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YEN.
dessus ; car si l’on excepte les conseillers de la Sei-gneurie , & les procurateurs de saint Marc, il a lapréséance iur tous les autres magistrats. II porte laveste ducale de pourpre , il a le titre d’excellence ; lesportes lui font ouvertes dans tous les coníeils j iltient les sceaux de la république ; il en a le secret ; ilassisté à la lecture des dépêches 8c des réponsesdes ambassadeurs ; il est présent à tout ce quise traite dans le sénat ; il lit dans le grand conieiltout ce qui s’y doit baloter, & il est le chet des Ci-tadins , compie le Doge est celui de la nobleíle. sé-lection du grand chancelier se fait par le grand con-seil ; $c lorsqu’il prend possession de fa charge, il laitune entrée au college , avec un cortège de plusieursprocurateurs, d’un grand nombre de sénateurs & denobles , qui pour faire honneur en cette occasion àTordre des Citadins, n’accompagnent pas seulementchacun un des p are n s ou des amis du chancelier, maisencore leur donnent la main ; 8c tant les Nobles queles Citadins, qui assistent à cette cérémonie, portenttous la veste ducale de pourpre. Afin que rien ne man-que à la grandeur extérieure du chancelier , la répu-blique lui fait à fa mort des obsèques aux dépens dupublic, & avec la même pompe qu’au Doge ; &s’il y a quelque différence , c’ést que la républiqueassiste à ses obsèques en vestes noires, pour témoi-gner le regret qu’elle a de ià perte , au lieu qu elleporte la veste ducale aux funérailles du Doge. Legrand chancelier n'est pourtant qu'un serviteur ho-noraire , qui entre dans la confidence de ses supé-rieurs , qui le payent bien de ses services.
La république a voulu conserver dans Tordre ex-térieur de son gouvernement une image de la monar-chie, de T aristocratie, 8c de la démocratie, 8c elle asçu trouver les moyens de jouir des véritables avan-tages de ces trois différentes formes de gouverne-ment. Elle fait éclater la majesté du prince souveraindans la personne du Doge, au nom duquelse sont lesordonnances , les dépêches & les négociations. LePrégadi, qui est le sénat , représente une patraitearistocratie, où les plus íhges têtes de la républiquerèglent avec un pouvoir absolu les plus importantesaffaires de Téta t ; & le grand conseil, qui est T assem-blée de toute la noblesse, distribuant la plus grandepartie des dignités à ceux qui s’en rendent dignes, estla véritable image dune démocratie, où les plus puis-sans font obligés de briguersles suffrages,&n’ont d’au-torité qu’autant qu il plaît à ce grand corps, qu’ilest presque impossible de gagner 8c de corrompre.
Une des choses à quoi le sénat s’est appliqué avecplus de foin, a été d’empêcher que les princes étran-gers n'eussent aucune connoissance de ses délibéra-tions , ni de ses maximes particulières ; & comme ileût été plus tacile à la cour de Rome, qu’à aucune au-tre, d’en venir à bout, Sc même de former un particonsidérable dans le sénat, parle moyen des ecclé-siastiques , k république leur en a interdit entiere-ment l’entrée,& n’amcme jamais souffert que la juris-diction ecclésiastique ordinaire se soit établie dans sesétats,avec la même autorité que la plupart des princeslui ont laissé prendre;elle a même exclu tousles ecclé-siastiques,quand même ils seroient nobles Vénitiens,de tous les conseils, & de tous les emplois publics.
L’église de'Venise , c’est-à-dire de tout Tétat de larépublique , reconnoît deux patriarches , qui-sont ce-lui d’Aquilée, & celui de Venise. Ce dernier n’étoitautrefois qu’un fort petit évêque , par rapport à sonrevenu. II prenoit le titre d’évéque de Cartel, quiest le quartier de Venise, où est située son église.Mais comme depuis le grand accroissement de la ré-publique, ilnaissoit souvent des contestations- pourla jurisdiction , entre cet évêque & le patriarche deGrade , ou Credo , qui étoit primat de la Dalmatie& de Venise , le sénat demanda au pape que le pa-triarebat & l’evechç luisent unis en la personne de ce-lui des deux prélats, qui survivront à T autre. Tar cemoven le patriarchat de Grade fut dévolu en 1450 ,à l’évêque de Castel, en la personne de Laurens Jus-tiniani, que l’église a canonise. Ainsi le patriarche deVenise est primat de Dalmatie , &. d’une partie desétats de la république , en terre-íerme. Les évêques de
VEN.
