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reconnoilîcnt cette terre pour y prendre les rafraîchisterriens, il est souvent arrivé que des familles entiers!qui étoient sorties de France en intention de passer end’autres isles, se sont arrêtées en celle ci pour ne point«'exposer de nouveau aux dangers qui accompagnentces longs & pénibles voyages.
Le séjour de la Martinique seroit encore plus agréa-ble , si l'on n'y étoit pas sujet à une fâcheuse maladie,qui emporte bien du monde. On la nomme le mal deSiam, parce qu’il a été apporté à la Martinique par levaisseau du roi l’Oriflammc , qui revenant de Siamavec les débris des établissemens que l’on avoir faitsà Mergui & à Bancok, avoir touché au Brésil où ilavoir gagné cette maladie, qui y faisoit de grands ra-vages depuis sept ou huit ans. Les symptômes de cettemaladie font autant différois, que le font les tempéra-mens de ceux qu elle attaque, ou les causés qui la peu-vent produire. Ordinairement elle commence par ungrand mal de tête & de reins ; & ce mal est suivi quel-quefois d une grosse fièvre, & quelquefois d une fièvreinterne, qui ne se manifeste point au-dehors. Souventil survient un débordement de sang par tous les conduitsdu corps, même par les pores. Quelques-uns ont ren-du par haut & par bas des paquets de vers de différen-tes grandeurs & couleurs : à quelques uns il a paru desbubons fous les aisselles Sc aux aines ; les uns pleins desang caillé noir, & les autres pleins de vers. Elle em-porte les gens en fort peu de rems : six ou sept jourstout au plus, terminent l'affaire de façon ou d’autre. IIest arrivé à quelques personnes, qui ne se sentoientqu’un peu de mal de tête de tomber mortes dans lesrues, & presque toutes avoient un quart d’heure après,la chair aussi noire & aussi pourrie que si elles eussentetc mortes depuis quatre ou cinq jours. Les Angloisque les Flibustiers de la Martinique prenoient de temsen tems, ont porté cette maladie dans leurs colonies :elle s’est communiquée de la même façon chez lesEspagnols & chez les Hollandois.
On peut aussi compter au nombre des incommoditésdu pays, les bêtes rouges Sc les chiques. Les bêtes rouges font des petits animaux qu’on trouve ordinaire-ment dans les savanes qui font un peu sèches : ils neíonr guère plus gros que la pointe d’unc épingle ; ilssont tous rouges, & on peut dire tous de feu ; puisquedès qu’ils font passés au travers du bas , Sç qu ils se fontattachés à la peau. ils y causent une dérfiangeáisonépouvantable. On se délivre de cette importunité en selavant les jambes & les pieds avec 6c l’eau où l’on faitbouillir certaines herbes» La chique, que les Espagnolsappellent Nigas, est un petit animal noir, qui passe ai-sément au travers des bas, & se loge ordinairementsous les oncles des pieds, dans les jointures ou dansles endroits de la peau qui font un peu élevés. La dou-leur qu’il fait en perçant la peau , ou plûtot l’épidcrme,est comme une médiofcre piquurc de puce. Après qu’iís’est logé, il ronge doucement la chair autour de lui,où U n’excite qu’une légete démangeaison , semblable àun léger chatouillement, il grossit peu à peu , s’ctend& devient enfin comme un gros pois. En cet état il faitdes œufs qui s’éclosent, Sc font autant de petites chi-ques , qui se nichent autour de leur mere, s’y nour-rissent comme elle, Sc s'augmentent de telle tnaniere ,que si on n’a pas soin de les tirer i elles pourrissenttoute la chair aux environs, y causent des ulcères ócquelquefois la cangténc ; mais quand on les sent entrer,ou qu’on s’en ápperçoit dans la fuite, il n’est rifen défifecile que d’y apporter le réméde. Là noirceur de làchique la fait aisément remarquer entre lâ chair & lâpeau : on prend une épingle ou un couteau bien pointu& on déchausse tout doucement aux environs du trouqu’elle a fait èn entrant : on tire ainsi la peau tout au-tour de la chique, Sc quand èlle paroît à découvert &toute errtiere , on la tire dehors. On remplit ensuite 1etrou avec du suif, ou bien avec de la cendre de tabac.Mais qUahd on néglige les chiques, ou que les tirantmal, on en laisse unfe partie entre cuir & chair , on semet au házàfd d’avoir dés ulcères & de rester long-rertìs entre lés mains des chirurgiens.
