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Tome troisième. G - L.
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I. La LIGUE-HAUTE ou Grise , en allemand Graw-bnndt. Celle-ci, comme la plus considérable, a commu-niqué son nom à tout le pays.

II . La ligue de LA CaddÉ-E, (Caddea, en italiencorrompu, pour Casa-L)u ,) ou de la Maison-ue-Dieu,en allemand Gotts-hauss-buhdt.

III. La ligue DES DÎX COMMUNAUTÉS, en allemandZehcn-grichten-bundt.

Les deux premieres font au midi , & la troisième aunord. La premiere est séparée de la seconde , en partiepar !a branche orientale du Rhin , Sc elle fait face àl’occident, aux cantons d’Uri & de Gíaris^ les deux au-tres , à l’oricnt & au nord , *font face au 1 iroh Ce fontcomme trois cantons ou républiques , dont chacune ason gouvernement à part , & fait ses affaires séparé-ment ; mais toutes ensemble sorment^un corps de ré-publique , en qui réside i’autorite suprême. La longueurde tout ce pays , du nord au sud , est de quinze millesd’allemagne, ou d’environ trente-cmq ueues. On a donnéaux habitans le nom de Grisons , parce que les premiersqui, dans le quinzième siécle, se liguèrent ensemble, poursecouer le joug de ceux qui les opprìmoient, portoientdes habits grossiers d’une étoffe grise , qui se fabriquoientdans le pays.

Ce pays a essuyé à-peu-près les mêmes révolutionsque la Suisse ; il fut quelque tems fous la domination desFrancs ; après quoi, les Huns s’en rendirent maîtres, &le ravagèrent : la souveraineté fut ensuite partagée en-tre Pempire - & divers comtes particuliers ; & comme lesévêques de Coire furent chargés par les empereurs dela partie qui dépendoit de l’empire ,. ils ne manquèrentpas de faire leurs affaires aux dépens des princes quiles commettoiènt ; ils parvinrent enfin à se faire eux-mêmes souverains. Les Grisons, ayant rendu de grandsservices aux empereurs, en obtinrent de grands privilè-ges. Ceux qui étoient soumis aux comtes, rachetèrentleur liberté , ou devinrent libres par Pextinction des fa-milles de leurs seigneurs. Les évêques de Coire, perdi-rent insensiblement tout leur pouvoir , principalementau tems de la révolution ; de sorte qu’aujourd’hui ilsn'ont plus aucune part, ni aucune influence sor les af-faires du gouvernement. Les Grisons parvinrent enfin àl’indépendance , & formerent une république Démocra-tique , dont le pouvoir souverain réside entièrementdans le peuple.

Le pays des Grisons étant tout entier dans les Alpes,& ne consistant qu’en vallées plus ou' moins larges,au pied de'hautes montagnes , on peut aisément jugerque l’air n’y est pas des plus doux, ni le terroir des plusfertiles. Cependant il est extrêmement peuplé ; & lesdeux extrémités , qui font d’un côté la seigneurie deMeyenfeld , & de ? autre le pays de Pregell , sont dansun climat assez doux, & ont un terroir fertile en bleds,en fruits & en excellent vin. Dan> le cœur du pays onrecueille de Pavoine, de forge, quelques fruits, & enquelques endroits du froment. 11 y a aussi , par-ci par-la , de bonnes vallées fertiles. En récompense on tiredes Alpes bien des avantages , par les troupeaux de bê-tes á corne qu’on y entretient. On y a aussi le gibier entrès-grande abondance ; & les rivières , avec quelquespetits lacs , donnent beaucoup de poisson.

Les Grisons gardent, à l’égard des mœurs, un certainmilieu , entre les Suisses & les Italiens ; ils ont un peude la vivacité Italienne , & beaucoup de la franchisedes Suisses. La liberté dont ils jouissent, les rend gais,hardis, courageux, fiers ; mais cela même rend la po-pulace , (qui en tous lieux abuse de tout,) farouche,emportée & insolente. Ils sont extrêmement jaloux deleur liberté. Ils sont presque tous Protestans. L’évêquede Coire Sc l’ahbé de Disentis , avec le doyen & lechapitre de Coire, & quelques villages dispersés dansles trois ligues, sont Catholiques ; mais les villes & toutle reste du pays est Protestant. La Ligue haute est celleoù il y a le plus de Catholiques. Chaque église Protes-tante , dans le Grisons, a le droit d’établir íes pasteurs& de les déposer. Les ecclésiastiques Catholiques dé-pendent de Pévêque & du chapitre de Coire , & del’abbé de Disentis pour la plus grande partie : Pévêquede Coire est élu par le chapitre , & les chanoines sontobligés de choisir un homme dupays, & même qui soit

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de la Ligue de la Maison-de-Dieu. L’évêque prend letitre de prince de P empire , à cause des terres qu’il possed edans l’empire ; mais nonobstant ce titre , il n’est rienmoins que souverain dans son pays ; car il est sujet desLigues avec tout ie ciergé.

