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rend lans fracas & fans tumulte. La plupart des affaires,sur tout celles qui sont de moindre importance , fe termi-nent dans le village.; chacun plaide fa cause , & les prin-cipaux font l’office de juge. On n’appelle gueres de leurssentences , principalement si ces juges font , comme ilarrive presque toujours , des premiers de la caste. Quandon a recours au gouverneur, pour l’ordinaire il met lesdeux parties à l’amende ; il fait le moyen de les trouvercoupables toutes deux.
Le Sedans de f état est communément affez paisible.Les gouverneurs levçntde rems en tems des soldats , fé-lonies besoins où ils fe trouvent. Le roi envoyé quelque-fois des corps d’armée dans les provinces ; mais ce n’estguères que pour soumettre quelque seigneur rebelle, quirefuse de payer le tribut, ou pour châtier ceux qui font•des injustices trop criantes. Pourvu que le coupable ait del’arg^nt & qu il veuille bien en venir à une compositionbonnets , on lui fait bon quartier ; du reste à lui permisde se dédommager par de nouvelles vexations dont ilaccable le pauvre peuple* Ces seigneurs dont je parle,font comme de petits souverains, qui commandent ab-solument sur leurs terres ; ils font héréditaires, au lieuque les gouverneurs Sc les intendans se révoquent 8c serestituent au gré du prince. Tel gouverneur n’est pas qua-tre jours en place , & dans ce peu de tems il ne laiffe pasde s’enrichir, s’il ?st habile. On met souvent ces gouver-neurs à la question pour leur faire rendre gorge , aprèsquoi, quelques vexations qu’ils ayent commises , on nelaiffe pas de les rétablir dans leurs charges.
On n’est pas fort sévére par rapport à l’exercice de lajustice criminelle. J’ai dit plus haut qu’on étoic coupablequand on etoit riche ; je puis dire pareillement, fans tom-ber dans aucune contradiction, que , dès qu’on est riche,on est innocent.
La levée des deniers publics est la fonction des in-tendans. Comme la taille est réelle , ils estiment le champ& le taxent comme il leur plaît. Ils trouvent tant desortes d’expédiens pour chicaner le laboureur, que quel-quefois il ne retire aucun fruit de toutes ses peines; &■que la récolte fur laquelle il fondoit ses espérances , passetoutes en des mains étrangères. Outre la taille & plusieursautres droits qu’on leve fur le peuple, il y a quantité depéages, & cette sorte d’impôt s’exige avec beaucoup derigueur.
Pour ce qui est des femmes elles sont moins les compa-gnes que les esclaves de leurs maris. Le style ordinaire estque le mari tutoyé fa femme » & que la femme ne parlejamais à son mari, ni de son mari, que dans les termes lesplus respectueux. Elle n’est jamais admise à sa table : ellele sert, comme si elle étoit son esclave, & ses enfans,comme si elle étoit leur servante. De là il arrive que lesenfans s’accoutumenr peu-à peu à la regarder comme telle,à la traiter avec mépris Sc. quelquefois à la fraper. D’ail-leurs la belle mere est une rude maîtresse ; elle se déchargetoujours fur fa bru de tout le travail domestique. Cepen-dant les femmes ne laissent pas de réduire assez souventleurs maris, en s’enfuyant de la maison & se retirant chezleurs païens, qui prennent leur parti. La femme ne re-tourne point à la maison, que le mari lui-meme ou sespaïens ne viennent la chercher. Lorsqu’elie s'est rendue àleurs prières , on donne un festin au mari ; on le récon-cilie avec fa femme, & elle le fuit dans fa maison.
Les femmes s’occupent dans le domestique à aller cher-cher de l’eau , à ramasser du bois , à piler le riz , à fairela cuisiné , à tenir la maison & la cour propres, à faire del’huile & autre chose de cette nature. L’huile sc fait dufruit d’un arbrisseau nommé par quelques - uns de nosarborisles Palma ChrìJh. On fait cuire ce fruit légère-ment , on f expose deux ou trois jours au soleil ; on lepile jusqu’à le réduire en pâte, on délaye ensuite cettepâte dans l’eau , en versant deux mesures d’eau fur deuxmesures du fruit qu’on a pilé , & on fait bien bouillir letout. Quand l’huile surnage , on la tim avec une cuiller ,ou par inclination. On lave ensuite le sédiment dans l’eau,A l’on en tire encore un peu d’huile.
