurs fon-taines , qui naissent toutes d’une seule source qui n’estpas loin de-là, d’où l’eau est conduite p ar des

paS ----- par des canaux

souterrains jusqu’au palais du roi , Sc se distribue de-làaux autres palais , Sc par toutessa ville. Il y a au ffi plu-sieurs fontaines dans le Vieux rez, dont l’eau est très-fraîche, lesquelles naissent toutes entre les murailles ; 8cdivers canaux Sc aqueducs quí conduisent l’eau de larivière aux mosquées , aux collèges , aux bains , Sc auxprincipaux logis, avec plusieurs puits par toute la ville .dont l’eau est si proche des bords, qu on se puise enbeaucoup d’endroits avec le leau a se main. A quatrelieues 8c demie de-là , il y a une grande source , qui »après avoir coulé une lieue Sc demie a découvert, fe perden partie dans un grand lac ; & ceux de Fez disent quece quí fe perd rentre dans la Ville , qui, pour être toutecreuse, Sc portée fur les eaux .tremble fort souvent. Dansle Beleyda , qui est au-devant du fleuve , il y a six censfontaines , qui font toutes murées Sc fermées à clef, parceque l’eau fe rend de-là par des conduits dans le VieuxFez, Sc est fort fraîche en été. La plupart de ces fon-taines viennent du côté du couchant 8c du midi d’unegrande esplanade » où il y a force beaux jardins Sc arbres| fruits . orangers , citronniers , myrthes, lauriers & jas-mins , Sc quantité de roses , Sc, d’autres fleurs odorifé-rantes ; 8c tout cela est arrosé de plusieurs rigoles tiréesde ces fontaines. Tous ces lieux ont des logis fort frais,où les gens de condition Sc de plaisir se retirent l’été »depuis le commencement d’avril jusqu’à la fin de sep-tembre. C’est ce qu’on ;,ppelle les jardins de Zingifor ,parce que la terre y est de couleur dorée, qui est la signi-fication du mot Arabe.

Hors des murs du Nouveau Fez, on éleve l’eau de larivière avec des roues, qui 1aportent au-dessus des murs.Elle fe répand de-là dans les palais , les bains , Sc les jar-dins de toute 1a ville. H y en a de même dans la plaine<j e Tolède, par où l’on fait monter l’eau duTage , pourarroser les jardins ; Sc l’on tient que ce fut un captif deTolede qui en porta l’invention en Barbarie, parce qu’au-trefoís ceux de Fez saisissent venir par des aqueducs quifor.t ruinés , l’eau de la fontaine qui coule maintenantfous terre. Ces roues qui élèvent l’eaufont posées Unle bord du fleuve , en un canal fort étroit, afin que 1 eauentrant de furie dans les auges, dont elles font environ-nées . les fasse tourner plus à; Sc quand elles sont enhaut, elles versent l'eau en descendant ; maïs elles fontune heure entière à faire un tour.

Hors de se vieille ville , du coté du couchant , est lefaubourg deMsRZ, de plus de trois cens maisons, où il y a

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