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J’ai parlé dn mufti à l’article de la religion.
Le reis effendi veut dire le chef aes écrivains ou desgens de lettres , 8c de ceux qui manient les livres ; car lesTurcs dopnent ce titre à tous les prêtres de paroisses ; il esttoujours auprès du premier visir , pour expédier les ordres,les arrêts ; les lettres-patentes 8c les commissions pour tousles différens endroits dc l’empire, On ne sautoir croire com-bien il se fait tous les jours de dépêches, parce que le gou-vernement des Turcs étant plutôt arbitraire que fondé íurdes régies fixes & certaines, chaque affaire demande unordre exprès à part, même la plupart des cours de justice nefe conduisent que par des ordres quelles reçoivent d’en-haut. Cette multitude d’astaire oblige le reis estendi à em-ployer un grand nombre d'écrivains, ce qui lait qu’il rem-plit tellement ses coffres d’or & d’argent, que lorfqu’il fetrouve quelque reis effendi, qui, par son esprit & sonadresse , acquiert du crédit 8c de l’aiitorité dans cette char-ge , il amalïè des richesses si excessives, quelles peuvent al-ler de pair avec les trésors des princes ; témoin le reis ef-fendi Samozade , fort fameux parmi les Turcs pour fa pru-dence & ses richesses , qui fut exécuté pendant les dernieresguerres d’Allemagne, pour avoir conspiré contre le premiervisir ; 8c ses biens ayant été confisqués, on trouva chez luiun trésor immense. L autre grand officier est le defterdarou grand trésorier ; c’est lui qui reçoit le revenu du grandseigneur, qui paye les soldats, 8c fournit tout ce qui est né-cessaire pour les affaires publiques. Cette charge est diffé-rente de celle de trésorier du ferrail , car ce dernier n’apoint d’autre foin que de fournir ce qu’il faut pour la dé-pense de Ja cour , 8c de recevoir les profits cafuels 8c lesprésens qu’on fait au grand seigneur ; ils font en si grandnombre & si considérables, que la plupart des sultans amas-sent un trésor particulier qui est enfermé après leur mortdans une chambre à part, qui a une porte de fer, & dontla ferrure est bouchée avec un plomb. Au-dessus de laporte on voit écrit cn lettres d’or : Le trésor d’un telsultan. .
Il y a un nombre prodigieux de soldats dans ce vaste em-pire ; ce qu’on en va dire est fondé fur le rapport *d un desprincipaux & des plus expérimentas commissures des ar-mées des Turcs.
Il y a deux fortes .de gens qui composent la milice desTurcs. La premiere est entretenue du revenu de certainesterres & de certaines fermes que le grand seigneur leurdorme. La seconde est payée en argent. La principale forcede l’empire consiste dans la premiere , qui est encore diviséeen deux parties, l’une de zaims, qui font comme des ba-rons en de certains pays, & de timariots qui peuvent êtrecomparés à ceux que les Romains appelloient decumani.Ceux qui font payés en argent du trésor du grand seigneur,font les spahis , les janissaires , les armuriers, les canon-niers & les soldats de mer appellés levents; mais ces der-niers n’ont pas une paye réglée, & ne fonc pas mis aunombre des ordres militaires ; ils reçoivent feulement cinqou six mille afpres pour chaque voyage, & lorfqu’ils fontde retour on les casse. Les zaims 8c les timariots font demême nature , ayant été établis pour la même fin. Toute ladifférence qui est entr’eux, consiste dans leurs Iettres-paten-tes qui règlent le revenu des terres qu’ils tiennent du grandseigneur. La rente d’un zaim est depuis vingt mille aípresjusqu’à quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cents quatre-vingt-dix-neuf, 8c rien plus ; car s’il y avoir encore un alpre , ceferoit le revenu d’un fangiacbeg , qu’on appelle un hacha ,qui est de cent mille afpres, j uíqu’à cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cents quatre-vingt-dix neuf ; car si on yajoutoit auffi wne afpre davantage, cela feroit le revenu d’unbeglerbtg. Il y a deux fortes de timariots. Les premiers fontappellés teskerelu , 8c reçoivent les provisions de leurs ter-res de la cour du grand seigneur. Leur revenu est depuiscinq ou six mille afpres jufqu’à dix-neuf mille neuf centsquatre-vingt-dix-neuf-, car si on y ajoutoit encore une af-pre ,ce feroit Je revenu d’un zaim. Les autres s’appellentteskeretis, qui obtiennent leurs provisions du beglcrbeg deleur pays , & leur revenu est de trois mille afpres jufqu’à sixmille. Les zaims font obligés de servir dans toutes les expé-dition de guerre avec leurs tentes , où il y doit avoir descuisines, des écuries, & d autres appartemens proportion-nés à leur bien & à leur qualité, & pour chaque somme decinq mille afpres de revenu qu’ils reçoivent du grand-sei-
