Vie de Mr. b a y l e.
L?
„ accident aux Protestans meímes , parce que cela contribueroit à séparer la ligue 8c â„ faire faire la paix”. Et à T égard du Projet de Paix , après savoir reprefenté commeun Ecrit concerté avec la Cour de France , 8c capable de désunir les Alliez , il dit quecet Ouvrage est plein de visions 13 qu’il faudroit être Visionnaire pour s'amuser à les réfu-ter (i). Mais ces réflexions qui auroient pu ouvrir les yeux à une personne désintéres-sée, ne firent aucune impression sur Mr. Jurieu: il ne cherchoit pas à disculper Air. Bay-le , mais à le trouver coupable. II s’en prit aussi à Mr. de Bauval. II l'accusa d’avoirsupposé la Lettre qu'il avoit insérée dans son Journal, où l’on di foi t que Y Avis aux Réfu-giez se réimprimoit a Paris (z). Mais comme les premières feuilles de cette nouvelleédition avoient été vues en Hollande, il prétendit que c’étoit un artifice dont on s’étoitavisé pour se mettre à l’abri des soupçons ; & que le Privilège du Roi, qui fe trouvoitdans la premiere feuille, étoit faux.
Son Ecrit contre Y Avis aux Réfugiez parut sous ce titre : Examen d'un Libelle contre laReligion , contre VEtat , (3 contre la Révolution d'Angleterre : intitulé Avis important auxRéfugiez fur leur prochain retour en France (3). Cet Ecrit, comme on l’a déja dit, étoitprecedé de Y Avis important au Public.
Mr. Bayle n’eut pas plutôt lû cet Avis au Public , qu’il „ alla dire à Mr. le Grand Bail-„ lis de Rotterdam, que si son Accusateur vouloir entrer en prison avec lui, 8c subir la„ peine qui lui scroit due, fi lui Mr. Bayle n’étoit pas coupable -, il étoit tout prêt à y„ entrer (4). II avertit aussi deux des principaux Magistrats de Rotterdam, 8c deux ou„ trois autres personnes de la Haye également illustres par leur mérité ëc par leurs em~,, plois, des accusations qui lui étoient intentées par Mr. Jurieu; ëc qu’il ne demandoit à,, P Etat que la justice de n'être pas condamné fans être entendu ( f ) ”. Peut-être auroit-il bien fait de s’en tenir là. Mr. Jurieu 11'auroit jamais osé comparoitre contre lui devantles Magistrats. 11 n’avoit aucune preuve juridique à alléguer: on sc scroit moqué de sesprésomptions, 8c il auroit été déclaré calomniateur. Mais comme il avoit dénoncé pu-bliquement Mr. Bayle comme Chef d’une Cabale qui conspiroit contre l’Etat, Air. Bay-le crut qu’il devoir se justifier par la même voie. 11 intitula sa Réponse , la Cabale Chi-mérique : ou Réfutation de V Histoire fabuleuse q f on vient de publier malicieusement touchantun certain Projet de paix , dans l'Examen d'un Libelle (3c. intitulé Avis important aux Ré-fugiez fur leur prochain retour en France . A Rotterdam chez Reinier Lcers MDCXCI.
J n iz.
