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Tome premier. A - B.
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XLVI
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VIE DE Mr. B A Y L E.

Livre intitulé, Réponse aux Plaintes des Proteflans touchant la prétendue Persécution de I( jFrance. Où l'on expose le sentiment de Calvin , V de tous les plus célébrés Ministres , furles peines dâës aux Hérétiques. II prétendoit que les Reformez se pkignoîent injustementdes rigueurs exercées contr’eux, puisqu’on auroit dû les traiter beaucoup plus rigoureu-sement, û on avoit suivi les Loix des premiers Empereurs Chrétiens, & les maximes desRéformateurs qui enseignent qu’on doit faire mourir les Hérétiques. II leur rcprochoitaussi d’avoír pris les armes pour la défense de leur Religion, & il accusent les Protestansen général d’être pontez à l’independance, Sc ennemis du pouvoir monarchique. La Ré-ponse d’un Nouveau Converti, qui sert d’Addition à cet Ouvrage , est datée de Paris lezo de Decembre; Sc la Lettre d'un Réfugié est datée d’Amsterdam le 6. du même mois.

Le Réfugié, qui s’étoit retiré en Hollande après une longue prison, rapelle au NouveauConverti les disputes qu’ils avoient eues, particulièrement fur le brûlement de Servet, &fur la prise d’armes des Reformez. II dit que son Ami le renvoyoit toujours au Livredu Pere de Sainte Marthe ; Sc il ajoute qu’au lieu de s’engager dans la discussion de tousces faits, „ il aime mieux employer son tems à l'Oraison & à la Méditation des excel-„ lentes promesses que Dieu failbit aux Reformez dans l’Apocalypfe ” : mais que depuision arrivée en Hollande il avoit eu occasion de consulter les plus habiles du parti qui luiavoient donné ces quatre Réponses au sujet de Servet : i. ,, Qu’au pis aller ce n’eít tout„ au plus qu’une faute personnelle, le parti n’ayant point trempé à ce procez. z. Que„ s’il y a eu quelques Doéteurs qui ayent écrit autrefois'pour la justification de ces fortes„ de procédures, ils n’ont pas fait des disciples, & qu’il y a long tems qu’on est guéri„ parmi les Reformez de ces scntimens violons. 3 . Que la Doctrine que quelques-uns peu-„ vent avoir euë fur cette matière, regardoit un si petit nombre d’Hérétiques, qu’eilc„ ne doit pas servir de sujet de récrimination à des gens dont les cruautez font si généra-„ les. 4. Enfin que la pratique des Reformez les justifie assez, puis que depuis Servet il„ ne fe trouve pas que-l’on ait puni des Sociniens parmi eux, & que jamais on n’a étendu„ cette Théorie de Calvin fur les Papistes”. Pour ce qui regarde la prise d’armes desSujets opprimez pour cause de Religion, il dit que des gens très-habiles Sc très-pieux l’oncassuré qu’elle étoit licite lorsque les Sujets n’avoient pour but que de se procurer la liber-té de suivre les lumières de leur conscience, prêts en toute autre chose à doftner des mar-ques de leur fidélité à leur Souverain ; qu’ainsi les Reformez 11e dévoient pas avoir hontede ce que leurs Peres avoient pû dire & faire à cet égard. II lui envoye les deux dernie-res Lettres Pastorales de Mr. Jurieu, ôt l’exhorte à rentrer dans l’Eglisc Protestante. Vous„ ne sauriez mieux prendre vôtre tems, dit-il, pour vous retirer du milieu de la Babylon„ spirituelle. Vous pourriez bien vous y perdre pour le tems aussi bien que pour Pètèr-„ nité, & les grands fuccez dont Dieu a déja favorisé la faincte & héroïque expédition„ du plus accompli Prince, qui soit aujourd’hui fur la terre, nous font voir que le tems„ est enfin venu où 1 a vraye Eglise doit jouir d’une florissante prospérité. Vous m’en-„ tendez, vous savez que je ne veux pas seulement dire que tout va mal en Angleterre, pour vous, mais aussi que Dieu a frapé vos Roy s Sc le Pape plus que tous les autres duplus grand étourdissement qui se soit veu, Sc le plus fécond en beveuës .

