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Tome quatrième. M - P.
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des côtés, qui. aussi bien-quel’églisc , sont incrustés demarbre , quoique Jes gens du pays, par une vanitémal entendue, disent que les murailles font emierernentde marbre. On dit que les chanoines de cette égliseétoient vêtus autrefois de rouge comme les cardinaux,mais aujourd’hui ils ont seulement le camail violet.

C’est au côté droit du chœur de cette cathédrale ,Sc en dehors, qu’esl ce fameux clocher , ou cette tourronde penchante si célèbre dans. les relations de tousles voyageurs. Elle est de marbre , avec une rempespirale, pratiquée dans lepaisseur du mur , & par la-quelle on monte fur la plate-forme. Bien des gens s’i-maginent que le hazard, ou la négligence d’avoir bienaffermi les fondemens de cet édifice, font cause qu’ilpenche considérablement d’un côté. Si cela étoit, tout l’é-difice pencheroit, & cependant il n’y a que le côté quiregarde la ville qui ait ce défaut. Celui qui regardel’église est bien à plomb : le vuide qui est au milieu, &qui ressemble à un puits est à plomb de tous cotés ; de fortequ’on ne doit taxer l’architecte qui l’a bâti ni de négligen-ce ni dignorance ; mais convenir qu’il à voulu donner par-la une preuve de son habileté, & faire voir qu’il pouvoitfaire un édifice hors de ion à plomb, fans l’exposcrà tomber. Un moderne a prétendu que c’est fa figureronde qui l’erapêche de tomber, mais ce sentiment esttidicule 3c contraire à l’expérience. La hauteur decette tour est de cent quatre-vingt-huit pieds : J’esca-lier en a cent quatre-vingt-treize. La plate-forme, outerrasse du haut est environnée d’une balustrade, dubord de laquelle ayant jette un plomb à i’endroit quipenche le plus, il s’est trouvé que le plomb tomboità quinze pieds justes du fondement.

Le cimetiere de toute la ville est au bout del’é'glife. On l’appelle le Qimpo Santa , comme dans toutJe reste de l’Italie. C’est un grand ferrcin carré, envi-ronné de portiques, comme un cloître,soutenu de co-lonnes de marbre, couvert de plomb , 3c dont les mursson peints à fresque par d’habiles maîtres. On pré-tend que cinquante galères de Pise, qui étoient alléesau secours de l’empereur Frédéric Barderousse, à laTerre-Sainte en 1228 , fe lestèrent Sc se chargèrentde la terre de Jérusalem à leur retour , & que cette ter-re fut mise dans le Préau de Campo-Santo. On voiedans ce lieu quantité de tombeaux 3c d’infcriptions.On y cn remarque une entre autres, que l’on a en-châssée dans la muraille fous un des portiques, & quiest un décret de la ville de Pise. II est ordonné parce décret, que , mtnciuta morte Cafariy, on en por-tera le deuil pendant une année entiere , ôc qu’on s’ab-stiendra de tous divertissemens publics.

Le baptistère, qui a cent quatre-vingt pas de tour,fe voit à trente ou quarante pas de l’église cathédra-le, ae 1 autre côté de la tour penchante sur une mêmeligne. C’est encore un édifice considérable. II est rond ,de beau marbre, Sc voûté en coupe, comme le dô-me de Saint Pierre de Rome. II s’y fait un écho quiaugmente de beaucoup le bruit ; & si l’on frape uncoup, ou que 1 on fasse un cri, le retentissement en dureaussi long-tems que le tintement d’une cloche. On agravé fur une des colonnes de ce baptistère que l’égli-se fut achevée en 115 ?-

L’Arno , qui est une rivière considérable, passe dansle milieu de la ville , & la partage en deux partiespresque égales , qui sont jointes par trois ponts ,dont le plus grand est de marbre blanc. C’est sor cepont que se donne tous les ans le combat de mas-sue , entre le peuple dedeça, & celui de-delà la ri-vière. C’est une coutume très-ancienne dans cette ville,& dont il n’est pas aisé de démeler la véritable ori-gine , parce qu’on la rapporte de trop de façons dif-férentes. Ce combat a souvent des fuites fâcheusesque les grands ducs, & même la république, n’ont pu ,ou n’ont pas jugé à propos d’empêcher pour des raisonsdans lesquelles il n’est pas permis d’entrer. Les com-battans font armés de bonnes cuirasses, avec les bras-sarts & les cuissarts, le casque en tête 3c la visiere baissée.Us ont pour armes de grosses massues de bois très-dur,& garnies de fer. Ils les tiennent entre leurs bras,ôc sous des peines grièves il n’esl pas permis de lesprendre entre les m a insisté n cet état ils Rapprochent