Air. Bayle y raconta d’abord ce qu’il avoit fait au sujet du Projet de'Paix ; & dit ceque nous avons déja rapporté. II marqua toutes les faussietez que Air. Jurieu avoit avan-cées dans fa narration, 8c tous les égaremens où il s’étoit jetté. A l’égard de Y Avis auxRéfugiez , qui saifoit le second chef de l’acrusatidn , il avoit d’abord résolu de traiter cesujet dans un Ouvrage à part ; mais ayant considéré que cet Ouvrage pourroit grossirfous fa plume, 8c ne paraître pas si tôt, il jugea à propos de donner en attendant u nPre-lude de Réponse. II convint avec Mr. Jurieu que Y Avis aux Réfugiez ctoit l’Ouvrage d’unProtestant : mais il s'engagea à faire voir par tout ce que la probabilité a de plus fort,qu’il faloít que ce Livre eût été composé en France. Ainsi, il réfuta toutes les supposi-tions que Mr. Jurieu avoit faites pour montrer qu’il avoit été écrit en Hollande , & quesi l’Auteur étoit à Paris il se montrerait. 11 si t voir la différence qu’il y avoit entre lamaniéré d’écrire de cet Auteur 8c la sienne. II réfuta les caractères par lesquels Air. Ju-rieu avoit prétendu designer l’Auteur de Y Avis, pour en conclure que c’étoit Mr. Bayle.II fit voir le ridicule de ses remarques & de ses chicanes fur la nouvelle Edition de cet Ou-vrage qu’on faifoit à Paris. II montra que les Présomptions de Mr. Jurieu ne Tautori-soient point à le dénoncer publiquement comme traître, impie, criminel de leze-majestédivine Sc humaine j & prouva que pour le rendre coupable iî avoit employé la fourberie,la mauvaise foi , & la plus noire malice. II fit voir que les Caractères que Mr. Jurieu
donnoit à l’Auteur de Y Avis , formoient des présomptions que Air. Bayle n’en étoit pasl’Auteur , incomparablement plus fortes que tout cc qu’il avoit allégué pour prouverqu’il Pétoit. Enfin, il récapitula les Accusations de Mr. Jurieu, & les réduisit a vingt-cinq Articles, dont le dix-buitiéme étoit „(6) que Mr. Bayle ne faifoit pas quasi myíte-„ re de son Athéisme -, qu’il n’édisioit le public par aucune action de Religion 5 qu’il,, étoit sans Religion, & fans amour pour Dieu , de forte que fa premiere Divinité s’a-„ pelloit Louis XIV. Voila, ajoutoit Mr. Bayle, dix-huit articles dont on est bien„ sûr que mon Adversaire ne se tirera jamais. Le dernier seul l’occuperoit toute fa vie,„ fans qu’il y pût trouver que matière de confusion. Je l’attends là avec beaucoup d’im-„ patience. C’est un point si capital , qu’il y faut vaincre ou crever. 11 faut qu’il le„ prouve ou par mes Ecrits, ou par des témoins dignes de foy , ou en avérant par des„ signes non équivoques , que Dieu lui a tellement conféré le don de Prophétie, qu’il„ voit dans le cœur des gens tout ce qui s’y passe. . . . La passion l'a tellement aveuglé,„ qu’il n’a pû s’apercevoir que si fa cause eût été bonne , il l'auroit gâtée lui-même par„ le grand nombçj de faits dont il l’a chargée. Car quand il réussirait fur tous les autres,, articles, échouant fur le dernier , pourroit-il justement éviter la corde? L’A théisme„ n’est-il pas puni par tout du dernier soplice ? Et un Accusateur ne doit-il pas subir la,, mémo peine, lorsqu’il sc trouve convaincu dc faux témoignage, que P Accusé auroit„ subie, s’il eût été convaincu ? .... Je le repete encore, un Accusateur qui s’embar-„ rafle si étourdiment 8c si follement, excite plûtôt la compassion que la colere. Qui ne„ rirait de voir un Ministre engagé à prouver qu’un homme qui de notoriété publique,, communie quatre fois Pan, 8c aflîste assez souvent aux prières publiques, 8c à la meil-„ leure partie du Sermon, ne fait aucune aïïion de Religion? Je lui montrerai que ma pre-,, tendue impiété.nc consiste qu’en ce que je n’ai pas voulu aplaudir à ses faux miracles,,, 3 les faux Prophètes, à ses prétendues révélations ; 8c je ne me ferai jamais une honte,, d’avoir contribué à soutenir mes confrères les Réfugiez fur le bord du fanatisme, 8c à„ savoir empêché luy-même indirectement de pousser plus loin ses chimères (7)”.
Comme ce n’étoit point ici une de ces disputes qui s’élevent entre les gens de Lettres
fur
fl)'Ib. p,'80.
(î) Voyeïci cìeliusp. Ll,
f}) A laHaye cheïAbrahamTroyel1691 , iu 12,
(4) CabaleChimérique ,P. ïo8 , I09,de la 2.édition.C’eft cdíeque je citedans cesMémoires*
(0 ibid.x. 2 sî.
(S) Ibíd. p.3 Î 4 Sc íaiïj
( 7 ) laid,f. 338,