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Tome premier. A - B.
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XIX
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VIE DE Mr. B A Y L E,

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rLyo.

„ puisse avancer sa gloire & nôtre salut, elle a voulu par k rencontre de tant de choses,, differentes, qui toutes semblent vouloir concourir à vôtre bien, tenter le plus heureux,1, St le plus glorieux changement qui se puisse òperer dans l’efprit de mon Pere, Sc dans,, le vôtre.

„ Vous me direz fans doute que ce font ici tous mystères, où vous ne comprenez rien,„ St que ce font des énigmes pour vous ; mais je vous réponds que pour peu que jem’entretienne avec vous fur ce chapitre , vous comprendrez facilement quel est mòndessein; & vous verrez ensuite clair comme le jour , avec quel grand fondement jevous auray dit que la disposition qui a rangé quantité de choses où vous avez grand in-térêt vous est si favorable qu’il y a tout sujet d’en efperer quelque choie de sur-naturel.

„ Je ne nrexpliqueray pas plus ouvertement stlr ce sujet, parce que j’cfperc que vousne me refuserez pas la grâce que je vous demande,de me venir voir le plutôt qu’il vous„ fera possible, Sc que dans l’entretien que j'auray alors tête à tête avec vous, nous au-rons lieu d’en parler amplement. Venez donc, mon cher Frere, s’il vous est possible,„ avant que cette semaine ne se passe; venez satisfaire l’impatience d’un homme qui sou-„ pire pour l’amour de Vous plus de quatre fois, & qui souhaite passionnément que vousvous mettiez aux termes d’être bien-heureux. Vous ne vous repentirez pas fans douted’être venu-, tant ce que j’ai a vous dire est de nature à contenter une ame solidementraisonnable, comme est la vôtre.

„ Et certainement je vous ferois tort, si je croyois que vous fussiez malade d’une ma-nière incurable , Sc jusques au point de ne trouver rien de bon , dès là qu’il n’est pasconforme à vôtre sentiments J’ai meilleure opinion de vous ; Sc ceux qui vous con-„ noissent ne font nulle difficulté de croire qu’avec la bonté de vôtre naturel Sc la probité„ dont vous faites profession, il n’est point de proposition raisonnable que l’on ne puissevous faire goûter, quoy que vous n’y soyez point accoutumé, Sc quoy que vous ayez,, une nuée de préjugez pour le contraire. Sur ce fondement je m’assure que ce que j’ai,, à vous dire ne vous déplaira pas; Sc ne vous effarouchera pas li fort que vous soyez ca-

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meme prierequ’ils me tien-

„ droient d’abord pour lulpeél, sc défieroient de moi Sc condamneraient tout ce que je,, ferois capable de leur dire : mais pour vous, je vous crois incapable de me condamner„ avant que de m’avoir entendu ; Sc ne fut-ce que par curiosité il me semble que vous„ voudrez lavoir ce que ce peut être , Sc que vous suspendrez vôtre jugement jusques à„ ce que vous l’ayez apris: en quoi je ne puis remarquer dans vôtre esprit qu’une dispo-sition a bien faire.

„ II ne me resteroit pour asseoir quelque bonne esperance, qu’à vous croire bien résolu„ de former ce jugement qui est fondé fur une vérité que l’experience de tous les siécles„ confirme d’une manière incontestable , qu’en fait de Religion toutes les innovations,, font très-pernicieuses, Sc qu’un particulier qui se veut ériger de son autorité privée en„ Réformateur ne peut passer que pour un faétieux, un schismatique, un semeur de zi-,, zanie, Sc une tête animée d’orgueil, d’opiniatreté , Sc d’envie. Et en effet, quelleapparence que Dieu laisse tomber l’Eglise Chrétienne dans la ruine St dans la désola-tion, qu’il lui cache toutes lés clartez, qu’il la prive de toutes ses lumières , Sc qu’enmême tems il revête un homme du commun, un simple particulier, d’une abondancede grâce si extraordinaire qu’il soit comme le restaurateur de la Vérité Sc un phare quiremette les errans dans le chemin; enfin, qu’il soit le canal Sc le véhiculé , la base Sc«, la colomne de la vraye Foy, Sc qu’on puisse dire de luy ce qu’un Poète difoit d’un jeune,, Prince qyi fembloit être né pour la gloire de son tems:

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Iïbïïc saïtem everso Juvenem succurrcre sœchNe p'ohibete ( i ).

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En vérité il y auroit de la témérité , de Pimprudence , Sc de Paveuglement à se per-suader de telles illusions. II est bien plus de l’ordre de la providence de Dieu , Sc dufoin que le St. Eiprit prend des fidelles cn gouvernant l’Ëglife par la communicationde ses lumières de laquelle il gratifie les Eieutenans du Fils de Dieu en Terre, que cesoit l’Eglife qui instruise, qui corrige. Sc qui reforme les particuliers Sc les abus qu’ilspourraient laisser couler dans leur conduite, ou qui les guérisse dé leurs erreurs ; quenon pas que les particuliers reforment l’Egliíc Sc la redressent de nouveau. Car com-me il y auroit bien de la folie à soutenir que Dieu dans le dessein de conserver des eauxdu déluge dequoi réparer le genre humain, fit périr tout ce qu’il y avoit dans l’Archede Noé, Sc suscita en même tems un certain homme qui s’étoit sauvé dans quelque ca-verne avec íà Femme, ou qui s’étoit dérobé à la fureur Sc à I’inclemence des eaux dansje ne lai quels azvles inviolables: ainsi c’est bien rever à crédit Sc tout son sou, que deprétendre que le St. Eiprit dans le dessein de conserver toujours comme un peu de le-vain de la Foy contre les ravages des hérétiques Sc des infidelles, a laissé tomber l’Egli-se, qui est son Epouse, dans l’idolatrie, la superstition Sc l’aveuglement; St a tiré déP obscurité d’une cellule, ou d’un coin de Chapelle Luther Sc Calvin , pour propagerla Foi, la restituer dans lès droits, Sc la relever de dessous ses ruines.

,, Encore pourvoit-on penser, quoi que fans apparence de raison ni de vérité, que Dieuvoulut conserver ces deux hommes pour être les propagateurs de l’Evangile dans lacorruption générale que l’on suppose qui avoit envahi toute la face del’Eglise, parcequ’ils s’étoient conservez purs Sc nets de tous ces désordres Sc de toutes ces abomina-tions prétendues ; comme il Conserva Lot Sc Noé , çn récompense de ce qu’ils n’a-voient point trempé dans les vices de leurs siécles. Mais pour avoir une telle pensée,il íaudroit être tout-à-fait ignorant des choses les plus universellement cogneues, puisT o M. I. [d 2 J qu’il

(i) Yìrgtl*Gíorç. Lik.L v % 50® gS®*.