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Tome sixième. T - Z.
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fleuve, sont sur la roche vive.'La ville est entourée de bel-les 6c fortes murailles , excepté du côté du fleuve. Elles’étend en longueur du midi au septentrion , ayant unegrande forteresse du côté du midi, située fur le penchantde la montagne, & dans laquelle il n’y a que des Persansnaturels, soit pour soldats, soit pour habitans. La placed armes qui est au-devant, sert aussi de place publique &de marché. Cette forteresse est un lieu d’asyle pour tousles criminels & les gens chargés de dettes. Le prince deGéorgie est obligé de palier au milieu, lorsqu’il va, selonla coutume , recevoir hors des portes de la ville les lettres6c les présens du roi ; parce que, quand on vient de Perse àTifsis, on ne peu t y entrer que par la forteresie; ce princen’y pâlie jamais fans craindre qu’on ne l’arrete , 6c que legouverneur n’ait un ordre secret de íe saisir de sa personne.Les Persans ont prudemment établi la coutume parmi lesgouverneurs des provinces de leur empire , d aller ainsirecevoir hors de la ville tout ce que le roi leur envoyé ;parce que c’est nn moyen facile de (e saisir de leur personneíans peine & fans risque. Cetre forteresie de Tiísis furbâtie par les Turcs Van 1576 , après qu’ils fe furent ren-dus maîtres de la ville Sc de tout le pays d’alentour , fous lecommandement du fameux Mustafa Pacha , leur généra-lissime , auquel Simon Can, qui étoit alors roi d 11 pays ,ne put résister. Mustafa conseilla à Soliman de faire bâtirdiverses forteresses en Géorgie , fans quoi il ne pourroitjamais être sûr du pays ; ce que Soliman pratiqua. La plu-part des forterelïes de la Géorgie ont été construites parles Turcs. Mustafa éleva plus de cent canons fur le rempartde celle-ci, dont il donna le commandement au bassa Ma-hamet. Il y a quatorze églises ; six font tenues & font ser-vies par les Géorgiens : les autres appartiennent aux Armé-niens. La cathédrale qui s’appelle Sion, est située fur lebord du fleuve, & route construire de belles pierres detaille ; c’est un ancien bâtiment fort entier. Il est composéde quatre nefs, & le milieu est un grand dôme , soutenude quatre gros pilastres, & couvert d’un clocher ; le grandautel est au milieu de la nef opposée à Vorient ; le dedansde 1 église est rempli de plates peintures à la grecque , fai-tes depuis peu , 6c par de si mauvais peintres , qu’on a tou-tes les peines du monde à reconnoître ce qu’ils ont voulureprésenter. Levcché joint l’église , le tibilele y demeure ;on appelle toujours de ce nom les évêques de Titìis. Aprèsla cathédrale, les principales églises des Géorgiens fontTetrarchen, c’est-à-dìre, ouvrage blanc , qui a été bâtiepar la princesse Marie 6c Anguescat, c’est-à-dire, l imaged’Abagare. Les Géorgiens appellent Abagare Angues , 6ctiennent que 1 e portrait miraculeux que la tradition assurequ’il reçut de Jelus-Christ , a été long-tems en cette église.On l’appelle aussi Végltse du Catholicos, parce que le pa-lais de ce prélat y est joint, 6c qu’il ne va presque jamaisailleurs faire ses prières > ni officier ; elle est en parallèle àl’évêché. Les Géorgiens avoient encore une belle égliseau bout de la ville du côté méridional. Le prince la prit,il y a quelques années, pour en faire un magasin à pou-dre ; à la vérité elle ne servoit plus, car long-tems avant,la foudre en avoir abattu une partie. Le prince la fit refairede nouveau, & ce magasin porte toujours son ancien nomd’église de Metek, c’est-à-dire, de la rupture. On luidonna ce nom, parce qu’un roi de Géorgie ja fonda pourpénitence , d’avoir fans sujet rompu la paix avec nn princede ses voisins.

Les principales églises des Arméniens font Pacha-Vanc,c est-à dire, le monastère du pacha. L’évêque Armé,tiende Tiflis demeure dans ce monastère ; on le nomme ainsi,à ce que racontent les Arméniens, parce qu’un pacha fu-gitif de Turquie, qui sc fit Chrétien en cette ville, le sicbâtir. L’église de Sourph-Nichan , cest-à-dire , sigqe rou-ge , & dans l’ufage sainte Croix, celle de Betkem ou Beth-léhem ; celle de Norachen ou l’Ouvrage neuf, & celle deMognay. Mognay est le nom d’un village d’Arméniens,proche d’Irivan , où l’on a gardé long-tems un crâne qu’onaííuroic être de S. George, 6c parce qu’on a transportéune partie de ce crâne en cette église , on lui a donné lenom du lieu d’où on l'a tiré.

