Band 
Tome troisième. G - L.
Seite
408
JPEG-Download
 

HUN

40

HUNS, (les) étoient une nation Tartare , que îesChinois appellòient Hiong-nou , qui veut dire malheureux:esclaves , d’où s’est formé par corruption le ìtìot Hunni ,chez les Latins, & Huns chez les François.

Ils habitaient le grand pays nommé Ta-tan, quicón-finoit à forient au Ouo-leang-he , & à ce que nous ap-pelions aujourd’hui le pays des Tartares Man-tchtous :au midi, il avoit pour bornes la fameuse muraille de .laChine, qui s’étend le long des provinces de Pékin, deCh'ansi 8t de Chensi ; en Tartarie le pays de Huni 8cd’Ygour, jusqu’au fleuve Irstich, qui le séparoit, suivantles apparences, à l’occident, d’avec le pays desOu-siun.On peut lui donner pour bornes, vers le nord, cellesqui terminent les empires des Kalkas 8c des Eleuths.Les Chinois n’ont jamais bien connu le pays de Ta-tan ;Sc les Barbares, qui l’ont habité, n’ayant aucun écrivainchez eux, on n’à jamais pu en avoir une descriptionexacte.

Le chef dès Huns, qu’ils appellòient Tanjou , c’est-à-dire, fils du ciel , faisoit fa résidence ordinaire sur un deSrameaux du mont Altaï ou Altan, (montagne d’or,) le-quel avoit mille h, d’orient en occident. Cette mesuréChinoise a varié suivant les différentes dynasties. Ainsielle est indéterminée. Cependant l’opinion la plus com-mune est qu il en faut dix pour faire une lieue de France.Ce prince s’amusoit à y faire fabriquer des arcs Sc desflèches.

Les Huns étoient d’une figure affreuse ; dès l’enfancè,ón leur faisoit des incisions fur le visage, afinde leur faireconnoître le fer avant le lait. Ils avoient le corps ra-massé, l’estomac large, le cou court, la tête grosse, lescheveux rares. Ils exerqoient leurs enfans à chasser Sc àfaire la guerre : ils les mettoient fur des moutons, quileur fer voient de chevaux, les faisoient tirer fur les oiseauxSc les souris avec de petits arcs Sc de petites flèches.Lorsqu’ils avoient acquis plus de force, ils les envoyoientà la chasse aux renards Sc aux lièvres, qui leur servoientde nourriture. Si -tôt qu’ils étoient en état de manier lesarmes, ils les envoyoient à la guerre , qui devenoltleur unique occupation. C’étoit d ailleurs le seul moyend’acquérir l’estime de cette nation guerriere, où les enfansentroient en fureur au récit des exploits guerriers deleurs peres ; Sc les peres gémissoient de douleur lors-que la vieillesse leur avoit ôté le pouvoir de suivre 8cd’imiter leurs enfans à la guerre. On oublioit alors leursservices passés : leur caducité les rendort un objet demépris.

Des racines Sc de ìà chair crue, seulement mortifiéeentre la selle Sc le dos des chevaux, faisoient la nour-riture de ces Barbares. Ils ne se croyoient point en sûretédans une maison ou dans à bâtiment solide : erransdans les plaines Sc lés forêts, ils laissoient leurs femmesSc leurs enfans fous des tentes posées fur des chariots,qu’ils transportoient à leur gré ; ils n’avoient enfin au-cune demeure fixe. Us fupportoient la faim, la soif Scles rigueurs des saisons avec beaucoup de patience. Ilsn’étoient habillés que de peaux ou de toile, qu’ils lais-soient pourrir sur leurs corps. Leurs étendards étoient depeaux. 11s étoient toujours à cheval, dormoient mêmependant la nuit fur le dos dé leurs chevaux. Ils combat-toient fans aucun ordre , 8c en jettant de grands cris.Leurs chevaux étoient si legers qu’on les voyoit fondrefur l’ennemì & disparoitre dans le même instant. Celuiqui pouvoit enlever le corps de fon camarade tué dansun combat, devenoit son héritier 8c s’emparoit de sonbien. En guerre ils cherchoient à faire le plus d’esclavesqu’ils pouvoient, Sc s’en servoient pour garder leurstroupeaux, Sc avoir soin de leurs bestiaux. Leurs armesconsistoient dans un arc, des flèches Sc Un sabre : ilsne songeoient qu’à voler ou piller leurs voisins ; maisentr’eux ils étoient d’une fidélité à toute épreuve. Lenombre de leurs femmes n’étoit point fixé ; ils enprenoient autant qu’ils en pouvoient nourrir, fans avoirégard aux degrés d’alliance, ni de parenté.

La fertilité de la Chine attiroit ces Barbares : ils fai-soient sans cesse des courses dans les provinces septen-trionales de cet empire , dont ils étoient voisins. L’em-pereur, pour les arrêter, envoyoit fur la frontière de sesétats des armées innombrables ; mais les Huns qui com-battoient à la maniéré des Parthes, en fuyant Sc reve-Jiant tout-à-coup fondre fur l’ennemi , trouvoient le

HUN

moyen de les fatiguer ou de les détruire , Sc continuoieqleurs ravages : fi les Chinois les poursuivoient de *ropprès, ils les attiroient dans les déserts, les y égarèrent,Sc les faisoient périr de misere. Presque tous les régné*des empereurs de la Chine sont marqués par leS coursesdes Huns, dans les provinces septentrionales de cet eín ~pire. Ce fut, pour les arrêter, que ces monarques nrestconstruire la fameuse muraille de la Chine , vers l ^210 avant Jesus-Christ.