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gneuí, ils font obligés de mener avec eux à l’armée uh ca-valier qui porte le nom de gebelu. Chaque.zaim prend letitre de kilitch , c’est à-díre, épée. C’est pourquoi lorsqueles Turcs font le détail des forces que les beglerbegs peuventmener à l’armée pour le service de leur prince, ils ne Narrè-rent qu’aux zaims & aux timariots seuls, qu’ils appellentautant d’épées, fans compter ceux qui les doivent accom-pagner. Les timariots font obligés de servir avec des tentesplus petites que les zaims, 8c d’être fournis de trois ou qua-tre corbeilles, pour en donner une à chaque homme qui lesaccompagne, parce qu’outre qu’ils doivent combattreauffi-bien que les zaims & les spahis, il faut encore qu’ils por-tent de la terre & aes pierres pour faire des batteries & destranchées, pendant que les janissaires combattent. Les tima-riots font obligés de mener un cavalier avec eux pour cha-que somme de trois mille afpres de revenu qu’ils ont, demême que les zaims pour chaque somme de cinq mille.Les zaims & les timariots font disposes par régimens ,dont les colonels font appellés alaí - begler. Lorfqu’ilsmarchent ils ont des drapeaux que les Turcs appe|]entalem , & des tymbaies qu’ils nomment tabl. Ces colo-nels font soumis à un hacha ou fangiac beg , & celui-là a ún begierbeg. Lorsque toutes ces troupes font ras-semblées en '■orps, elles se trouvent au rendez-vous qui estmarqué par le général, que les Turcs appellent ferasker.Aíîèz souvent c’est le grand-feigneur qui commande en per-sonne, quelquefois c’est le visir azem , ou quelqu’autre sei-gneur considérable qui porte le nom de visir. Ces deux or-dres de soldats ne font pas seulement destinés à servir furterre. mais on les oblige quelquefois à fervir’dans l’arméenavale , où on les appelle deria kaletninde, 8c où ils fontfous le commandement du capoutan bacha ou amiral. Ilest vrai que les zaims font souvent dispensés de servir furmer en personne , moyennant la somme à laquelle ils sonttaxés fur les livres des seigneurs, 8c de cet argent on leved autres soldats qui font entoilés dans les registres de l’arfe-nal ; mais les timariots ne fe peuvent jamais exempter deservir en personne avec toute la suite que le revenu de leursterres les oblige de mener avec eux, non plus que les zaims,lorfqu’ils font commandés daller servir par terre. Il n’y apoint d’excufe qui puisse paster pour légitime à cet égard ;s’il y en a de malades , il faut qu’ils fe fassent porter en li-tière ou en brancard ; s’íls font enfans, on les porte dans descorbeilles ou dans des paniers , & on les accoutume ainsidès le berceau à la’fatigue, au péril &.à la discipline militai-re ; 8c c’est ponr cela qu’ils font la meilleure partie de l’ar-mée des Turcs. Ils restent compris fous le nom général despahis.Pour faire 1e plus juste calcul de leur nombre , il suffitde remarquer qu’un zaim ne peut mener avec lui moins dequatre cavaliers , & que c’est le plus grand nombre qu’untimariot est obligé de mener. Le moindre timariot est obli-gé de mener un homme à la guerre, & le plus considérablezaim dix-neuf. En prenant dans ce calcul un certain milienentre le plus & le moins, on pourroit venir à bout d’en sti-puler le nombre : mais les commissaires que le grand-sei-gneur envoie pour faire les montres, font auffi intéresses 8cauffi peut exacts que les nôtres. D’ailleurs les zaims, commenos capitaines , ont beaucoup de paíse-volans pour fairenombre les jours de montre. La mort des zaims 8c des tri-mariots cause beaucoup de variété dans le nombre dessoldats du grand-feigneur. Quelques-uns ont leur revenuà vie feulement, & les autres meurent fans enfans ; car ences cas-là leurs terres retournent à la couronne : de forteque comme ceux qui les póísedoient ses ont cultivées, & enont augmenté le revenu par leurs foins & par leur travail >le grand-feigneur les donne à d’autres, non pas fur le piedquelles avoient été données aux premiers, mais fur le re-venu qu’elles font après leur mort, qui est assez souvent ledouble de la premiere valeur. Par ce moyen le sultan aug-mente le nombre de ses soldats, & c’est une chose digned'être remarquée, qu’au lieu que les autres princes perdencà la mort de leurs sujets, il en profite ; car plus il y en a detués dans une bataille, & plus il lui en revient de bien ,dont il dispose de telle forte , qu’il gratifie ordinairementplusieurs personnes de ce qui ne faiíoit auparavant que lepartage d’un seul ; mais pour venir présentement au compteparticulier des ziamets & des timars qui fe trouvent dansl’empire du grand-feigneur, en voici un extrait qui a été tirédes registres de ce monarque.