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Tome sixième. T - Z.
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quoi ceux qui s’éroient renfermés dans les tours fe rendi-rent , à condition qu’on leur sauveroit la vie. Le chèque ac-cepta la même condition, & le comte de Navarre étant en-tré dans le château, le fit priíonnier avec fa femme, íes deuxfils Sc un de ses oncles ; on fit un riche butin d’or, d ar-gent , de meubles tk de pierreries, quoique les Maures eus-lent enlevé de leurs riche liés la charge de plus de cinq millechameaux. Il périt dans tous ces combats six mille Maures;plus de quinze mille furent pris, Sc on donna la hberte àplus de cent quatre-vingts Italiens prisonniers. La ville futruinée. On laiiTa le château, aussi-bien qu’un autre petit quiétoit près du port. On y mit des soldats en garnison avecquelque artillerie. Depuis, le chèque,qui avoir été teignentde la ville , la repeupla de ses alliés au nomdei’empereur.Dans ce tems , Tiste de Rhodes s’étant perdue & les cheva-liers s’étant retirés dans la ville de Syracuse en Sicile,l’empereur leur donna , en 1528, l’iíle de Malte, & ensuitecette place qui étoit frontière de leur isie ; ils s’en emparè-rent donc , & y mirent un chevalier pour gouverneur, avecUne garnison qu’ils payoient ; ce qui, étant venu à la con-noiílance de Soliman , il y envoya son armée navale , com-posée de cent dix galères royales, deux galeaíles, trentevoiles, avec plusieurs autres navires qui portoient douzemille hommes de combat, fous le commandement de Cé-nan , bacha, accompagné de Salharraes & de Dragut : cehacha débarqua fes troupes, son artillerie & fes munitionsà la pointe d’Angil ; il fit íommer la place, offrant à la gar-nison la liberté , Sc menaça qu’en cas de refus il ne donne-roit quartier à personne après la prise ; le gouverneur luifit répondre courageusement, qti’il avoir été mis dans laplace par le grand maître, & qu’tl ne la rendroit point qu’àfes ordres. Sut c: tte réponse le bacha fit attaquer la princi-pale forteresse où étoit le gouverneur, & commença à labattre avec quarante pièces de canon du côté le plus fort,°ù jl étoit presqu’impoffible de la prendre ; mais . un traîtredescendant le long du mur, fut trouver le bacha, & luimontra l’endroit le plus foible , & par où il la falloit atta-quer. Le bacha changeant auílì-tôt de batterie, fit pointerle canon contre les tours qu’on lui avoir marquées : aubout de deux jours toutes les défenses étoientdéja abattues,6c quatre canonniers avec plusieurs soldats avoient été tuésPar le canon. Le gouverneur fe voyant par-là hors d étatde faire une longue résistance , fut obligé de rendre la pla-ce ; il fut conduit à Malte avec une partie de la garnison furdeux galères, mais on en retint le plus grand nombre pouresclaves. Le bacha remit cette ville entre les mains du sei-gneur de Tachora, qui l’étoit venu servir pendant le siègeavec deux cents chevaux & six cents mousquetaires, à con-dition de la tenir au nom du grand seigneur, & de la rendreà celui qui lui íeroit ordonné. Dragut fit ensuite deux fortsdu côté de la mer, l’un à la pointe de la terre , & 1 autreplus en-dedans. Il fortifia encore la muraille de quelquestours & de boulevards. Depuis ce tems les Turcs en firent«n gouvernement, fous les ordres d’un bacha ou beglier-bey, qui y faifoit reconnoître la puissance de la porte ;mais avant le tems quelques soldats & officiers de la milices etant accrédités dans la ville & dans le pays , l’autorité dubacha diminua peu à peu, & enfin Mamec-Bey , renégatgrec de l’ancienne maison des Justiniani, acheta la bannière"U grand seigneur, se rendit maître du château, chaiïa lébacha , & y commanda en souverain. Depuis ce tems-lâ,•Tripoli & son district se gouvernent en république; elle aP°nr chef un dey, qui est comme le chef & lc général dek nation, sous la protection du grand seigneur , à qui l’one stvoie une especede tribut. * Marmol, Description duRoyaume de Tunis, 1 . 6 , c. 44.

