T U
T U
t 08 i
pourvu que celui qui en a pris l'habitude ne se porte àaucune v lolence.
Ces peuples íont contìnueljement exercés à la disciplinemilitaire. Le roi a toujours trois cents mille hommes prêtsa marcher à ses ordres. 11s font toujours exercés au manî-ment des armes, par les foins des officiers les plus expéri-mentés. Il y a dans le royaume de la poudre en quantité ,êc il s’y fait des mousquets en íì grand nombre, qu’en teinsde guerre on en pourroit armer cinq cents mille hommes.
M y a auffi des lances, des piques, des javelots, des épéesa deux mains, dont les poignées ont plus d’un pied de lon-gueur , 8c dont les lames iont faites comme celles des ci-meterres. On les porte d’ordinaire toutes nues & éle-vées comme des hallebardes. Ils fe fervent auffi d’arcs,de flèches & d’arbalêtres ; & ils onc auffi l’ufage descanons & des grenades. A 1 exception du soufre qu’ona pporte en partie de dehors > on trouve dans le Tunquindu plomb , du fer 8c d’autres métaux que l’on tire en fortgrande quantité des mines.
Quant aux forces maritimes, le roi de Tunquin meten mer deux mille galères, fans compter un nombremfini d’autres petits bâtimens. Ces galères ont environtrente-cinq pieds de longueur fur quinze de largeur. Ellesu’ont rien fur les côtés qui avance au dehors , 8c íont lanseperon à la proue. Quelques-unes, comme toutes celles dela flotte royale, onc trente rames de chaque côté , d’autresd'en ont que vingt-cinq, & d’autres dix - huit ou vingt,mais il n’y a qu’un seul homme à chaque rame ; de forteque d’ordinaire toute la chiourme n’est que de cinquanteou soixante hommes, qui font auffi bons soldats que bonsmatelots, quand il faut quitter la rame pour le mousquet.Ou ne conduit pas ces fortes de vaiflèaux à coups de siffler.Le pilote, qui est fur un lieu de la poupe , élevé en formede loge, en frapant d’un petit bâton fur un autre qu’il tienta la main , marque le mouvement qu’il leur faut donner,suivant qu’il frape avec vitelle ou avec lenteur ; 3c les ra-meurs le suivent avec tant de justesse qu’iis fe trouvent tou-jours d’accord , de quelque façon qu’ils voguent. Toute lachiourme de la galere royale doit être de jeunes gensa droits, de même âge 8c d’une même hauteur. Ils íontPtesquc toujours nuds jusqu’à la ceinture, leurs habits 8cleurs bonnets ne font que de toile, & de la même couleur.Le lieu le plus honorable est à la proue, où il y a une cham-bre proportionnée à la grandeur du vaifleau, ornée par de-hors de plusieurs sculptures enchaíîées dans de l’or , & pa-nées par dedans de lames d’or , d’exquifes peintures Lc dedraps de fore. Le plancher est toujours couvert de tapis denattes de jonc, avec une balustrade 3c de petites colonnesl out à l’entour en forme de galerie : où font quelques piè-ces d’artillerie de huit livres de balles lur leurs affûts. Elles°nt chacune leur tillac. La poupe 3c la proue, qui íontd'une forme ronde, paroiflent également relevées hors de^ e au à la hauteur de quatre ou cinq pieds, & font ornéesde divers figures de relief 3c de grands feuillages arabes-ques, rehauffës d or 3c de couleurs fines. Les flancs où l’ona ppuye les rames, font enrichis de la même forte avec unefraise qui régne â l’entotir fur tous les ornemens qui fontCachés au corps de la galère. Ils ne les gaudronnenc ni dePoix ni de suif, mais feulement d’un vernis, qui est unemixtion semblable â celle que nous appelions cire d’Espa-| n , e - Cela leur donne un éclat si vif, que la vue est tropfoible pour le supporter quand le soleil darde fes rayonsoeífus.
. Chacun contribue dans le tems aux provisions de riz, dev m , d’huile, de gibier de toute forte, de poiffon , de sa-sines Sc de fruits pour le roi, & on lui en fait présent,fans en espérer de récompense ; ainsi il peut épargner pres-t î Ue kont l’or 3c l’argent qu’il leve fur fes sujets. L’amas quiSe n faì c va dans fou trésor, qu i! garde pour les besoinscroit eri pouvoir avoir après ía mort dans le nouveauPays cu il doit aller. Il en commet la garde a celui de íesCUniI qnes dont il'connoît mieux la fidélité; de forte que cetEunuque & les foldíts qu’il y fait veiller continuellement,a vent seuls le lieu où font les richelïès du royaume. Cetteconduite superstitieuse est un des articles les plus lactés deenr foi. j es en f ar)S palTèroient pour sacrilèges s’ils^pui oient le trésor du roi leur pere Lc de fes prédécesseurs,pour s en servir indifféremment. Il faut que ce soit pour desa ânes extraordinaires qu’on en tire quelques sommes; Scors u y a de grandes cérémonies à observer. On peut auffi
s’en servir après la mort du roi, pour fournir aux frais desguerres qu’il faut soutenir ou entreprendre; mais avant queion successeur puiffe tirer du fonds du trésor les sommesdont il peut avoir besoin , il est obligé de sacrifier folem-nellement aux idoles, Lc de faire de grandes offrandes,avec d’amples prières aux défunts fes prédécdfeurs , pourqu’ils ne désapprouvant pas l’ufage qu’il en veut faire,promettant d’ailleurs de restituer au double ce qu’il estcontraint de prendre pour subvenir aux nécessités pressan-tes de l’état.
