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Tome quatrième. M - P.
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n’avoient aucune politesse , & qui vivoíent sans loix& fans magistrats. * Flechier , Vie du card. Comtnen-don 5 /. ii.p. >69.

Us s’assemblerent un jour pour se régler cntr’eux ,ct pour y établir quelque forme de république ; & unde ces barbares, nommé Vidvut > qui n avoir pas l’es-prie si grossier que les autres , & qui par ses pira-teries avoir amassé quelques biens , leur tint ce lan-gage : Pourquoi nous contentons - nous de tirer desabeilles de quoi nourrir nos corps tous les jours ? (suene prenons-nous des inftruítions & des exemples dél-iés pour régler aussi notre vie ? Ne voyons-nous pasqu’elles ont un roi à qui elles obéijfcnt ? Elles Jont gou-vernées avec équité. Celles qui font oiseuses font for-cées de travailler ; celles qui Jont plus ménagères , plusindustrieuses & plus occupées , font dans les places lesplus honorables de leurs ruches.

Ce discours plut à rassemblée , & d'un commun con-sentement , ils élurent ce sage barbare pour leurbro-ter ; c'est ainsi qu’ils nomment en leur langue le roides abeilles, Cet homme eut un esprit & un cœur deroi. II régla les mariages & la différence des enfans,& il abolit cette confusion & ce mélange de bruta-lités passées. II donna quelques loix à ses sujets* Lapremiere chose qu’il sit fur de leur imprimer quelqueopinion & quelque crainte des dieux, & de leur faireune espece de religion ; ce qui retient les peuples dansleur devoir plus que toutes les loix ensemble. 11 leurapprit à adorer des serpens, qui font fort rares dansces régions froides , & leur donna l’exemple des Sa-mogites & des peuples de Lithuanie. Quelque temsaprès , afin qu’on 11e dépeuplât point les forêts debêtes , qu’on alloit chasser tous les jours, il leur per-suada que les bêtes étoient les divinités des bois &des forêts. Il consacra même quelques forêts, & par»ragea la campagne à ses sujets, les obligeant à la cul-tiver. Ces Barbares se rendirent d’aurant plus redou-tables à leurs voisins , que vivant fous un roi , ilsavoient ajouté à leur force & à leur valeur de Tor-dre & de la discipline. Ils ravagèrent la province desMazoviens, peuples de la Pologne ; ils défirent plu-sieurs fois leurs armées, & leur firent appréhenderleur entiere ruine : ce qui obligea Conrad , qui étoitleur roi , d aller à Rome pour obtenir du pape quel-ques secours , & pour le solliciter en son nom Se annom des Allemands & des Saxons > qui avoient ausside la peine à se défendre des irruptions fréquentes deces barbares.

Comme c’étoient des Chrétiens qui demandoientdu secours contre des infidèles, le pape envoya dans laPrusse les chevaliers Teutoniques, qui ayant été chas-sies de Syrie par les Sarazins, demandoient à fa saintetéune retraite & un asyle pour leur ordre. lis étoientau nombre de trente mille , tous Aile mans de nation,selon les régies de leur institut , qui n’admettoit au-cun étranger. Ils se rendirent dans la Prusse , se cam-pèrent au-delà de la Vistule , dans le territoire deCulm, & combattirent ces peuples , durant plusieursannées - fans aucun avantage. Enfin , ils les défitenten quelques batailles, en tuèrent une multitude pro-digieuse , & se rendirent maîtres de toute la Prusse.On obligea ceux qui resterent de ces infidèles à rece-voir la foi & la religion chrétienne. Le pape leurenvoya des personnes de grande piété & fort zéléespour les instruire ; mais ils eurent tant d’aversion pourleurs maîtres , qu’ils attaquèrent même TarchevêqueAndebert , que fa vie innocente & ses miracles ontrendu vénérable à toute réglisse , & lui coupèrent latête , comme il offroit à Dieu le saint sacrifice de lamesse. Ils ont souvent quitté la religion , qu’ils n’a-voient embrassée que par contrainte. Mais les papesayant divisé cette province en évêchés , ces hommescruels & grossiers se font enfin adoucis par les foins &par les instructions de leurs évêques , qui les ont ré-duits à abolir leurs forêts sacrées , à tuer leurs serpensleurs idoles , & à recevoir la foi.