Chaque communauté, étant gouvernée par ses propresloix municipales , & par ses coutumes particulières,choisit lès propres magistrats, & tous les hommes, deslage de seize ans, ont droit de suffrage. Et les diversescommunautés de chaque Ligue ayant leurs diètes pro-vinciales , composées des députés de chaque commu-nauté , qui choisissent le chef, & les autres officiers dechaque Ligue en particulier , ces diètes provinciales neressemblent pas mal aux états provinciaux des Provinces-Unies. Au reste la justice est administrée, dans ce pays,d’une maniéré très-iìmple. On applique les criminels 3la question, comme en Suisse ; & après leur exécution,en quelques endroits, on confisque leurs biens. En d’ati-tres , comme dans les communautés du Prettìgau , Hconfiscation n’a point de lieu. A l’égard des procès , sin’y a point d’appel dans la Ligue des dix jurisdictions,excepté dans la seigneurie de Meyenfeld. Dans la Liguede la Caddée, ils font très-rares ; & quant à ceux de I 3Ligue haute, ils se portent ordinairement à Tron.

Pour ce qui est des affaires générales , qui regardenttout le corps de Pétât , il y a des diètes composéesdes députés de chaque Ligue , qui s’astemblent aussi sou-vent que la nécessité le demande , comme des diètesprovinciales , formées des députés de chaque commu-nauté , pour les affaires de chaque Ligue en particulief.

La principale assemblée, que l’on appelle diète gêné'raie , est composée, outre les trois chefs des Ligues, d’undéputé de chaque communauté , qui a droit de suffrage-Elle se -rient régulièrement une sois Pan, non tour-à-tourdans chacune des trois Ligues, niais dans Tordre suivant;savoir en premier heu, à liants, ensuite à Coire , h*troisième fois à liants, la quatrième à Cotre encore, &-la cinquième à Davos. Le chef de la Ligue , où elle setient, y préside toujours ; & le tems auquel elle se con-voque , est fixé à la fin d’Août : ses affaires principalessont, i° d’agiter & de délibérer fur les propositions desprinces étrangers. 2. 0 De recevoir les deniers communs,& d’examiner les comptes publics. 3 0 De prendre fer-ment des gouverneurs & des subalternes. 4 0 De jugerles appels.

Outre cette diète générale, il y en a de trois autresespeces.

La premiere de ces assemblées n’est proprement qu’un®demi-diéte ; aussi en porte-t-elîe le nom. Elle confiss 3dans la moitié [des députés qui ont droit d’aíîister au#diètes générales ; de sorte que deux communautés n’ert-voient entr’elles qu’un seul député qu’eíles choisissentchacune à leur tour. Cette demi-diéte n’a point de temsfixe pour s’assembler ; elle se convoque seulement lors-qu’on le juge nécessaire ; mais le plus souvent à la ré-quisition des ambasiadeurs étrangers, elle se tient tou-jours à Coire.

La seconde assemblée est appellée le congrès. Eli®n’est composée que de trois députés de chaque Lig« e *avec les trois chefs ; elle s’assemble généralement un®fois Pan , environ au commencement de Mars , po l,rexaminer & mettre en ordre les réponses des commu-nautés , & pour communiquer de nouveau le résultat dfces réponses aux mêmes communautés. Ce congrès* 0tient encore à Coire, aussi-bien que les autres assemblé®*publiques ; mais cela se fait pour la commodité, plu totque par un droit attaché à cette ville.

La troisième est une assemblée des trois chefs des L'"gués seulement ; elle se d ent un peu devant la die fegénérale , pour préparer les matières fur lesquellesdoit délibérer. .,

R y a encore , comme il est dit ci-dessus , desprovinciales , qui se convoquent toutes les fois qu’on \J u ge nécessaire. Mais il faut observer, comme régi® ^nérale, que dans toutes ces assemblées, les députés í°sttellement liés par leurs instructions, qu’ils ne font qu 0 )libérer, & rapportent ensuite ce qui a été délibèreleurs communautés qui discutent Paffairé de nouveau tchacune en particulier , & décident la question p ar .pluralité des voix : chaque communauté envoyant