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Tome premier. A - B.
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XVIII
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x V 111

VIE DE M a.. BAYE E.

i'Zj Te 19de teviier.

(t) Le rç•ií Mats.

fi) Quitenenti’E niantJeius entreles bras.

(V) CetteLettre eftdatée dur< Avrilit:o J’enaï rotígi-

UL) ancreles mains.La Sulctip-tion est :

-.A MmfimrB a? le , Fils ,Mmijlrt da

f'iri.t, rt»Cilvla.

(a) CetteLettre n’apoint étéimprimée.

íaiíbit à Puylaurens netant pas à son gré assez rapides, il résolut de quitter cette Acadc- i 65 pmie pour aller à Toulouse, qui est une des plus célèbres TJrliversitez de France. II y ar-*riva au mois de Fcvrier 1669(1). II se logea dans une maison particulière j & alloît enten-dre les Leçons de Philosophie qui se faisoient dans le College des Jésuites. II n’y avoirrien là d’cxtraordinaire. Les Reformez envoyoient souvent leurs enfans étudier chez lesJésuites, quoi que cela eût été défendu parles Synodes. Cependant le séjour de Tou-louse eut des conséquences affligeantes pour la Famille de Mr. Bayle: il changea de Reli-gion. La lecture qu'il avoit faite à Puylaurens de quelques Livres de Controverse, l’a-voit déja beaucoup ébranlé ; ses doutes augmenterent à Toulouse par les disputes qu’ileût avec un Prêtre, qui logeoit en même maison que lui. 11 se crût dans l’erreur, parccqu’il ne pouvoií répondre aux raisonnemens qu’on lui fa i foi t, & un mois après son arrivéeà Toulouse, il embrassa la Religion Romaine (z). II fut immatriculé, & dès le lende-main il reprit l’étude de la Logique.

La nouvelle de son Changement pénétra de douleur toute sa Famille, Sc particulière-ment son Perc de qui il étoit tendrement aimé. Mr. Bertier, Evêque deRieux, ju-geant bien qu’après cette démarche le jeune Bayle ne devoir pas s’attendre à recevoir au-cun secours de les païens, se chargea généreusement des fraix de son entretien. Mr. Bav-le en marque fa reconnoissancc dans une Lettre qu’il écrivit cn 1693, à Mr. Pinson Avo-cat au Parlement de Paris

On se fit beaucoup d’honneur à Toulouse de Inquisition d’un homme qui donnoit de figrandes espérances , & dont le mérité étoit relevé par la qualité de Fils de Ministre.

Lorsque son tour vint de íòûtenir des Thèses publiques, 011 voulut que la solemnité s'en 1670.

fît avec beaucoup d’cclat. Les -personnes les plus distinguées du Clergé, du Parlement& dc la Ville s’y trouvèrent: l’Université n’avoit jamais vû chez elle un Auditoire si au-guste, & si nombreux. Les Thèses étoient ornées du Portrait de la Vierge f 3), à quielles étoient dédiées -, & ce Portrait étoit accompagné de plusieurs Figures emblématiquesqui designoient la Conversion du Répondant. La clarté, la pénétration , & la modestieavec laquelle il répondit, lui attirèrent l’aplaudiffement de tout le monde.

Mr. Ros de Bruguiere, un de ses Oncles maternels, marié à une Demoiselle Catholi-que, s’étant trouvé à Toulouse lorsque Mr. Bayle soiítint ses Thèses, en porta un exem-plaire au Caria, & Madame Ros de Bruguiere en para fa chambre. Le Pere de Mr. Bay-le, étant venu voir Mr. Ros dc Bruguiere, on lui apprit la maniéré dont son Fils s’étoitdistingué dans cette Dispute publique , les honneurs qu’on lui avoit faits, & les applau-diílèmcns qu’il y avoit reçus. Ce bon homme écoutoit cela avec plaisir , 8c fembloitavoir oublié dans ce moment lc chagrin que son Fils lui avoit donné par son changementde Religion. Mais Madame Ros de Bruguiere lui ayant montré les Thèses, dès qu’ilvit la figure de li Vierge avec ces paroles Virgini Deiparjî, il fut saisi d’une sigrande indignation, qu’il sit effort pour s’en approcher : mais on l’en empêcha, de peur.qu’il ne les mît en pièces dans le transport de sa douleur. II sortit précipitamment, jet-tant un torrent de larmes , Sc protesta qu’il ne rentreroit point dans cette maison, tant

qu’un objet si cruel pourroit sc présenter à sa vue. . n 1 r 1

Cependant les Catholiques , non contens d’avoir gagne 1 e jeune Bayle , formèrent ledessein de gagner encore toute fa Famille. On crut qu’il falloit commencer par l’aîné.