Candie, de Corfou , 8c de quelques isles voisines*font ses suffragans. Cette dignité ne peut être polie*dpe que par un noble Vénitien, 8c la république s'enest conservé la nomination. Mais les prêtres 8c les re-ligieux déclinent également fa jurisdiction à la fa-veur de deux ou trois magistratures, ouïes premierssénateurs de la république,s’attribuant la connoiffan-ce de tout ce qui regarde les ecclésiastiques,réduisentà peu de chose tout le pouvoir du patriarche ; 8c com-me ce prélat n’a point la nomination des cures de Ve-nií’e, ni des autres bénéfices de son églisé , àsexcep-tion de deux dignités, son crédit n’elt pas plus con-sidérable que son autorité.
De tout temps la république avoit soutenu le patriar-che de Grade, contre celui d’Aquilée , 8c avoit tâched’agrandir la jurisdiction du ter. aux dépens de celledu iècond • mais depuis que le patriarchat de Grade aété transféré à Veniíe , fa dignité est dans une plusgrande considération. Le patriarchat d’Aquilée estnéanmoins le premier 8c le plus ancien.Depuis que krépublique trouva le moyen de nommer à ce patriar-chat , elle a sçu se perpétuer la possession de ce droit,par le pouvoir qu’elle a donne au patriarche d’élir»Ion coadjuteur ; dès qu’il est monté- à cette dignité,qui de cette sorte ne peut jamais échapper à la répu-blique , 8c à laquelle on n'élevé que des nobles Vé-nitiens des premieres familles. Le sénat en lise ainsi,de peur que ce patriarchat ne retourne à la nomina-tion de Tempereur ; car, comme la plus grande partisdu clergé de tout T état de Venise en dépend, il arri-ver oit qu’un patriarche qui ne seroit pas sujet de larépublique, donneroit lieu à de fáchex inconvénientVoyez Aquilêe.
La république, pour maintenir T ancien usage, alaissé sélection des curés à la disposition des pa-roissiens , qui doivent choisir celui des prêtres ha-bitués de la même paroisse, qui leur paroît leplusdigne. Tous ceux qui possèdent des maisons en pro-pre dans l’étendue'de la paroisse', Nobles, Citadins,& artisans, s’assemblent dans T église, dans le termsde trois jours après la mort du curé , 8c procèdent asélection par la pluralité des voix, faute de quoi larépublique nomme un curé d’office.
Quand on connoît l’esprit avec lequel la républi-que se gouverne , on s’étonne de voir Tinquisitioaétablie à V enise ; mais T étonnement cesse, lorsqu’ostvoit fous quelles conditions elle y a été reçue. Le S.Office est composé du Nonce du pape, du patriarchede Venise, du pere inquisiteur, toujours désordrede saint François , 8c de deux principaux sénateurs,qui font affistans, 8c fans la présence & le consente-ment desquels toutes les procédures font nulles , 8 eles sentences hors d’état d’être mises à' exécution-
L'hérésie expresse est presque la feule matière doflïl’inquisition de Venise ait droit de connoitre ; car 1*plupart des désordres qui suivent Théréíìe, ou qui-peuvent la faire naître ou T entretenir , ont des jugerleculiers, qui prennent connoissance de ces matières-Tous ceux qui font profession d’une autre religion-que de la catholique, ne sont point foulais à Tinqui-lítion ; 8c depuis le catalogue .des livres défendus,qui fut dressé lorsque la république reçut Tinqussi'tion , il n’est point permis au S. Office d’en censuresd’autres que ceux que la république eîle-même cen-sure. Outre cela , le sénat entretient deux docteurs,qu’on appelle consulteurs d’état, l’un religieux ,
T autre séculier, qui sont chargés d’examiner les bul-les, les brefs 8c les excommunications qui viennentde Rome, 8c que Ton ne reçoit jamais que ces detk-docteurs n’ayent assuré qu’ils ne contiennent rien d®contraire aux loix 8c à la liberté de Te'tat.
Le college, le prégadi, 8c le grand conseil, sont le*trois principaux ressorts qui font mouvoir Té tar &commelaperfection de larépublique n’est appuyeessi>^fur leur accord,il est nécessaire de les faire connoitre-
Le college est le tribunal où réside toute k majestédu prince 1 les ambassadeurs y vont à T audience ; ony lit les lettres des affaires étrangères ; on y présent.toutes les requêtes;on y plaide les causes privilégiées,on y juge les procès entre les parens ; on y régiecompétence des juges; en un mot, le college e