La Prusië demeura donc fous la domination deschevaliers Teutoniques, & sous l’aurorité du saint sié-8 e - iusqu’à ces derniers siécles. Cet ordre étoitdevenu fi puissant - qu’on avoir vu un corps d’armée

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de soixante mille de ces chevaliers. Des princes dusang royal & des souverains . sc tenoient fort hono-rés de les commander , & croyoient avoir ajouté unegrande gloire ct un grand titre dans leurs familles ,lorsqu’ils avoient été élus chefs dune si vaillante &si nombreuse noblesse. Celui qui les gouvernoit s’ap-peiloit grand Maître. Il avoir une autorité souveraine,& on lui rendoit les mêmes honneurs que Ton rend auxrois. Tant qu’ils eurent à s’exercer contre les Prus-siens , ils observèrent leurs loix & leur discipline parune crainte raisonnable ct par une honnête émulation.Mais après qu’ils les eurent soumis, ils tomberent dansde grands déréglemens ct dans une licence extrême.Enflés de leur prospérité & de leurs victoires , ilsne sc con entèrent pas de la Prusse , ils portèrent plusloin leur vue , ct firent plusieurs efforts pour s’era-parer des terres des Samogites ct de la Lithuanie. Ilsfirent une très longue & cruelle guerre aux Polonois,qui leur avoient obtenu cette retraite , lorsqu’ils étoienterrans ; & durant plus de cinquante ans, ils dispu-tèrent ensemble la gloire de vaincre ct de comman-der. Enfin ils sc révoltèrent contre régisse, & per-dirent leur souveraineté en perdant ] a soi catholi-que.

La doctrine de Luther s’étant répandue dans touteles parties de T Allemagne , ces chevaliers , qui étoientdans la Prusse & dans la Livonie où ils avoient aussi,été envoyés pour s’opposcr à la fureur de quelquespeuples barbares, s’engagerent dans la nouvelle doc-trine , usurpèrent les commenderies qu’ils possédoient,& les rendirent héréditaires. Ils ne sc contentèrent pasde quitter routes les marques de leur profession , ilsdevinrent eux-mêmes ennemis de la religion qu’ilsétoient obligés de défendre.

Alors Albert, margrave de Brandebourg, qui étoicgrand-maître de Tordre , sous prétexte de finir les dif-férens qu’il avoir avec la Pologne , & de terminer uneguerre qu’il ne pouvoit plus soutenir , ayant détruittous les droits ct tous les privilèges de ía société ,qui Tavoit élevé à certe dignité par ses suffrages ,s’appropria toutes les richesses communes de Tordre ,& méprisant Tautorité du pape & celle de Tempereur,il partagea la Prusse avec les Polonois , ct sc mit sonsleur protection , à condition qu’il porteroit la qua-lité de duc de Prusse > & que ses héritiers Sc ses descen-dans succéderoient an duché. Pour lui , il renonça àTéglisc & à tous les vœux qu’il avoir faits : il em-brassa la doctrine de Luther , sc maria , & eut unenfant à lage de soixante & dix ans. La partie de laPrusse qui demeura aux Polonois , fur app ellée PrusseRoyale ,& celle que garda le margrave de Brandebourgfut nommée Prusse-Ducale.

L’empereur Léopold, voulant se faire un parti puis-sant en Europe ; pour faire casser le testament deCharles II , roi d’Espagne , /erra les yeux fur Frédé-ric III, électeur de Brandebourg , dont il connoissoicTambition , & érigea le duché de Prusse en royaumehéréditaire. Frédéric, en conséquence fut couronné le15 Janvier 1701 , & fut reconnu en cette qualitépar tous les alliés de Tempereur , Sc dans la fuitepar les puissances contractantes au traité d’Utrecht. De-puis ce tems on appelle Prusse Polonoisc celle quiétoic connue sous le nom de Prusse Royale. * Introduc-tion à lHistoire de l’Univers , t. 3. p. 231.

La Prusse est plus agréable que la Pologne. Lespeuples qui Thabitent sont presque tous venus d’Al-lemagne ; aussi y garde-t-on toutes les coutumes desAllemans. 11 n’y a que les bergers & les gens de lacampagne qui vivent d’unc façon particulière , Sc quin’entendent pas même la langue allemande. On ditque ce sont les restes des anciens peuples de la Prus-se , qui n’ont pas suivi comme les autres la doctrinede Luther. * Vie du Cardinal Commendon , 1 . 2.p. 168.

Les soins & la prudence du cardinal Hosius empê-chèrent que toute la province ne sc jettâr dans lesnouvelles sectes ; & quoique son diocèse fût de gran-de étendue , il n’y laissa point entrer l’hérésie qui s e-toit répandue dans tout le voisinage- H f°nda f Bruns-berg un collège , où il établit les peres Jésuites pour