Mr. l’Evêque de Rieux chargea Mr. Bayle dc lui écrire ; ajoûtant que s’il pouvoit l’en-gager seulement de venir à Toulouse , sa Conversion étoit sûre. Mr. Bayle qui croyoitsincèrement avoir pris le bon parti Sc qui aimoit son Frere , lui écrivit 1 a Lettre sui-vante (4):

, Monsieur mon très-cher Frere,

,, L'affection ardente que j'ai pour vôtre personne , Lc le désir dont je brûle de vôtre„ bonheur, ne me permettant pas de negliger aucune occasion de procurer vôtre bien,„ je me sens obligé de vous prier très-instamment de venir passer quelques jours en cette„ Ville, pour me donner le moyen de vous entretenir de plusieurs choses qui vous font,, très-importantes Sc pour la vie présenté & pour celle qui est à venir. Je me persuade„ que si pavois la liberté de vous bien découvrir l’état des choses comme elles sont, & la„ disposition favorable où elles sc trouvent, je ferois quelque effect fur vôtre esprit, Lc„ vous ferois avouer que cette suprême sagesse qui gouverne le Monde a travaillé d’une„ façon particulière à ajuster tant de ressorts , Sc que comme elle ne fait rien qui ne

5 , puisse

(aí) Mr. Bayle en marque fa reconnoisfance dans uneLettre qu'il écrivit à, Mr. Pinson en 1693.] On venoitde-publier ce* paroles dans le Menagiana: Mr.Basle eíi i'ils d'un Ministre. Mr. l’Evêque de Rieux , quiavoit contnbuè a, ja Conversion , le fit étudier d Toulousea set dépens ; mais âpres fies études , il rentra dans taSeófe qit’il avoit quittée. Ces expressions parurent tropgénérales à Mr. Bayle. 11 s en plaignit à Mr. Pinson.La maniéré , dit il (a) , dont Mr. Ménage a parléde moi est un peu trop vague , Sc propre à fairenaître de fausses idées : chacun s'imaginera que j’aifait toutes mes études fous les auspices Sc par la li-beralité de Mr. l’Evéque de Rieux : voici ce qui en,, est. Aiant fait nies études de Grammaire, de La-tin, & de Rhétorique , ou chez mon Pere , 011 à„ l’Académie de Puylaurens; je commençai ma Phi-„ loíophie à la mériie Académie, Se pouffai seulement,, cette ctude pendíint cjuntrç ou cincj mois , apics„ quoi pillai a Thoulouse tout plein de doutes fur maReligion par des lectures de Livres de Controverse.,, Je me trouvai loge avec un Prêtre qui disputant a-„ vec moi r.c fit qu’augmenter mes doutes, & après

,, tout me persuader que j’étois dans une mauvaise,, Religion. J’en sortis, & je continuai ma Philoso-,, phie dans le College des Jésuites de Thoulouse.,, Mr. l’Evcque de Rieux, dans le Diocèse duquel j’é-,, tois né, ayant fçfi mon changement Sc 1 indignation„ de ma Famille contre moi , Sc d ailleurs que j’étois,, studieux Sc de bonnes moeurs , & de quelque forte,, d’esprit, m’honora de sa protection , Sc me donna„ dequoi payer ma pension, ne recevant rien de chez,, moi , à cause de l’indignation de mon Pere. J’a-,, chevai ainsi ma Philosophie : c’est-à-dire , que je,, demeurai à Thoulouse pendant dix-huit mois, après,, quoi les premieres impressions de l’éducation ayant,, regagné le dessins, je me crus obligé de rentrer dans,, la Religion où j’étois né , Sc m’en allai à Geneve ,,, où je continuai mes études. Je ne dis pas cela„ pour avoir honte des bienfaits de ce grand Prélat;„ j en conserve avec respect, Sc avec beaucoup de re-,, connoistance le souvenir : mais enfin on ie doit s„ soi-même Sc à son prochain le soin d’empêcher„ qu’on ne fasse des idées fausses, outrées, Lc hyper-„ boliques des choses Sc c.