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Tome quatrième. M - P.
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veiller sur son troupeau Sc pour le défendre contreles hérétiques. La sainteté Sc Je soin pastoral de cegrand prélat retinrent plusieurs personnes dans l’obéis-íance de l’église ; Sc il se trouve des familles consi-dérables parmi la noblesse qui font demeurées dans lafoi.

On voit dans la Prusse deux especes de bœufs sau-vages , que l’on appelle des ures & des bustes ; lenaturel en est presque le même ; mais l’espece enest diverse. La force , la vitesse, la férocité , la gran-deur sont presque semblables dans les uns Sc dans lesautres , & la forme a beaucoup de rapport avecnos bœufs ordinaires , si l'on n’en excepte que le poilen est un peu hérissé , plus noir , & que la masse enest plus grande. Jules César la met un peu au des-sous de celle des éléphans. * Vie du Card. Commen-don , t. r. p. 176.

On en trouve des troupes dans les forêts de Ma-zovie , & ce n’est qu’aux environs de Rava qu’onprend des ures. Les Polonais fe nourrissent de leurchair , & l’on en sert aux meilleures tables , après qu’onles a laissé mortifier quelque rems an froid. Le goûtcependant n’en différé guère de celui des bœufs ordi-naires. On rapporte que ces animaux sauvages s’ac-couplent quelquefois avec des vaches qui paissent àla campagne; maisoirre que les veaux qui en viennentne vivent pas , ceux qui fe sont ainsi mêlés à desbêtes étrangères, sont chasses de leurs troupeaux. Oncoupe leur cuir , Sc l’on en fait des ceintures , qu’ondit être d un grand secours pour les femmes qui sonten travail.

Les bustes ont plus de force , Sc leur figure est plusterrible. Ils ont la tête large & courbée , des corneslongues , plus grandes que celles des ures , tortuescomme celles des taureaux , dressées & prêtes à fra-per , aiguës & de couleur noire , sort polies Sc creu-ses au dedans , les oreilles petites , les yeux grands ,rouges & pleins de feu j le regard farouche Sc mena-çant. Lorsque cet anima! est irrité , il souffle dunemaniéré horrible. Une tousse de poil lui prend au men-ton en façon de barbe , un ciin noir òc heii.fc luicouvre le cou , les flancs & les jambes de devant ;son dos va en penchant depuis le cou jusqu’aux épau-les ; le derrière est fort menu , Sc d une peau fort sé-ché & fort rid'so ; fa queue est comme celle d’untaureau , il la dresse , il la secoue en courant, lors-qu’il est en colere. Les bustes font plus rares que lesures.

Ou assure que le buste est si fort , que d’un coupde corne il renverse le cheval Sc le cavalier, & qu’ilest si vîte , que lorsqu’il poursuit quelqu’un avec ar-deur , le cheval le plus léger ne sautoir le sauver.Ceux qui veulent les prendre en vie , les font tom-ber dans des creux qu’ils font exprès , Sc qu’ils cou-vrent adroitement ; mais on ne les pousse y pas commeon veut.

II y a deux maniérés de les attaquer , tout furieuxqu’ìls sont. On met en des endroits commodes deshommes à cheval fort adroits à tirer Tare , qui, fuyantà toute bride , savent tirer des flèches derrière eux àla maniéré des Scythes. On lâche des chiens qui re-lancent la bête ; elle trouve les chasseurs qui l'atten-denc ; le premier , sor qui elle s’élance , lui tire fafléché , & prend la fuite. Comme il le poursuit , unautre cavalier l’arrête , Sc lui tire son coup tout demenue : ce qui fait qu’elle abandonne le premier ,pour se jetter sur le dernier qui l’a blestée. Ainsi plu-sieurs viennent à la charge successivement , Sc la bê-te , attaquant toujours celui qui vient de la fraper,elle tombe enfin fatiguée Sc percée de coups.

