2I8 GRO
autorité pour mettre fin à cette guerre, Sc réconcilia lesbourgeois avec l’évêque , St ensuite févêque avec lecomte de Hollande , lesquels s’étoient brouillés fur lapossession des pays qui s’étendoient depuis Gronin-gue jusqu’à la riviere dé Lawer. Florent prétendait enêtre le maître absolu , parce qu’ils lui avoient été don-nés par quelques empereurs. L’évêque produifoit deson côté d’autres donnations , par lesquelles il faisoitvoir qu’il étoit légitime possesseur d’une partie de ce ter-ritoire. L’empereur décida qu’à l’avenir ils partageroientles revenus , qu’ils choisiroient un comte qui en auroitl’administration ; & que s’ils ne pouvoient pas convenirde la personne, elle seroit nommée par l’empereur ; qu’ilsse rendroient l’un & l’autreau mois de Mai à Groninguepour faire le partage de la recette , St n’y demeureraientque six semaines , l’un pour y faire les fonctions ecclé-siastiques , l’autre pour régler les affaires civiles, ( Con-cordai inter episcopum Tr cij ecíensem <S* comitem Hollan -diœ super partes Frisa orientalis , &c. apud Hedam ,p. 171. ) Cet exemple fait voir que Groningue étoit alorsune ville murée , capable de résister à une armée & desoutenir un siège ; que les comtes de Hollande & les évê-ques d’Utrecht prétencloient qu’elle leur appartenoit, ôcque l’empereur devenoit le juge des différends de ce pays,en qualité d’arbitre, St comme seigneur féodal , parceque les uns Sc les autres ne fe l’attribuoient qu’en vertudes donations faites par fes prédécesseurs, fous la condi-tion de la redevance Sc de l’hommage , comme cela fefaisoit en ce teins.
La ville de Groningue devint si riche Sc si puissante ,qu’elle forma le projet d’étendre fa domination fur laFrise, Sc d’y faire des conquêtes. Les vainqueurs abusèrentde leur pouvoir , Sc traitèrent durement ceux qu’ilsavoient soumis. Albert de Saxe , envoyé par l’empereurMaximilien , attaqua les Frisons ; Sc profitant de la divi-sion qui régnoit entr’eux , les dompta facilement. IIvoulut reprendre fur les Gruns ( on appelloit ainsi leshabitans de Groningue ) ce qu’ils avoient usurpé ; maisils lui résistèrent courageusement, 8t souffrirent toutes lesincommodités d'un rude siège. Enfin craignant de tom-ber entre les mains de leur ennemi, ils aimèrent mieuxfe réconcilier à certaines conditions avec Frédéric deBade , qu’on avoit élu évêque d’Utrecht l’an 1490. Ilsconfentoient à recevoir un juge au nom de l’évêque ,pourvu qu’on leur laissât une entiere liberté ; mais lors-qu’on voulut les obliger à restituer ce qu’ils avoient prisdans la Frise ; un prêtre de grande réputation, qui étoit à3 a conférence, la rompit, en soutenant qu’il valoit mieuxplier fous le joug , que d abandonner ces conquêtes. D’unautre côté ils trouvèrent moyen de fe défaire d’Albert,en aidant les Frisons qui aíïiégeoient son fils Henri. Lepere laissa les Gruns pour courir au secours du princepssiégé , & mourut de chagrin. Henri , & George , sonfrere , ne l’aisserent pas de revenir à la charge contre leshabitans de Groningue, qui appellerent à leur secours leprince d’Oost-Frife , qui étoit au-delà de l’Ems, & leduc de Gueldre. La guerre fut violente ; Coëverden ,livrée au duc par la trahison des Gruns , fut reprise parl’évêque , qui , comme nous l’avons remarqué , nepouvant soutenir les droits de son évêché , aima mieuxs’en dépouiller. Enfin Groningue fe donna à Charles Ven 1536.
La province de Groningue , qui est la derniere del’union , s’étend depuis la riviere d’Ems jusqu’à celle deLawers , qui la sépare aujourd’hui de la Frise. Elle estdivilée en deux corps différeras : les habitans de la villede Groningue composent l’un ; ceux du plat pays , qu’onappelle les Ommelandes , forment l’autre ; Lc ce font cesdeux corps , assemblés par leurs députés aux états de laprovince , qui en font la souveraineté ; la moitié desdéputés est nommee par la ville , & l’autre par lesOmmelandes.
Ces deux corps distribuent les emplois , Sc observentdans cette distribution une parfaite égalité pour le nom-bre , & donnent les commissions au nom de la pro-vince. . ,
Ils envoient six députés aux états-généraux , deux-auconseil d’état,. deux a la chambre des comptes de la géné-ralité , quatre à l’amiraute de Harlingue , deux ordinai-res , 1k deux extraordinaires. Enfin ils en envoient tour-à-tour un à l’amiraute d’Amsterdam.
