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dans les montagnes que dans les plaines & le long desrivières. On en voie en plusieurs endroits des ruinesassez entieres. Ces lieux étoient toujours remplis devivres & d’armes , pour vingt ou trente mille hom-mes 3 & il y en avoit de dix en dix lieues, ou tout au plusEs n croient qu’à une journée de distance l’un de l’au-ll 'e. Au lieu de couronne & de sceptre, les Yncas por-to ienc pour ornement autour de leur tête des houpesde laine rouge. Ces houpes leur couvroient presque lesyeux , 8c ils y atrachoient un cordeau , quand ils a voientà commander quelque chose. Lorsque L Ynca avoit don-né ce cordeau à quelque seigneur de sa cour, le peu-ple étoit obligé de respecter ce signe d’autorité, 8c d’o-béir à tout ce que le seigneur lui commandoit, quel-que extraordinaire que pût ctre le commandement.
Les Yncas étoient portés dans une voiture fort sem-blable à la litiere, ouverte par les côtés, & couver-Verte de plaques d’or. Une centaine de seigneurs &de gentilshommes distingués la portoient fur leurs épau-les ou la luivoient ; mais souvent l’Ynca étoit portéPur un brancard. II falloir bien prendre garde de nepas heurter ni la litiere, ni l’Ynca; car il y alloitdela vie. II n’étoit pas non plus permis d’approcher de fapersonne , ou de lui parler, sans avoir les mains gar-nies de préscns. II falloir lui en faire toutes les foisqu’on vouloir avoir audience; & quand on l’auroitdemandé dix fois en un jour, dix fois il auroit falluse mettre en état de taire des préscns à l’Ynca. II étoit«Ussi défendu de le regarder en face.
Quand l’Ynca avoit fait la conquête de quelqueprovince, il y faifoit de nouvelles colonies, & trans-portoit les anciens habitans en des provinces plus éloi-gnées ; observant pourtant de faire ces transmigrationsen des climats qui se ressemblassent. Les impôts se pré-levoient avec équité : personne ne payoit au-dela deses moyens.
L’Ynca Guainacapac, ayant conquis la province deQuito, y établit son séjour pendant quelque rems.C’est en cette ville que naquit Atabaliba ou Atahua-lipa, sils de Guainacapac, qui lui donna la souverai-neté de Quito; mais Guascar, autre fils de Guaina-capac , ne voulut pas consentir à certe donation, 8cfit la guerre à son fiere, ce qui causa dans la fuite laperte de la monarchie' des Yncas. Le m or de Guascarsignifie corde ou cable , & l’Ynca Guascar fut ainsiNommé , parce que quand il naquit, son pere fit faireUn cable d’or si gros 8c si grand , qu’à peine deux censhommes le pou voient porter. Ce même Ynca avoit uneplaque d’or, de la valeur de vingt-cinq mille ducats.Elle échut en partage à François Pizarre, premier vi-ceroi du Pérou. Toute fa vaisselle 8c ses vases étoientd’or. Les Yncas avoient établi à Cusco quantité de bou-tiques d’orfévrerie, pour y fabriquer toutes sortes deVaisseaux d’or & d’argent. de joyaux, de statues d’hom-rnes, de bêtes, d’oiseaux & autres figures ; & quoiqueles orfèvres du Perou n’euffent pas l’usage des instru-siiens de fer comme nous, ils ne laissoient pas defaire ces ouvrages & de les finir avec beaucoup d’in-fiustrie.
‘ Guascar désir Atahualipa , le prit & le fit enfermer:haais celui-ci s’échapa, recommença la guerre, vainquit àson tour Guascar 8c le fit enfermer.