II y a une autre adresse pour les attaquer & lesprendre. Les chasseurs choisissent des arbres qui nesoient pas d’une grosseur extraordinaire, mais propresà couvrir leurs corps contre la fureur de cet animalirrité. Ils se postent donc assez près les uns des au-tres. Le buste pressé des chiens , Sc animé par lesflèches qu’on lui tire , fe jette fur le premier qu’ilrencontre. Celui ci fe couvre de l’arbre , & tournantagilement , selon la nécessité , évite le coup & i’at-taque avec son épieu. La bête s’acharne contre l’a 17

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brë comme contre un ennemi , & dans l’excès defa rage , baissant les cornes , comme si elle vouloirarracher l’arbre par ses racines, elle devient damantplus furieuse , qu’elle est frapée plus rudement par lechasseur. L’on assure que dans cette chaleur du com-bat , ses cornes ne sont pas plus à craindre que fa langue *Sc que fa queue , qu’elle dresse Sc' qu’elle lance derems en rems, & qui est si rude , que si elle toucheThabit du chasseur , elle l’accroche & l’entraîne infail-liblement. Ceux qui le trouvent fatigués d’un exer-cice si violent & si dangereux , Sc qui veulent fe re-tirer ou écarter cette bête d’auprcs de l’arbre , pourprendre un peu de repos , n’ont qu’à jetter un bon-net ronge qu’ils portent fur leur tête. D’abord elles’élance & sc jette dessus avec une impétuosité in-croyable. On l’attire par des cris , & par des flèchesqu’on lui tire d’un arbre à l’autre , jusqu’à ce qu’el-le tombe accablée de lassitude ou des blessures qu’ellea reçues.

O11 prend dans les mêmes forêts une autre bête ,qui est semblable à un cerf, excepté qu’elle est unpeu plus puissante. Ses cornes four grandes & rameu-ses ; elles ne sont ni élevées ni droites, mais tortuesSc recourbées par derrière. Leurs branches ne sonr nipolies , ni arondies , mais larges & jointes ensemble,& d’une forme à peu près semblable à une pare d’oie :aussi ne s’en fert-elle point pour fa défense contreles chiens qui la poursuivent. Toute sa force est dansses pieds ; donr les coups sont souvent mortels. Onla prend dans des filets très-forts , dans lesquels ellefe précipite , Sc s’embarrasse elle-même, l’crsqu’elle estpressée par les chiens qui l’artaquent, Sc par les chas-seurs qui l’épouvantent avec leurs cris. Quand on asoin d'élever ses faons , ils deviennent privés , Scs accoutument avec les hommes comme les biches.

. , , llne opinion commune que la corne de son 'pied guérit de I’épiiepfie. On dit qu’il suffit Rappli-quer une parue de cetce corne , q„cl q „ e pe rite qu’el-le soit , sur le corps du malade , loisqu’ii est dansle fore de son accès , hors de tout sentiment , p OL1 ,.le faire revenir & pour lui faire reprendre Ces esprits.On en fait communément des bagues , & l’on tientpour certain que ceux qui en portent ne font jamaisatteints de ce mal. Quoi qu’il en soit, les Italiens ap-pellent cet animal la grande bête à cause de la gran-deur de son corps. Les Polonois lui donnent le nomd’âne sauvage , & les écrivains modernes celui d élan.

Les ânes sauvages d’Asie Sc d’Afdque , particulière-ment ceux de Phrygie & de Lycaonie , ne lui ressem-blent pourtant en rien.

Jules César attribue aux élans la forme & la va-riété des chevres. II dit qu’ils ont des cornes tron-quées & des jambes fans jointure , & qu’ils ne fecouchent jamais pour dormir , mais qu’ils s’appuienccontre des arbres que les chasseurs ont accoutumé dedéraciner , afin de les faire tomber tour d’un coupavec ces arbes à demi-coupés , lorsqu’ils sc jettentcontre un peu rudement , pour s’y appuyer. Maistoutes ces particularités ne conviennent point à l’élande Prusse. Pline rapporte que l’élan fe nourrir dansles terres septentrionales , Sc qu’il ressemble aux ju-mens, hormis qu’il a le cou plus étendu, Sc les oreil-les plus longues.

On trouve encore dans les forêts des chevaux sau-vages ; mais ils ne font d’aucun usage. Car outre qu ilssont petits & difformes , ils ne peuvent être dointés ,& ne portent point de fardeaux à cause de la foibles-se de leurs jambes. Ils fuient des qu ils apperçoiventun homme. Les habitans so nourriffent de leur chair,comme de celle des autres betes. .

Parmi les impuretés que la mer jette fur les coresde la Prusse , on recueille de l’ambre. Ceux qui ontcette passion le vont chercher dans les flots Sc dansles sables , Sc le tirent même des bourbiers. On vendla permission de le recueillir, & souvent ceux qujen font trafic Rachètent fort cher , parce qu’ils en-chérissent les uns fur les autres. Le profit en est assezconsidérable , mais il n’est pas si grand qu’autrefois.II étoit si estimé dans le teins du luxe & de la mag-nificence des Romains , qu on a écrit que l’cmpcrcur