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Tome sixième. T - Z.
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8^ V E N.

YEN.

que le Doge ne portoit sur lui aucune marque de íadignité, détacha la manche d’une veste , 6 c la mitfur la tête du Doge en forme de bonnet, & que c'estde-là que la corne ducale tire ion origine. C’eít alorsproprement que Venise prit naissance, puisque Pépinvoulut que l’isle de Rialte, jointe aux isles voisines,portât le nom de Venise, Vcnetiaì , qui étoit alorscelui de toute la provice voisine des Lagunes. Voilàquels ont été les commencemehs & les premiers pro-grès de la république de Venise, qui reconnoitqu’elledoit son principal établissement & sa premiere gran-deur à la générosité d’un roi François.

Depuis la premiere élection,qui fut faite à Héracléede Paul-! uce Anafeste en 709, jusqu’à celle de Sé-bastien Ziani , cn 1172 , les Doges régnèrent avecune autorité absolue. Le peuple élisoit par proclama-tion celui qu'il trouvoit le plus digne d'être élevé àla dignité dogale ; mais le Doge étoit le maître deson conseil, ne rendoit compte à personne, & avoir'tin pouvoir absolu pendant la paix & pendant la guer-re. Lliistoire nous fournit même des exemples deplusieurs Doges qui firent élire leurs treres ou leursenfans pour leurs collègues Sc pour leurs succes-seurs.

Comme í’autorité absolue du prince avoir souventcxposél’étatàde fâcheux accidens, & que sélectiontumultuaire qui se faisoit par le peuple avoir eu plu-sieurs fois des fuites très-dangcreuíes, les principauxcitoyens s’étant assemblés après la mort du princeVital Micheli , pour trouver moyen d’ofcvier auxdésordres, avant que de faire sélection du nouveauDoge, on choisit onze personnes , qui, s’étant reti-rées dans f église de saint Marc , élurent SébastienZiani ; & , tant peur ôter àsavemr au peuple le droitqu’il avoir de faire le Doge , que pour xnouérer s au-torité du prince , on établit un conseil entierement in-dépendant . Sc duquelon tiroir par élection les élec-teurs du Doge. 11 étoit à craincire qu’un si grandchangement, qui établissoit une forme de gouverne-ment toute nouvelle , ne causât quelque révolutiondans f état ; pour contenter le peuple , on lui donnacn échange le droit ce creer douze 1 ribuns , quipourroient s’onposer aux ordonnances du prince. CesTribuns, quiétoient au nombre de deux dans chacundes six quartiers de ìa vi le , eurent encore le droitd’élire tous les ans, le jour deiaint Michel, quarante'personnes par quartier, pour composer le grand con-seil qu’on venoit d établir, de forte qu'si étoit de deuxcens quarante citoyens, choisis indifféremment & lansdistinction, dans tous les úistérens états, de la no-blesse, des bourgeois & des artisans j & comme ceconseil íe renouvelloit tous les ans, chacun y entroità ion tour, ou du moins avoit droit d’y prétendre.

L'ordre de ce gouvernement dura jusqu en 1289,que le Doge, Lierre Gradenigue , entreprit de chan-ger entierement la face de larépub ique, & d’établirune véritable aristocratie , en fixant à perpétuité legrand conseil à un nombre de citoyens, Sc à leursdeíceudans. il fit passer à la Quarantie criminelle,qui est une chambre souveraine de quarante juges, undécret, portant que tous ceux qui avoient composéle grand conseil des quatre années précédentes, sc-roient balotcs dans cette chambre, & que ceux, quiauroient douze balles f avouables, composeroient eux6 c leurs descendans le grand conseil à perpétuité.Gette entreprise fut injuste à f égard de plusieurs fa-milles considérables; mais la république lui doit l’é-tabliísement du plus parfait gouvernement qu'elle aitjamais eu, & qui a heureusement continué jusqu’àpréient. On peut bien s’imaginer qu’un pareil change-ment ne se st point, sans exciter de grands troublesdans la république ; mais on les calma bien-tôt, enchâtiant les plus faibles, & en appaisant les plus puis-sants par des privilèges qui les tiroient du nombre desexclus, slusieurs familles nobles qui ne prévoyoientpas aiors 1 extrême conséquence de cette exclusion ,indignées alors de s en voir préférer d’autres qui leurétoient intérieures, 11c témoignèrent pas s’en mettrebeaucoup en peine. Cependant par cette fixation, quis’appella il Serrar ciel Consigîto , les familles qui en