Le Nouveau Converti commence fa Réponse par la critique d’une des Pastorales 5 Scensuite il examine les quatre Réponses qu’on avoit fournies au Réfugié touchant Servet.

II les réduit à ces quatre Questions : 1.,, Si le fuplice de Servet vint de la mauvaise humeur„ de quelque particulier, ou s’il fut communément aprouvé par les Protestans. z. Si les„ Protestans d’aujourd'hui ont d’autres pensées que ceux du Siecle précédent fur le fu-„ plice des hérétiques. 3. Si la Doctrine des Réformateurs fur la peine dés hérétiques,

„ se peut justifier en disant qu’elle ne regardoit qu’un petit nombre d’hérétiques, en„ comparaison du grand nombre d’errans ; que les Docteurs Catholiques estimoient pu-„ nissables. 4. Si la pratique des Calvinistes à l’égard de la peine des hérétiques, peut„ justifier les dogmes de leurs Théologiens là dessus”. Le Nouveau Converti prend lanégative fur toutes ces Questions ; & en réfutant la seconde, il réfuté en même tems ceque Mr. Baylc dans fa Critique Generale & Mr. Jurieu dans ion Jpologie de la Reformationsavoient répondu à Mr. Maimbourg fur le sujet de Servet j- & ce que Mr. Jurieu dans sesPastorales , Sc Mr. Rou dans fa Seduclion éludée avoient répondu fur le même sujet à Mr.l’Evêque de M eaux. Jusques ici il garde beaucoup de modération ; mais il attaque vio-lemment les Protestans dans la fuite de cet Ecrit intitulée, Réflexions fur les guerres civilesdes Protestans , & la prefente invasion de /’ Angleterre. II dit que la Révolution d’Angic-terre ne l’a point surpris, parce qu’il sent dequoi est capable une Religion accoutumée àporter les peuples à la révolté. II ajoute que cet évenement est une apologie de la con-duite des Princes qui ont purgé leur Royaume d’une telle Secte; Sc que la promptitudede ce changement, dont les Protestans s’applaudissent, est un témoignage que la crainted’être opprimé par les Catholiques n’a point été le ressert de cette affaire; qu’on n’a dé-trôné le Roi Jaques que parce qu’il n’avoit pas voulu épouser les passions des ennemis dela France, jaloux de fa prospérité, mais que toutes les ligues formées contre Louis XIVne faisoient qu’augmcnter fa gloire, & agrandir par tout l’idée de son pouvoir formidable.

II soutient que les Princes Catholiques ont donné dc plus grands exemples de toléranceque les Protestans. II insulte à tout le corps des Réfugiez fur les hautes espérances dequelques-uns qu’il reprefente attendant, comme les Juiís , un Messie qui subjugueroitles Rois Papistes, & iroit faire son entrée triomphante dans Rome. II trouve qu’il y ade la vanité aux François Reformez à regarder leur parti en France comme s’il étoit tout1 c parti Protestant, & la ruine dc leurs Temples comme celle de toute la Religion Pro-testante. 11 ses accuse de se repaitre de visions, de songes, & d’explications chimériquesde l’Apocalypse ? comme si l’Edit de Nantes avoit été le but & l’objet principal des G-racles du St. Esprit dans ce livre sacré. Enfin , il les accuse d’être animez de Vespritde Rébellion & de satyre , Sc atteints d’une maladie inveterée & incurable de Je soulever dé uncôté contre leurs légitimés Souverains & de ì'autre de remplir toute la terre clés plus infâmes ca-lomnies qui fe puisent imaginer. A la tête de ce petit Livre, il y a un Avis du Libraire dé

Hollandes