La principale forteresse s'appelle M an d r i ; elle avance"ans l a rher : c’est une grosse tour garnie de canons & bienbâtie ; on en voit auffi quelques autres au bord de la mer.Le port de la place est caché par deux grands bastions assezsorts :on y compte soixante-quatre pièces de canon en bat-tc ne. Il n ’y a curieux à Tripoli qu’un ancien monumentc Di est un arc tr ioniphe tout de marbre blanc, élevé dejsois rcises, & qui est enseveli, pour le moins autant dansa terre ; l’architecture & le bas-relief en font admirables»

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ìí y a quatre bustes de consuls romains tous mutilés. Les or-ne mens des quatre coins sont des pilastres ornés de feuillesde vignes. On voit quatre portes, au-destus desquelles estun char de triomphe avec une figure d’Alexandre tirée pardeux sphinx, au-dessous font des esclaves. Il y avoir desinscriptions latines au-destùs des portes : mais iln’en restequ une du côté du nord. La voûte en est bien conservée ,elle est ronde, avec de très-beaux ornemens en relief, &ctout {'édifice est bâti fans chaux ni ciment. Les pierres demarbre de cinq à six pieds d'épaisseur en carré, sont assisessor des platines de plomb , 8 c liées avec des crampons defer, Près des murailles de la ville on trouve des tombeauxcreusés dans la pierre , & de trois toises de profondeur dansla roche ; ils sont faits en maniéré de four, mais plus grands& plus élevés, avec plusieurs niches; on trouve dans cha-cun une grande urne de verre. Toutes ces ruines sont rem-plies d’ostemens de corps humain , & d’une eau roussâtre &cinsipide. L’auteuc du mémoire cité ci-dessous, dit qu’iltrouva un de ces tombeaux parmi les ossemens , deux peti-tes lamesd’argent, minces comme du papier, de la lar-geur de deux doigts & de la longueur de trois pouces. Dansle même tombeau étoit un cercueil de bois garni d’unelame de plomb dentelée, 8 c des ostemens de corps humainpresque tous consumés. Au pied du cercueil il y avoir unegrande urne de terre , pointue par le bout Sc plantée dans lerocher ; à côté & autour du cercueil étoient plusieurs platsde terre de différentes grandeurs , remplies de plusieurs sor-tes de viandes dont on voyoit encore les ostemens. Il y avoiraussi des laílès, des gobelets de terre ,-des verres très-bienfaits, des bouteilles & de petites urnes de verre, une ven-touse comme celles qu’on fait aujourd'hui, & une lampe decuivre que le tems a presque consumée. L’arc de triomphedont j’ai parlé , ne fubsisteroit plus il y a long-tems, si leshabitans n’avoient la foiblesse de croire qu’il arriveroitdegrands malheurs s’ils y touchoient pour le démolir. Ils assu-rent qu’un prince , en voulant ôter quelques pierres, il fe fieun tremblement de terre épouvantable, 8 c que comme ,malgré l’avertistèment du ciel, les ouvriers continuoientà travailler à la démolition, il vint une pluie de fable quiles ensevelit. On y montre une pierre comme hors d’oeu-vre& à demi tirée , dont 011 n’oíe feulement approcher. Ilest vraisemblable qu’à quelques pas de cet arc de triomphe,il y a eu quelque édifice magnifique ; car pour peu qu’on ysouille , on y trouve de très-grostès pièces de marbre.* Lacas , Voyage d’Afrique , r. 2 , p. 100. Mémoire d'unvoyage dans les montagnes de Derne.

Les religieux de l’ordre de faine François ont à Tripoliune fort belle église ; leur maison qui y est jointe est aussi fortcommode, & il y a un hôpital pour y mettre les esclaveschrétiens lorsqu’ils font malades; il consiste en deux bellessales Tune fur Tautre , où Ton peut mettre plus de deuxcents lits. Un hôpital est d’un grand secours à Tripoli,fur-rout dans le tems de la peste, qui y est bien plusfréquente qu ailleurs, 8c qui y fait ordinairement de grandsravages.

T ripoli dans fa splendeur le disputoit à T unis en richesses,& plusieurs assurent que celle-ci, comme plus grande,étoit plus riche en meubles & en équipages ; mais que Tri-poli Temportoit en or , en argent, en perles & en autresmarchandises, à cause du commerce qui y floristbit.il yavoit d’ordinaire dans la ville cent cinquante métiers a fairedes étoffes de soie , plusieurs autres pour la fabrique descamelots & autres étoffes riches. Il y avoit des marchandsen grand nombre , & fur-tout des épiciers fort riches. Onnommoit cette ville Tripoli la nouvelle, pour la distinguéede Tancienne qui avoit été bâtie par les Romains, ou selond’autres, par quelques peuples de la Phemcie, en mémoired’une autre ville de Syrie de meme nom.

L’état de Tripoli est borné au nord par la mer Méditer-ranée , à l’orient par TEgypte , au midi par le pays desBérebéres , & à l’occident partie par le royaume de Tunis,partie par le Beladulgerid ou pays des dattes, & partie parle pays de Gadamis. Cet état est divisé en divers pays ouquartiers, dont je marquerai les principaux lieux. * Del'Ijle , Atlas.

Tome V.

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