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VIE DE Mr. B A Y L E:
„ tront ces Catholiques forcez par des Millionnaires , qui traitent trop cavalièrement 1686V„ nos saints Mystères. Les gens de guerre font d’étranges Apôtres ; je les crois plus,, propres à tuer, violer & voler, qu’â persuader. Aulìì des Relations, desquelles on ne„ peut douter, nous apprennent qu’ils s’acquittent de leur Mission fort à leur mode. J’av„ pitié des gens qu’on abandonne à leur discrétion: je plains tant de Familles ruinées,
„ tans d’honnêtes gens réduits à saumoné, & je ne puis regarder ce qui se passe aujour-,, d’hui en France, sans en avoir compassion. Je plains ces malheureux d’être nez dans„ Terreur, mais il me semble, qu’ils en font plus dignes de pitié que de haine; & com-,, me je ne voudrois pas pour TEmpire du monde avoir part à leur erreur, je ne voudrois,, pas aussi être cause de leurs malheurs.
„ Je considère aujourd’hui la France comme une malade, à qui on coupe bras Sc jam-,, bes pour la guérir d’un mal, qu’un peu de patience & de douceur auroient entierementj, guéri. Mais je crains fort que ce mal ne s’aigrisse, & qu’il ne se rende enfin incura-„ ble, que ce feu caché sous les cendres ne se rallume un jour plus fort que jamais, Sc„ que l’hérésie masquée ne devienne plus dangereuse. Rien n'est plus louable que le des-,, sein de convertir les Hérétiques, & les infidèles. Mais la maniéré dont on s’y prend,, est fort nouvelle, Sc puis que nôtre Seigneur ne s’eíl pas servi de cette méthode pour,, convertir le monde, elle ne doit pas être la meilleure.
„ J’admire Sc ne comprens pas ce zélé Sc cette Politique qui me passent, Sc je fuis de„ plus ravie de ne les comprendre pas. Croyez-vous que ce soit à présent le tems de con-,, vertir les Huguenots, de les rendre bons Catholiques dans un siécle, où Ton fait des„ attentats si visibles en France contre le respect, Sc la soumission, qui sont dûs à TE-,, glise Romaine, qui est Tunique Sc l’inébranlable fondement de nôtre Religion, puis„ que c’est à Elle à qui nôtre Seigneur a fait cette magnifique promesse, que les portes de„ r Enfer ne prévaudront pas contre elle} Cependant jamais la scandaleuse liberté de TE-„ glise Gallicane n’a été poussée plus près de la Rébellion , qu’elle est à présent. Lez„ dernières propositions signées Sc publiées parle Clergé de France sont telles, qu’elles,, n’ont donné qu’un trop apparent Triomphe à l’hérésie, & je pente que fa surprise doit,, avoir été sans égale, se voyant peu de temps après persécuté par ceux, qui ont sur ce„ point fondamental de nôtre Religion des dogmes Sc des scntnnens si conformes aux„ siens.
„ Voilà les puissantes raisons, qui m’empêchent de me réjouir de cette prétendue ex-„ tirpation de l’hérésie. L’intérest de l’Eglise Romaine m’est sans doute aussi cher que„ ma vie; mais c’est ce même intérest qui me fait voir avec douleur ce qui se passe Sc„ je vous avoue aussi que j’aime assez la France pour plaindre la désolation d’un si beau„ Royaume. Je souhaite de tout mon cœur de me tromper dans mes conjectures, Sc que„ tout se termine à la plus grande gloire de Dieu, & du Roi Vôtre Maître. Je m’assure„ même que vous ne douterez pas de la sincérité de mes vœux, Sc que je fuis. ■
(1} Art. I.des Livresnouveaux ,
p. M. S92.
fa) Art. VI.des Livresnouveaux ,p. m. 726.
Dans cc tneme IVIois (i ) il dite JSÍoîìs avofis été ujfuTB% bouffâ p&vt qub ReineChristine a écrit la Lettre que nous avons inférée cì-dejfus. Et dans celui de Juin (z), ildit encore: On nous confirme de jour en jour ce que nous avons touché dans le dernier mois ,que Christine est le véritable Auteur de la Lettre qu'on lui attribué contre les persécutions deFrance. C’ejl un reste de Protestantisme.
Feu de tçms après. Mr. Bayle reçut la Lettre suivante:
„ Monsieur,
„ Vous ne trouverez pas mauvais j’espere, que Ton vous donne un petit avis qui pourra,, dans la fuite vous être de quelque utilité, comme vous verrez. Vous étés un homme„ d'esprit, Sc ceux qui lisent vos Nouvelles de la République des Lettres , pour peu qu’ils,, s’y connoissent, avouent que vous en avez parfaitement : mais,Monsieur, ne sçauroit-,, on être bel esprit sans offenser les gens, Sc fans s’attirer des affaires? Sc vous qui sçavez,, tant de choses, devriez-vous ignorer le respect qu’on doit aux têtes couronnées ; Sc que„ ce sont des choses sacrées, où Ton ne touche pas fins danger du foudre, Sc du tonner-„ re. Je vous dis ceci au sujet de la Reyne de Suede, de qui vous avez pris la liberté de„ parler bien cavalièrement dans vos Nouvelles,à propos d’une Lettre qu’on a imprimée„ sous son nom. Vous en faites mention en quatre endroits: mais le dernier est assure-„ ment d’un Esprit qui a pris T essor un peu plus loin qu’il ne faloit. ^
,, Quand au Nom illustre de Christine vous auriez du moins ajoute celui de Reyne ,,, vous n’auriez fait que vôtre devoir. Ne m’allez pas dire que les grands Historiens,„ comme vous, traitent ainsi les plus grands Monarques , & qu’ils disent tout court
,, Louis XIV. & Jaques II, en pariant du Roi de France & de celui d’Angleterre. Le„ nombre de quatorze, ôc de deux porte avec soi quelque distinction, & corrige en quel-„ que maniéré la liberté de cette expression. Mais qui diroit par exemple, Louis s'est„ mis en tête de convertir les Proteftans , avec une Mission de dragons: ou, Jaques veut par,, la douceur rétablir , s'il peut , fa Religion dans son Royaume ; ce seroit une maniéré deparler bien ridicule. II ne Test pas moins, Monsieur, de dire comme vous faites dansvôtre dernier mois de Juin page yz 6 . on confirme que Christine est le véritable auteur Lee,” en parlant d’une des plus illustres Reynes qu’il y ait eu, & qu’il y aura peut-être jamaisdans le monde. II falloit assurément accompagner ce Nom de quelque titre, non feu-„ lement par le respect que vous devez à une si grande Princesse en parlant de fa Majesté;„ mais même selon le Stile des gens qui sc piquent de bien écrire.
„ Mais cc n’est pas encore ce qu’il y a de plus défectueux dans cet endroit de vos„ Nouvelles. Ce sont, Monsieur, deux ou trois mots avec lesquels vous finissez cet ar-„ ticle. C'est un reste , dites-vous, de Protestantisme . Vous vous seriez bien passé de dire,, cela. La passion de faire le bel esprit vous a emporté; mais vous vous étés trompé,„ il n’y a point d’efprit là dedans, il n’y a que de l’insolence. On ne parle point ainsi„ d’une Reyne qui fait profession, avec tant de zele & de bon exemple, d’une Religion
contraire