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Tome premier. A - B.
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XXXIX
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VIE DE Mr. B A Y L E.

XXXIX

j t6%6. „ contraire â celle des Protestans, qui a tout sacrifié pour elle, 6 c dont toutes les actions

„ dementent ce que vous dites, qu’il y ait en fa Majesté aucun r c fie de vôtre Religion.„ II ne faut pour s’en convaincre que lire cette même Lettre dont vous parlez dans vos„ Nouvelles, il ne faudroit qu’en lire plusieurs autres qu’elle a encore écrites fur le mê-,, me sujet. Elle n’est point Catholique à la maniéré de France: elle Test à la maniéré,, de Rome, c’est à dire, de St. Pierre Lc de St. Paul. C’est pourquoi elle est contre„ ces Persécutions , parce qu’effectivement cette maniéré de convertir les hérétiques ,„ n’est pas originaire des Apôtres.

„ Au reste tout ce que je vous dis ici est de mon chef, 6 c parce que mon devoir m’o-„ blige de vous le dire, étant un des serviteurs de la Reyne. Que s’il arrive que fa Ma-„ jesté vienne à lire vos Nouvelles , je ne sai pas ce qu’elle dira, ni ce qu’elle fera; mais,„ Monsieur, croyez-moi, de quelque protection dont vous vous vantiez auprès des Ma-„ gistrats de la Ville de Rotterdam, cela ne vous fauveroit pas du ressentiment d’une si,, grande Princesse, si elle l’avoit entrepris. Et Messeurs les Magistrats de Rotterdam font,, trop justes 6 c trop raisonnables pour vouloir vous protéger dans une pareille occasion.

„ Sa Majesté ne désavoué pas la Lettre qu’on a imprimée fous son nom, 6 c que vous„ rapportez dans vos Nouvelles. II n’y a que le mot àejefuis à la fin, qui n’est pas d’elle.„ Un homme d’esprit, comme vous, devoir bien avoir fait cette réflexion, 6 c l’avoir„ corrigé. Une Reyne comme elle ne peut se servir de ce terme qu’avec très peu de per-„ sonnes, 6 c Mr. de Terlon n’est pas de ce nombre. Cette feule circonstance vérifié as-„ fez que ce n’est pas la Reyne qui s’est avisée de faire imprimer cette Lettre, comme,, tout le monde sçait, Si vous en voulez faire mention dans vos Nouvelles , vous le pou-,, vez; mais point de plaisanterie là dessus, comme vous avez fait dans le mois d’Avril„ page 471 : profitez seulement de l’avis, 6 c croyez qu’en cela je fuis véritablement,

„ Monsieur,

„ V ôtre très humble serviteur.

„ P.S. Si jc ne mets pas ici mon nom, c’est seulement parce que cela n’est pas neces-,, faire, 6 c que ma Lettre n’a pas besoin de réponse. Quand il sera tems de me faire con-„ noitre à vous je le ferai: mais c’est à vous de vous corriger, si vous le trouvez à propos”.

Re-a dit

Mr. Bayle se justifia dans un Article des Nouvelles du Mois d’Aôut ( 1 ) intitulé,flexions de f Auteur de ces Nouvelles fur une Lettre qui lui a été ecrite touchant ce qu’il 1de la Reyne de Suede. Voici fa Réponse:

„ Celui qui a écrit cette Lettre ne 1 e nomme point, Lc ne marque ni le tems ni le lieuoù il l’a écrit. 11 marque seulement que tout ce qu'il me dit est de son chef , ÔC que sondevoir l’y oblige étant un des Serviteurs de la Reine. Volons de quoi il se plaint, 6 cpuis qu’il s’agit d’une Tête Couronnée ne croyons pas que l’aigreur 6 c la colère qu’iltémoigné soit une raison de ne lui pas justifier nôtre conduite bien tranquillement.

,, II se plaint en r lieu de ce qu 'au nom Illuflre de Chriíline je n'ai sas ajouté du moinscelui de Reine dans mon dernier mois de Juin p. jz6. Mais je fuis fort assuré que les gensun peu raisonnables ne penseront point que ce soit avoir manqué de respect à cettegrande Princesse. Elle a rendu son nom si fameux,que mon expression en cet endroit

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là ne doit point passer pour équivoque. Nommer les gens par leur nom sens y ajouterquelque titre est pour l’ordinaire une marque ou de mépris, ou de familiarité, mais cen’est pas une régie générale, car il y a des personnes dont le nom seul réveille toutes„ les idées de leur grande élévation, Lc alors il est indiffèrent de leur donner leurs princi-,, paux titres, ou de les passer sous silence. On ne gâte rien en les leur donnant, c’est,, une fuperfluité tout au plus qui ne nuit point. Si on les supprime on ne gâte rien non„ plus; c’est une omission fans conséquence. Les Têtes Couronnées font de ce nombre„ de personnes, Lc de là vient qu’on dit plus souvent dans la conversation Lc dans l’Hi-„ stoire, François f Charles- jjuint , Henri IV \Philippe II , que le Roi François /, l'Empe-„ reur Charles-Quint , &c. On suppose que le rang où Dieu a élevé ces Princes ne souf-fre pas que le lecteur interprète pour une incivilité la suppression de leurs qualitez,ainsi on va au plus court fans scrupule. Je sçai bien, comme le remarque l’Auteur dela lettre, que le nombre de premier , ajoûté au nom de François , porte avec soi quelquedistinction ; mais cela même fait voir qu’en cas que le seul nom de François renfermâtune distinction , il ne seroit pas nécessaire d’ajoûter le nombre premier. C’est ainsiqu’òn dit tous les jours qu’ Alexandre a été disciple d’Aristote, que Soliman s’est saisi dela Hongrie. On n’a que faire ni de dire que le premier étoit Roi de Macedoine, Lcque le second a été Sultan, ni d’ajoûter le nombre ordinal qui leur convient. NosEcrivains les plus exacts diroient fans scrupule, Constantin , Fheodofe , Justinien font lesvéritables Auteurs d,'une telle Loi. Veut-on un exemple domestique? Qui est-ce qui n’apoint dit ou écrit soit durant la vie du Roi de Suede Gustave Adolphe, soit après famort, Gustave a fait ceci ou cela? Lc d’où vient qu’il n’est pas nécessaire en parlant delui d’ajoûter le titre de Roi, ni le nombre ordinal qui lui convient dans la fuite desRois de Suede? c’est parce qu’il a rendu si fameux le nom de Gustave , qu’il se distin-gue suffisamment par ce seul nom. Nous voilà dans le cas. La Reine de Suede fa fillea donné un tel éclat au nom de Christine qu’il suffit de lui donner ce nom-là pour ré-veiller toutes les idées de fa Royauté, de ses qualitez, Lc de ses actions. Comme doncce n’est point manquer de respect pour le pere, que de lc nommer simplement Gustave ,ce n’est point en manquer pour 1a fille, que de la nommer simplement Christine maisau contraire c’est vouloir insinuer qu’ils méritent leur nom par excellence, Lc qu’il en-ferme lui seul tout leur éloge. •

,, La z. plainte roule fur ce que j’ai dit que la Lettre de cette Reine contre les persé-cutions de France est un reste de Protestantisme. On se plaint de cela fort violemment.Mais c’est qu’on n’a pas compris 1a force de ces-paroles. On s’est imaginé que j’ai vou-lu dire que cette Princesse n’avoit pas abjuré sincèrement la Religion Protestante, 6c

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