^toieur, deyeaoientles maîtres, scelles qui éíoieaç

exclues demeuroientsujettes. Cependant BayamontaTiepolo, chef des premieres Sc des plus ancu-nnesmaisons de la république , appuyé de quelques autre 9familles illustres , entreprit de se venger du DogaGradenigue , & de le massacrer avec tous les parti-sans ; mais il périt lui-même dans cette entrepris >qui donna occasion à de nouveaux réglemens, qui oncmaintenu la république dans f union 6 c la vigueur oilon la volt encore aujourd’hui.

La noblesse Vénitienne est divisée en différentesclasses. La premiere comprend les familles des douz®Tribuns qui surent les électeurs du premier Doge»& qui se sont toutes conservées jusqu’à présent. CeSdouze maisons, qu’on appelle électorales , font les

•ContariniM oroíini,Badouari STiepoli,Micheli,Sanudi,

GradenighiM emmi,Falieri,

Da doit,

Polani,

Barozzi.

Cette ancienneté ne donne cependant aucune pré-rogative, sinon une considération générale, qui la faitpréférer aux autres pour les emplois & pour les allian-ces, lorsque le mérite íe trouve joint à la naissance.

Après ces douze maisons électorales, il y en a qua-tre, qui ne lui cèdent pas beaucoup en ancienneté,car elles ont signé l’an huit cens Lacté de fon-dation de l’abbaye de saint George-majeur , avecles douze maisons électorales, & c’eit pour cela qu’ostnomme celles-ci les dou-^e Apodes , les autres , Uèquatre Rvange'Lstes. Ces quatre familles font les

Justiniani, Bragadini,

Cornari, Bembi.

On compte aussi dans la premiere classe de la no-blesse huit autres maisons, dont l’ancienneté va pres-que de pair avec les douze premieres , parce quslong-temps avant le Serrar delí dnfigl 0, elles étoienfijtrès-considérables, Sc particulièrement les

Quirini, Soranci,

Delphini, Zorzi,

Marcelli.

Ces familles se sont encore distinguer dans la ré-publique ; mais les autres font déchues, de leur pre-mier éclat par l’extrême pauvreté où elles ont ét«réduites.

Après que le général Tiepolo eut entierement dé-truit la ville d’Acre, en Syrie , pour s’être plusieursfois révoltée contre la république,qui l'avoit conqui-se , un certain nombre d. illustres maisons de cett®ville se retirerent à Venise, & comme elles tenoien*quelque rang avant la fixation du grand conseil otjelles lurent comprises, elles font aussi nombre par m?la noblesse d’ancienne origine.

Comme Serrar delConJìglio , en perpétuant le gou-vernement de la république dans les seules famillesqui l’ont composé depuis, annoblit en même-temp 9toutes celles qui y furent comprises, la seconde classade la noblesse Venitienne se trouve composée de ce*nobles , qui n’ont point de titre plus ancien que cett®fixation du grand conseil, & que d’être écrites dès c®temps dans le livre d’or,qui est le catalogue qu’ortcommença de faire alors de toutes les familles de 1*noblesse Vénitienne. Cette noblesse qui a présente-ment plus de quatre cens cinquante ans d’ancienneteest aujourd’hui fort considérée , sur-tout depuis qu®les nécessités de l’état en ont fait recevoir de nouvel-les dans deux occasions différentes.

O11 met au rang de cette noblesse du second ordre»trente familles qui furent aggrégées à la noblesse Vé-nitienne , quatre-vingt-onze ans après le Serrai delConsigho , c’est-à-dire, en 1380, que fut terminée 1»guerre des Génois, pendant laquelle ces trente ma 1 "sons de Citadins & de Bourgeois, de toutes forte*de professions , avoient secouru la républiqueîles sommes ii íoiffìdérables , que le Sénat 1