Quand le roi fort avec cérémonie, en certains jours del’année, tous les principaux mandarins le doivent accom-pagner , chacun avec les devises des lieux de fa dépendan-ce , Lc une escorte considérable fous fes livrées ordinaires.
Il s’y trouve auffi une infinité d’autres mandarins avec leursdevises , & parmi lesquels on distingue ceux qu’on n’apoint encore admis à servit le prince, 8c qui font leurcour pour s’avancer, La livrée des pages Lc des soldats »forme un spectacle magnifique. Chaque compagnie a fadevise particulière , avec un habit d’une couleur différentede celui des autres. Les armes qu’ils portent dans une pa-reille occasion ; savoir , les uns des piques, les autres deslances, des flèches, des mousquets, des javelots Lc des es-padons , pour s’en íervir à deux mains, font si polies 8c siéclatantes , fans parler de l’or , de l’argent Lc de l’yvoirequelles ont pour ornement, qu’on ne peut rien imaginerde plus’beau. La magnificence du roi paroît de la mêmeforte, à l’exception de l’ambafladeur de l’empereur de laChine , au-devant duquel il est obligé d aller. Il doit alorsêtre vêtu à la chinoise, & chauffe ; mais avec des souliersrelevés par le bout en forme de petites barques, & un cha-peau fur la tète d’une façon extraordinaire. Il le salue , lepremier , de quatre génuflexions & d’une profonde révé-rence , en vue de la lettre de creance qu’il porte Lc qu’ilproduit de la part de son empereur.. Il lui donne ía droitepar-tout , Lc en cet état l’ambaísadeur, comme représen-tant la personne du souverain , reçoit les civilités de toutela cour ; mais la cérémonie étant achevée, il est traité enpersonne privée, quoique toujours avec le respect qu’ondoit aux grands mandarins , à cause de ía qualité d étran-ger. Un des honneurs qu’on lui rend en le recevant, c’estde ranger les galères cinq à cinq , dans une égale distancede file, fous des ornemens particuliers. On voit fur lesbords du fleuve ,des antennes qu’on y a plantées dans unespace de plusieurs lieues, 8c qui font chargées chacuned’un pavillon de différentes couleurs. Les bataillons d’in-fanterie s’y trouvent postés différemment : les uns y battentla caiffê, d’autres les tymbales , & les autres répondent auson des hautbois, & aux fanfares des trompettes. Aux ap-proches de l’ambaffàdeur, ces troupes lui marquent par degrandes acclamations la joie qu elles ont de son arrivée , 8cle saluent par une décharge de mousquets & de canons.Quand il quitte le vaisseau pour prendre terre , la chiour-me laiffe la rame, pour prendre le mousquet, 8c aprèsque les galères ont tiré tontes leurs pièces de batterie, ellefait aussi fa décharge en signe de réjouissance.
La loi du royaume exige que la vertu soit récompensée,& qu’on punisse le vice fans exception de personne. Il y ^pour ce sujet des tribunaux , où la justice se rend devant leroi, 8c où les procès’sont examinés avec grand foin. On nedistribue les charges qu’à ceux qui ont fait preuve de leurscience dans les académies , ou de leur valeur a la guerre.Les mandarins lettrés ont le pas fur ceux d epee Lc font engrande réputation. On les fait conseillers d états, jugessouverains, gouverneurs de provinces Lc ambassadeurs. Leroi tâche auffi de contenter les mandarins d epee ; mais lesdignités auxquelles les uns Lc les autres peuvent aspirer nafont qu’au nombre de trente. Il y a six fortes de gouver-neurs qui vivent dans quelque subordination des uns auxautres. La moins estimée est ue ceux qu ils nomment Ltng rc’est à-dire , qui ne font seigneurs que d une ville. La se-conde est des xà-lung ; ceux-ci ont dans leur reíïort quatrede ces petits seigneurs, qui leur doivent foi Lc hommage.La troisième est des tou xà, qui ont dix xà dans leur dis-trict. La quatrième appellée huien , est de ceux qui font sei-gneurs de trente bourgs ou villages, plus ou moins , 8cdesquels tous les lang , les xa 8c les toà de ces villages dé-pendent. La cinquième est des phù , qui ont plusieurssoumis à leurs ordres. La sixième Lc la plus considérableest des xu, C’est le vice-ro;& le gouvernement de touteTome F. XXxxx*