les uns des autres au son des trompettes, & des tam-bours , se poussent rudement, & se frapent la têteavec leurs massues, 3c tâchent de faire reculer le par-ti contraire, & de fe rendre maîtres du ponr. Le par-ti le plus fossile est obligé de céder : les vainqueursmettent des gardes au pont , 6c les vaincus achetentle droit d’y passer. Ce combat pourroit être un restede ceux que les citoyens de Life fe livroient les unsaux autres, lorsqu’ils étoient divisés en plusieurs fa-ctions , & sor-tout quand une partie eut pris le parti dupape, Sc l’autre celui de l’empereur, sous le nom deGuel-phes & de Gibelins. On prétend que l’architecte si iua bâti leur tour penchante Lavoir faite à dessein deleur faire connoître que leur république étoit aussiprête à tomber, à cause de ses divisions, qu’unemaison qui penche est prête à se renverser ôc à écra-ser ceux qui s’y trouvent, ou qui en sont proche.

Le mauvais air dont on fe plaint à présent à Pise,ôc qu’on regarde comme la cause principale de ce quelleest si dépeuplée , n’est qu’une suite de ce manque d’ha-bitans ; car quoiqu’elle soit dans un pays assez plat& uni, il n’est pourtant pas marécageux. Les maraisde Livorne en sont bien éloignés ; mais l’air se cor-rompt à Pise, parce qu’il est trop en repos, qu’il ya peu de feu, & peu de mouvement dans la ville. L’é-poque de la dépopulation de Pise est la conquête decette ville par les Florentins : les grands, 3c le peu-ple fe voyant privés de leur liberté, aimèrent mieuxabandonner leur patrie que de la voir dans la servi-tude : ils se retiretent dans les états voisins , mêmejusqu’en France & en Espagne. Les épitaphes du Cam-po-Santo en fournissent des preuves. On y voit les nomsde quantité de familles établies dans ce tems-là àPise, & que l’on trouve à présent à Rome , à Na-ples , à Genes, à Turin > à Marseille, où elles por-tent les mêmes armes que l’on voit sor les monumensdu Campo-Santo.

La plupart des maisons considérables de Pise ontdes tours. On remarque la même chose dans plu-sieurs autres villes bien moins considérables que Pise.Mission s’est trompé , quand il a dit que ces toursétoient des récompenses que les villes soonnoient àceux de leurs concitoyens qui s’éroient distinguéspar quelque service signalé qu'íls avdient rendu àleur patrie. Les villes ne faisoient poinr bârir cestours à leurs citoyens ; elles permettoient feulementà ceux qui avoienc exercé la magistrature d’en bâtirsor leur propre fonds, & à leurs dépens. C’éroit unemarque que le maître de la maison où il y avoir unetour , jouissent de la qualité de patrice > ou que sesancêtres en avoient joui, quil étoit du corps du sénat,3c qu’il avoir les privilèges ôc la noblesse attachéeà cette dignité. Ces tours à Pise éroient dans le remsdes divisions des citoyens comme autant de forteres-ses , où ils se retiroient quand leur parti neroit pasle plus fort. C’étoit du haut de ces tours qu'íls se bat-toient à coups de traits & de pierres. Elles fervent àprésent à prendre l’air Scie frais, Sc à jouir de lavue du paysage des environs , qui est charmant ôc biencultivé.

La ville de Pise a encore ses anciennes muraillesdéfendues par quantité de tours hautes & fortes avecun fossé. Les Florentins s’en étant rendus maîtres, dé-sarmèrent les habitans, prirent nombre d’ôtages, rui-nèrent une partie des murailles Sc bâtirent trois forte-resses. La plus considérable, qu’on peut regarder con 1 '

me une citadelle de conséquence , a été fortifiée P r f sque de nos jours à la moderne par Julien de p 1 ..Gai , excellent architcte & médiocre ingénieur-est près de la porte Saint Marc qui conduitrence. L’autre fort est près del’arscnal; & le rro ' ieme est sor le bord de la rivière. Ces deux derniers Ionpetits & ne valent pas grand’chofe.

Le grand duc a établi à Pise la maison chef d or re

des chevaliers de Saint Etienne , pape , dont 1 ^le grand maître. Ces chevaliers portent sor leurs a^bits une croix à huit pointes de satin r °o ge ’ s un

don couleur de feu , ôc une petite croix or tirpoitrine. Ils ne sonr pas obliges au ce i a > '™*vœu de pauvreté. 11s n’ont que le vœu d obéissance,