La Chine ne fut pas le seul pays que les Huns attaque*sent : ils se répandirent dans la Tartarie , sous Esle-teleur Tanjou ; soumirent tous les peuples qu’ils rencon-trèrent ; étendirent leur domination depuis les province*septentrionales de la Chine, jusqu’au milieu de la Sibérie»Sc depuis la mer orientale, jusqu’à la riviere d’Ii. Lam-bition de Esle-té ne fut point satisfaite d’un si vaste em-pire : il voulut conquérir la Chine, y entra avec quatrecents mille hommes, y fit des ravages affreux ; mais 1en sortit à force de présens 8c de soumissions. L'entre-prise de ce Tanjou avertit les Chinois de ce qu’ils ávoie nà craindre : ils leverent des troupes, fortifièrent les P‘ 3 jces frontières, firent des courses fur les terres des Hun*rceux-ci armèrent de leur côté : la crainte réciproque nconsentir les deux nations à la paix que la cupidité deHuns faisoit rompre sans cesse ; ces deux nations s’atta-querent réciproquement pendant plusieurs siécles , Scfirent beaucoup de mal. Enfin l’empire des Huns s’aft° l *blit Sc donna du relâche à celui des Chinois. Plufieu rSnations secouèrent le joug des premiers : deux officiai 5d’entre les Huns prétendirent ensemble à la qualité d?Tanjou, chacun faisoit un parti, Sc l’empire des Hun*.divisa. Les uns Rétablirent, l’an 48 de J. C. au m>m »les autres au nord. Ceux du midi se mirent d’abord s° 11 *la protection des Chinois , se déclarèrent solemnelseme 11leurs vassaux ; mais ils se rendirent suspects à l’emperetfde la Chine , qui profita de cjuelques divisions survenueentr’eux, Sc les soumit entierement, vers l’an zió yL C. Mais au commencement du quatrième siécle, 1s’ennuyerent de la domination des Chinois , prirent learmes , s’emparerent de Lo-Yam, capitale de fempir e >la réduisirent en cendres , firent l’empereur prisonnier »le mirent à mort, Sc soumirent une partie de cet em-pire ; l’autre resta aux Chinois qui proclamèrent ^nouvel empereur. Ainsi l’empire de la Chiné fut parta§*entre les Chinois & les Huns, jusqu’en 451, q UÊ ^Tartares Topa soumirent ces derniers, dont la nation .le nom se sont, par la fuite, confondus avec les ChipeSc les Tartares. Voilà ce que devinrent les Huns du m 1Suivons ceux du nord. . j| s

Peu de tems après s’être séparés de ceux du midi,forent défaits par les Chinois, dans une bataille doi 1!l .à la montagne de Kin-vi, proche l’Irstich, l’an 9b yJ. C. Alors plusieurs hordes des Huns du nord ferirent du corps de la nation : quelques-unes se j°’£^;

, rent avec les Sien-pi , 8c se confondirent avec c'bj,plusieurs autres se dispersèrent dans la Tartarie , jqsonnèrent de petits états. Le corps de la nation P a , \ ; r s,côté de l’occident, s’établit dans le pays des Basch , ^qui est creusé par le Volga , 8c auquel on a dofl sle j eSnom de grande Hongrie. De-là ils s’étendoient vet* -pays plus méridionaux, dans les plaines du Kap tc l l%jusqu a la ville de Kaschgar. Ces peuples étant 3rr n vpar les Perses du côté du midi , 8c du sud-ouest > £ a5 -vòient de libre que l’occident 8c le nord de la ttietpienne : ils passerent dans le Yen-tqai ou IaSarma^ c estique, en chassèrent les Alains, Sc Rétablirent 7 pdes*plaines qui sont entre le Volga 8c les Palus ^°p a la*8c détendirent jusqu’au Derbend. Ils traverseront l eSvers l’an 376, soumirent d’abord les Alipsurse 0 ? L, e s,Alcidzuriens, les Itamares, les Tuncasses, lesles Ostrogoths, épouvantèrent les'Visigoths, qm P rl gS del’empereur Valens de les laisser passer fur les terr , í , r e Il£;

l’empire, ce qu’il leur accorda. Les Huns s’emP a ^- re iitdu pays que les "Wisigoths abandonnoient, S ^\ 0 ut cSfur le bord du Danube, 8c se trouvèrent maîtres sis

qui est depuis ce fleuve jusqu’au détroit de D er , eS flo-ue tarderent pas à faire des courses fur les terres ^ e n'mains. La passion de ces peuples pour le P'J] 3 ^ e ’ quigageoit à prendre la défense de tous les rebe ® t a I»leur demandoient contre l’empereur. Us accourpremiere sollicitation , 8c ne s’en retournoien