La Martinique est fertile en manioc, tabac, sucre,indigo i toucan , casse, olive dc, séné ,» en abricots de
S, Dom'ngue, &c. L’on y cultive des vignei , tjuél’on a apportées directement de France , & qui onccu bien de la peine à sc naturaliser au pays , parce quele climat sc trouvant chaud & humide , les grainsmurisscient trop tôt & les uns avant les autres ; desortcque dans une même grappe on trouvoit des grainsmurs , d’autres en verjus Sc d’autres presque encoreen fleur. Le muscat, qui étoit venu de Madere Sc desCanaries , murissoit parfaitement. On a remarqué de-puis qu’à mesure que les seps des vignes venues deFrance vieillissoient » leur défaut sc corrigeoit. La vigneporte du fruit deux fois , même trois en quatorze mois»selon la saison sèche ou pluvieuse , où elle est cou-pée & 1 c sep taillé. * Labat , voyage aux isles de l’A-mérique , t. i. pag. 117 . & suiv.
On a semé du froment qui étoit venu de France;il est venu très bien en herbe, mais la plûpârt des épisse trouvèrent vuides, & les autres avoient très-peu degrains. Ces grains nés dans le pays ayant été semés,poussèrent à merveilles & produisirent les plus beauxépis & les mieux fournis qu’on puisse s’imaginer. LesNègres, les engagés, les domestiques, les ouvriers nemangent que de la farine de manioc ou de la cassave rpresque tous les Créoles, ceux même qui sont riches 3Squi font servir du pain sur leurs tables, par grandeur oupour les étrangers, mangent plus volontiers de la cassavé& la préfèrent au pain.
. Ç’a été mal à propos qu’on a débité, pendant quelquetems , qu’il étoit défendu de semer du bled, ic de culti-ver la vigne à la Martinique, parce que cela seroit préju-diciable au commerce. La seule chose qui empêche d’ysemer du bled, est son inutilité. Très-peu de gens ymangent du pain de froment. Pour le vin il n’en estpas de même : tout le monde en boit : mais il est impos-sible qu’on paisse, à la Martinique, Rappliquer à la cul-ture de la vigne , par rapport au peu d’étendue du ter-rein que possede chaque habitant. On l’emploie bienplus utilement en cannes, en cacao, cn coton, en rou-cou Sc en autres marchandises. Ï1 est constant que le mê-me terrein qu’on seroit obligé d’employer en bled & envignes pour fournir lé nécessaire de ces deux choses àdix personnes, 1 e fournira pour cinquante & même plussi on l’emploie cn marchandises du pays. D’aillcurs ,qu’iroient faire les vaisseaux d'Etirope à la Martinique ,si les habitans cmployoient leurs terres en bled & envignes ? De quoi fe chargeroient-ils en Europe ; Sc quepourroient-ils espérer des ifles ?
L’ouycou est la boisson la pliis ordinaire dont usentceux qui n’onr point de vin. Les Européens ont ap-pris des Sauvages à la faire. On remplit d’eau, jusqu'àcinq ou six pouces du bord, un grand vase de terregrise que l’on fait dans le pays , & qui contient quel-quefois jusqu’à quatre-vingt pots : on y jette deux gros.ses cassaves rompues, avec ijne douzaine de certainespommes de terre, appellécs patates, coupées par quar-tiers; on y joint trois ou quatre pots de íyrop de can-nes, & une douzaine de bananes bien mures & bienctrâsées. Tout ce mélange étant fait, on bouche bienl’ouverturc du canaris, & on le laisse fermenter du-rant deux ou trois jours : au bout de ce tems on levé•le marc, qUi est venu au-dessus Sc qui a formé Unecroûte. La liqueur qui est dans le vase rdïèmble poutlors à de la bière : elle est rougeâtre , forte , nourris-sante , rafraîchissante, & elle enyvre aisément. Les Fran-çois s’y accoutument facilement.
Le maby est unfe autre boisson qui n’est guère moinscn usage que l’ouycou. On met dans un vase de terrevingt ou trente pots d’eau, avec deux pots de syropclarifié, une douzaine de parâtes rouges, & autant d’O-ranges aigres coupées par quartiers. Cette liquetír sc fer-mente cn moins de trente heures, & fait un Vin cîai-vet, aussi agréable que le meilleiir poiré que l’on boiveen Normandie. 11 rafraîchit extrêmement, du moinseh apparence : il est bien plus agréable pour lâ couleur& pour le goût que l’ouycou, mais il est plus mal-faisant , & il enyvre davantage:il est venteux,& don-ne la colique pour peu qu’orí en fesse d’excès.
Voilà les boissons dont la plus grande partie déshabitans sc fervent dans letirs repas. Il y en a d’autresqui ne sont Hue pèwr le plaisir +£c dont l’on «se plu*