Ce fur dans ces circonstances, que François Pizar-re entra dans le Perou. 11 profita de la dissension quiétoit entre les deux frétés , & conquit ce royaume. Onassure que l’Ynca Atahualipa offrit pour fa rançon au-tant d’or qu’il en pouvoir entrer dans une chambre dea r. pieds de long & de 17 de large, &si haute, qu’àpeine un homme de bout pouvoit atteindre du bout desdoigts à la hauteur du monceau d’or. 11 offrit le dou-ble en argent : le conquérant prit l’or. Chaque ca-valier eut pour fa part douze mille Castillans en or,fans compter Pargent : chaque Fantassin eut quatorzeCc ns cinquante Castillans, lans compter l’argent. Lasomme qu’offroit Atahualipa pour fa rançon n’appro-c hoit pas de ce que son frété Guascar lui promettoic*}e payer. s’il eût eu la vie fauve ; car ce Guascar pos-f“doit tons les trésors de son pere & de ses ancêtres;filais Atahualipa, dans le tems qu’il traitoit de fa ran-çon avec les Espagnols, le fit tirer des prisons de Cus-
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co, & le fit mourir, de crainte que s’il tomboit en-tre les mains des Espagnols, il ne fût cause qu’ils de-mandassent^ une plus force rançon. Mais toutes ces pré-cautions d Atahualipa ne le sauvèrent pas lui-même.Dom Diegue dAlmagro le fit mourir fous quelqueprétexte assez leger. Ces deux frères étant morts, lacouronne fut donnée à Manco Ynca , autre fils de Guai-nacapac. Ce prince, qui n avoir p] us que p OIh bre dela royauté, se fit appeller Manco Capac Puchuti-Yu-pan , & se reconnut vassal du roi d’Espagne, le 6Janvier 1557. Dans la fuite ceux qui restoient’de lafamille royale des Yncas, ne pouvant plus vivre fous laservitude, s’allerent, dit-on , établir dans l’intérienr deL Amérique méridionale; ils s’y emparèrent dun pays,où l’on assure qu’ils regnerenc encore avec beaucoupde magnificence , & qu’iís y conservèrent les loix 8c lareligion de leurs ancêtres. Telle fur la fin de l’Empi-re des Yncas.
Le Perou est à présent peuplé d’Espagnols créoles,& d’Indiens naturels du pays dont une partie a em-brassé la religion chrétienne, & reconnoît la domina-tion espagnole, 8c sature demeure dans l’aveuglement& se maintient dans l’indépendance.
Il y a beaucoup d’aucres choses à remarquer danscette partie du nouveau Monde. Oïl a observé que láterre y produit sans pluie > & qu’il ne pleut jamais lelong de la côte , quoiqu’il pleuve à quinze 8c vingtlieues de la mer au-dedans des terres. A la vérité oiipeut dire que cette disette de pluie rend effectivementpresque tout le pays inculte dans les hauteurs. 11 n’ya que les feules vallées où coulent quelques ruisseauxvenant des montagnes, où il pleut & neige, d’où l’oiipuisse retirer quelque récolte, & par conséquent quipuissent être habitées ; mais dans ces endroits la terreest si fertile, 8c le pays d’ailleurs est si peu peuplé,que ces vallées suffisent 8c même fournissent abondam-ment à la nourriture des habitans. Les anciens Indiensétoient extrêmement industrieux à conduire les eaux desrivières à leurs habitations. O11 volt encore en plusieursendroits des aqueducs de terre & de pierrte scche, me-nés & détournés fort ingénieusement le long des co-teaux par une infinité de replis : ce qui fait voir quecespeuples, tout grossiers qu’ils étoient, entendoieiu tres-bien Fart de niveler. Pour ce qui est des montagnes dela côte, on y trouve de l’herbe én quelques endroitspeu exposés à l'ardeur du soleil, parce que les nua-ges s’abbaissent en hyver à leur sommer, 8c l’humcctcntassez pour fournir le su'c nécessaire aux plantes. Plu-sieurs ont voulu trouver la cause du manque de pluieau Perou : mais leurs efforts ont été inutiles & ce se-roit fatiguer le lecteur inutilement que de les rappor-ter. Ne pourroir-on point attribuer cette cause à ladifférence des degrés de chaleur de la côte & de l’in-térieur des terres. Nous savons par expérience que lachaleur , que le soleil communique à la terre, résouten pluie 8c attire d’autanr plus les nuages qu’cl'e estplus vivement échauffée : or on fait que la partie in-térieure du Perou , qui est presque toute dans la Zo-ne torride, est rrcs échauffée dans les vallées, qui re-çoivent pendant tout le jour clcs rayons presque per-pendiculaires , dont Faction est enccre augmentée parla grande quantité des rochers arides dont elles fontenvironnées, qui font réfléchir ces rayons de tous cô-tés, 8c qu’enfin cette chaleur n’est point tempérée patles vents. On fait encore que les hautes montagnes dela Cordclicre & des Andes, presque toujours couver-tes de neige, rendtent le pays extrêmement froid encertains endroits; de forte qu’à tres-peu de distance ontrouve les deux extrémités contraires. Le soleil par saprésence cause dcnc une violente dilatation 8c une cha-leur ardente dans les vallées pendant le jour, cesl-à-dire la moirié du tems; & pendant la nuit ou 1 autremoitié , les neiges circonvoisines refroidissent subitementL ai r qui se condense de nouveau. C est a cette vicis-situde de condensation 8c de raréfaction qu on doitsans doute attribuer , comme au piemiei principe, 1 in-égalité du tems qu’on remarque a Cusco , a 1 uno , a la
Paz & ailleurs. Ï1 n’cn est pas de me me u la cote du Pe- ,rou, où soufflent régulièrement les vents de sud-ouest& de sud-sud ouest, qui venant des climats froids da