La maniéré dont on pile le riz a quelque chose de sin-gulier. Le riz naît revêtu d’une peau rude & dure, commecelle de forge. Dans cet état il fe nomme Nellnn ; on lefait cuire légèrement dans l’eau ; on le fait sécher au so-leil ; 011 le pile à plusieurs reprises ; Sc quand on l’a pilé
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pour la première.sois, il fe dégage de fa grosse peau. Laseconde fois qu’on le pile , il qulue la pellicule rouge quiest au dessous, & fort plus ou moins blanc, scion l’espécede nellon ; car il y ena de plus de trente fortes. Quand ilest ainsi pilé, il s’appelle Arisi. Deux litions de bon nel-lon rendent un litron â’Arifi.li ne sort pas farineux & con-caíié , comme notre riz d’Europe ; mais il est beau & en-tier. Au relie le riz des Indes n’a pas la propriété de gon-fler comme celui d’Europe. Les Indiens le loubaiteroientfort. 11s font étonnés lorsqu’on leur raconte le peu de rizqui suffit en Europe pour remplir une marmite.
Le tems que les femmes ont de reste après le travail duménage , elles l’employent à filer : & c’est-là leur occupa-tion ordinaire. Elles ne fonr aucun travail à l’aiguille. II ya de certaines castes où il n’est pas permis aux femmes defiler, d’autres où elles né s’occupent qu’à faire des pa-niers 8c des nattes, 8c celles-ci ne peuvent pas même pi-ler le ilz. Dans d’autres elles ne peuvent pas aller quérirde l’eau ; c’elt la fonction d une esclave ou bien des maris.En général le bel mage 11 e permet pas aux femmes Rap-prendre à lire & a écrire ; on laisse ce soin aux esclavesdes pagodes , ahn q u'elles puissent chanter les louangesdu démon Sc les cantiques impurs dont scs temples re-tentissent.
Dansle Maduré l’eau est la boisson ordinaire ; ce n’estpas qu’on n’y fasse des liqueurs qui enyvrenr : mais il n’y aque les personnes de la lie du peuple qui en usent : leshonnêtes gens en ont horreur. La principale de ces li-queurs est celle qui découle des branches de palmier. Onfait aussi avec une certaine écotce & de la cassonade depalmier une eau-de-vie qui prend feu comme celle d’Eu-rope. Le vin dont les missionnaires sc servent pour la messe,vient d’Europe. Ils le cachent avec ssioin de crainte qu’onne le leur enleve. Le riz est la nourriture la plus commu-ne. Ceux qui sont á leur aise lui font un court-bouillon,ou bien une sauce de viande , de poisson, ou de légumes.Quelquefois ils le mangent avec des herbes cuites, oubien avec une espèce de petites fèves ; mais tout cela s’ap-prête à l’indicnne , c’elt â dire fort mal. On le mange en-core aveC du lait ; quelquefois on lé contente d’y jetter unpeu de beurre fondu. Comme tout le monde n’a pas duriz , 011 y supplée par le millet dont on a cinq ou six sor-tes, toutes inconnues en Europe. II vient d’assez beau fro-ment fur certaines montagnes ; mais il n’y a guères que lesTurcs & les Européens qui en usent. Les Turcs en fontune galette en forme de gaufre. Les Européens quifont fur la côte enffbnt du pain ou du biscuit „ commedu biscuit de mer.
Ce royaume n’est pas autrement garni d’arbres fruitiers:on n’y voit presque aucuns de ceux que l’dh a en Europe.La banane & la figue d’Inde y sont communes ; mais cesdernieres différent beaucoup de nos figues par la figure 8cle goût. 11 y a des mangles du côté des montagnes, des ares& des goyaves dans les jardins# On voit des treilles quisc chargent assez de raisins ; mais les oiseaux & lesécureuils ne les laissent guères,venir à maturité. Quant aux■ légumes, la terre y porte des citrouilles, des concom-bres , &c. On n’y connoît point l’oscille ; elle est rem-placée par le tamarin. Il*y a des ciboules, des choux , desraves & des laitues. On ne voit ni chênes, ni ormes, nipins , ni noyers. 11 y a autant & plus de différence entre lesarbres de ce royaume Sc ceux de 1 Europe, qu’il y en aentre les habitans des deux pays. On peut dire à peu prèsla même chose des fleurs, à la réserve des tubéreuses, destournesols, des jasmins Sc des lauriers-roscs.
On trouve dans les montagnes des éléphans, des tigres,des loups, des singes, des cerfs, des sangliers, Sc c. maison laisse le gibier assez en repos, quoique la chasse soitpermise à tour le monde. Les seigneurs chassent néan-moins de tems en tems par divertissement. Ils ont aussi lachasse à l’oiscau, mais rarement. Quelques princes ontdes éléphans privés 8c des chevaux. Les chevaux qui nais-sent dans le pays sont petits & foibles ; on les a à bonmarché. On fait venir des pays étrangers, ceux qui ser-veur dans les armées, & il s coûtent cher. II y a apparen-ce que ce climat n’est pas favorable à ces sortes d’ani-maux. II faut des soins infinis pour les conserver. Commeil n’y a point de prairies dans ce royaume, Sc qu’on n’yrecueille ni foin, ni avoine, on ne donne aux chevaux quede l’herbe verte, qui même est quelquefois difficile à
trouver.