GRO
Ils choisissent tous les ans huit personnes qui compo-sent le collège des conseillers députés : c’est ce collège ,qui pendant l’abfence des états , régie les affaires de laprovince , à-peu-près comme le Gecommitteerde Raadfait en Hollande ; mais l’autorité des premiers doit êtreplus grande , parce que la convocation des états de laprovince est moins fréquente : ce font aussi ces conseil-lers députés qui les convoquent extraordinairement, lors-qu’il y a des affaires importantes.
Ils élisent six perfonnnes qui composent la chambredes finances de la province , six curateurs qui règlent lesaffaires de l’université de Groningue ; ils en nommentaussi les professeurs , dans laquelle on a vu paroître lesAltings , les Desmarais ,■ & une infinité de favans illus-tres , dont on peut voir ailleurs les noms, & le cataloguedes ouvrages qu’ils ont faits.
Ils disposent aussi des charges du conseil de guerre quiréside à Groningue. II est composé d’un président , dedeux assesseurs Sc d’un secrétaire. Ils nomment encore troispersonnes pour faire la revue des troupes ; mais cettederniere commission est à vie, Sc ceux qui en font chargésprêtent le ferment aux états-généraux.
Enfin ces deux corps donnent toutes les charges mili-taires des troupes qui font de la répartition de la pro-vince ; mais on le fait ordinairement par tour ; & lorsqueGroningue a distribué quelqu’emploi , les Ommelandesjouissent ensuite du même droit. Cette égalité dans ladistribution des charges devroit entretenir une parfaiteunion entre les deux corps de cette province ; maisil arrive souvent de violentes contestations entre la villeSí les Ommelandes.
Les états de Groningue s’assemblent ordinairementtous les ans le 8. de Février, Sc dans ce jour toutes lescharges annuelles deviennent vacantes ; mais on les rem-plit aussi-tôt , soit par une élection nouvelle , soit encontinuant la jouissance à ceux qui l’avoient déja. Lesétats font convoqués extraordinairement par les conseil-lers députés , lorsqu’ils le jugent important ou nécessaire*Le lieu de l'assemblée n’est fixé par aucune loi, & ona vu fur ce sujet plusieurs contestations entre la ville deGroningue skies Ommelandes. Les états-généraux statuè-rent l’an 1597 , qu’on pourrait convoquer cette assem-blée dans le lieu qu’on jugerait à propos ; mais pàr unautre règlement fait l’an 1645 (>>) , on a ordonné quepar provision on s’assembleroit dans la maison de laprovince , laquelle est à Groningue. * ( a ) Résolut, de 1597 sart. 17. (b) Autre Résolution de fan 1645 , n. 2 >art. 17, & n. 3.
Les états assemblés délibèrent Sc décident en fouve-^rains de tout ce qui regarde l’intérêt ou la fouverainetede la province. II n’y a dans cette assemblée que deilXsuffrages , l’un de Groningue Sc l’autre des Ommelan-des ; un suffrage ne prévaut point sur l’autre ; & lorsqueles avis font différons on ne peut prendre une résolutiondécisive qu’àprès avoir obligé l’un des partis à conveniravec l’autre. Ce font les pensionnaires ou syndics , quiparlent dans 1 assemblée , St qui font chargés de porterl’avis de leur corps , & de le soutenir.
Gromugue etant la ville principale de la province quiporte son nom, tient le premier rang dans les assemblées »& jouit de plusieurs privilèges. Elle est gouvernée pardouze conseillers St par quatre bourg -mestres. Cesmagistrats font élus par un corps de bourgeois , qu’onappelle jurés. Ce corps s’assemble tous Ies ans le huitFévrier pour faire sélection. Huit des anciens magistratsdemeurent en possession de leur charge pour cette année Jmais on en choisit huit autres qui entrent en fonctionavec les huit anciens , St ces seize choisissent de leurscorps quatre bourg-mestres qui président par quartier detrois en trois mois. Si une place devient vacante dans 1 ®conseil des seize, pendant le cours de l’année, par mort»par punition , ou par démission volontaire , le colleg ela remplit. C’est aussi ce collège qui régie la police &juge de tous les procès tant civils que criminels. Enfin »ce conseil de seize personnes élit un pensionnaire, q u 011appelle syndic , deux fecretaires, un fiscal, les directeur*de la chambre des Orphelins , St dispose de plusieursautres petites charges qui dépendent de la ville. Prochede la ville est une juridiction, appellée Old-ÂsP. ten sles bourg-mestres St les conseillers ont le,orolt enommer le haut officier , Sc son secrétaire. Us etabhsten