H n’y a point de mosquée à Tiflis, quoiqu'else soit dansun pays mahométan. Les Persans ont fait ce qu’ils ont pupour y en bâtir ; mais ils n’en ont pu venir à bout. Lepeuple se soulevoit auísi-tôt, 6c à main armée abattoir1 ouvrage & maltraitoit les ouvriers. Comme les Ge.or-

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giens font mutins & braves, les Persans n’oseat les pous-ser à bout. Tous les clochers des églises ont des croix àleurs pointes, & plusieurs clochers que l’on sonne. Tousses jours on vend la viande de cochon en public & à dé-couvert comme les autres viandes, & le vin au coin desrues. On a construit depuis quelques années une petite mos-quée dans la forteresie , joignant le mur qui la séparé dela grande place de Tiflis, pour accoutumer le peuple ala vue des mosquées 6c des prêtres, qui du haut de 1 édi-fice appellent à la priere. Les Géorgiens ne purent em-pêcher la construction de la mosquée, parce qu’ils u’oíoiententrer les armes d la main dans la forteresse où l’on fai-foit bonne garde ; mais dès que le prêtre monta detluspour faire la convocation accoutumée 6c la confession defoi, 1 e peuple s’amaílà fur la place, 6c jetta tant de pier-res fur la mosquée , que 1 e prêtre fut contraint d’en descen-dre bien vite, & depuis cette mutinerie on n’y en a plusfait monter.

II y a de beaux bâtimens publics à Tiflis. Les bazarsfont grands, bien bâtis & bien entretenus. Les caravansc-rais sent de même. Il y a peu de bains dans la ville , parceque chacun va aux bains d’eau chaude qui font dans la for-teresie ; l’eau de ces bains est minérale, (ulphurée 6c très-chaude. Les magasins font encore bien bâtis 6c bien entre-tenus ; ils font situés fur une bute proche de la grandeplace. see palais du prince fait aussi, lans contredit, un desplus beaux ornemens de Tiflis. Il y a de grands salons quidonnent (ur le fleuve & fur les jardins du palais qui sentfort grands. 11 y a des volières remplies de grand nombred oiseaux de différentes espèces , un grand chenil & la plusbelle fauconnerie qu’on puisse voir Au-devant de ce pa-lais il y a une place carrée , où il peut tenir près de millechevaux ; elle est entourée de boutiques, & aboutit à unlong bazar , vis-à-vis la porte du palais : c’est une belle pers-pective que la place 6c la façade du palais , vue du haut dece,bazar. Le vice-roi de Caket a un palais au bout de laville , qui mérite aulsi d’êtré vu. Les dehors de Tiflis foncornés de plusieurs maitons de plaisance Sc de beaux jardins :1 e plus grand est celui du prince, il a peu d’arbres frui-tiers ; mais il est rempli de ceux qui servent à l’embellis-íemenc des jardins, 6c sL y conserver sombre & la fraî-cheur.

Il y a une habitation de millionnaires capucins à Tiflis.Le chef des millions que cet ordre a en Géorgie 6c dans lespays circonvoisins , y fait fa résidence. Il y a environ qua-tre-vingts ans qn’on les y envoya de Rome. Le nom de mé-decins qu’ils sc firent donner, Sc que tout le monde leur don-ne , ses fit bien recevoir par-tout j car la médecine , & sur-tout la chymie, est tort estimée, & très-peu connue dans tout1 Orient. Ils s’ctablirénr premierement à Tiflis, & après àGory. Ghana vas Kan leur donna tine maison en chacune deces deux villes, avec la liberté d’y faire publiquement l’cxer-cice de leur religion. Ils apportèrent à ce prince des lettresdu pape & de la congrégation de propagande fide , & luifirent en leur propre nom de beaux présens, & à la prin-cesse , au catholicos , 6c aux principaux de ia cour ; ce qu’ilscontinuent de faire de deux ans en deux ans. Celui d’entreeux qui fait le mieux la médecine est auprès de la personnedu prince , pour entretenir sa protection , qui est leur uni-que appui contre les persécutions du clergé géorgien & ar-ménien. On tâche de tems en tems de chasser ces mission-naires , selon qu’on entrevoie les estons qu’ffi fom d’attirerdes gens à leur religion -, mais comme il n y a point de mé-decins & de chirurgiens en Géorgie, ils íe rendent néces-saires par la pratique de la médecine & de la chirurgie quequelques-uns d’entre eux entendent fort bien , & exercentavec grand succès. Ils ont permission du pape de se fairepayer de leurs curçs, de dire la messe par-toin & avec tou-tes sortes d’habits, même fans répondantd’abíoudre detous péchés; de fe déguiser; d entretenir chevaux & va-lets ; d’avoir des esclaves ; d acheter & de vendre ; dedonner,& de prendre a interet. Ces millionnaires ne foncpas néanmoins avec tous ces artifices & ce relâchement desprogrès sensibles fur 1 esprit des Géorgiens ; car, outre quece peuple est fort ignorant, & peu occupé du foin de s ins-truire 1 il est si entête, que le jeûne, de la maniéré qu il 1 ob-serve , est l clientiel de la religion chrétienne , 6c qu il 1 ecroit pas que ìts capucins (oient chrétiens, parcequ ils ontappris qu’en Europe ils ne jeûnent pas comme a istsis. Cetincroyable entêtement obligé les missionnaires g jeunet à laTome F. L 1111