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(0 Tiré
d’un Mé-moire deMr. Bai'na-ge.
(i) FU?e deMr, Buy le.
{}) Lettredu t deMats : 6 >' 4 ,P- 5 ->l-
« 4 '- VoyezY Arricie«'iUISCARD,Rrm. C.
(>) Pieftu-me cxxxls,-.ri > ii.
( 6 ) Evan-gile (donSr. Mat-tiiicu,Chap. V.y. 44-
VIE DE' Mr. B A Y L E.
tres Flamands à agir cn fa faveur contre Mr. Bayle, mais leurs sollicitations n'eurcnt au- 169cun effet. La Regence de Rotterdam avoit été changée en 1691 par ordre du Roi Guil-laume, qui déposa sept Magistrats protecteurs de Mr. Bayle. Ceperdant ceux cu: ' leursuccédèrent n’avoient d’abord aucune mauvaise intention contre lui : ils déclarèrent cu’ilsvouloient rendre justice, & promirent d’entendre ses raisons en cas de besoin. Mais lessécrétés menées de la France firent ressouvenir le Roi Guillaume du Projet de Paix dontMr. Jurieu avoit fait tant de bruit: & comme on avoit procuré la Paix de Nimcgue parde semblables Ecrits iéiuez à Amsterdam & ailleurs,ìi crut qu’on vouloir se servir des mê-mes voies à Rotterdam. Cc grand Prince qui n’avoit pas le tems d’examiner ce Projetridicule, s’alarma fur l’idée de la Paix, & s’imagina qu’il y avoit, comme le disoit Mr.
Jurieu, une Cabale pour la faire conclure, dont Mr. Bayle étoit ìe chef connu. II or-donna aux Magistrats de Rotterdam de lui ôter ft Charge de Professeur & fa pension ; &cet ordre fut exécuté, fans qu’on l’eût appelle ni entendu malgré les promesses qu’on luiavoit faites du contraire. II est très-certain que Y Avis aux Réfugiez, n’y entra pour rien.
Le Roi Guillaume ne poussoir pas l’attention pour les Réfugiez jusques à s’embarasserdes plaintes qu’ils pouvoient faire contre ce Livre. Mais le Projet de Paix l’inquiétoit5il en craignoit les suites (1). Les Magistrats de Rotterdam, quoique mieux au fait de ceProjet cínmerique, obéirent aux ordres du Prince, dont ils croient les créatures: cepen-dant il semble qu’ils eurent honte de leur conduite, puisqu’ils en cachèrent la cause à Mr.
Bayle. II paroit même que ceux qui étoient du secret donnèrent le change à ceux quin’en étoient pas, & leur firent accroire qu’il s’agissoit du Livre fur les Comètes.
Mr. de Bauval rend ce témoignage à Mr. Bayle (z), „ qu’il reçut fa disgrâce avec„ une fermeté philosophique, & même avec trop d’indifference,} fur tout fans chagrin,, par rapport à fa fortune. II ne fe foucioit nullement d’amasser du bien, parce qu’en„ ester il n’en avoit pas besoin. Sa tempérance & fa sobriété supléoient à tout, de forte„ qu’avcc peu, il ne mnnquoit de rien. II n’étoit pourtant pas dans l’indigence -, bien,, lom de là. Aufíi ne fe donna-t-il aucun mouvement pour fe procurer un autre emploi.
„ II fe trouva plus libre & plus à lui-même, étant déchargé ae l’ennuyeufe occupation„ (.renseigner Sc de faire des leçons”. Mr. Bayle s’explique ainsi lui-même, dans une deics Lettres -a Mr. Minutoli, qui lui avoir témoigné la part qu’il prenoit à fa disgrâce.
„ fe l’ai reçue, dit-il ( Z ), comme doit faire un Philosophe Chrétien, & je continue,
Dieu merci, à posseder mon amc dans une grande tranquilité. La douceur & le repos„ dans les études où je me fuis engagé & où je me plais, feront cause que je me tiendrai„ uans cette Ville, si on m’y laisse, pour le moins jusqu’à ce que mon Dictionaire soit„ aches é d’itnpnmer : car ma présence est tout à tait nécessaire au lieu où ìl s’imprime.
„ Du reste n’étant ni amateur du bien, ni des honneurs, je me soucierai peu d’avoir des„ Vocations j Sc je n’en accepterois pas quand bien même on m’en adresseroit. Je n’aime„ point assez les conflicts, les Cabales, les Entre-mangeries Professorales , qui règnent dans„ toutes nos Académies. Canam mibì if Mufis”. E11 effet, il fut si charmé de cette si-tuation tranquile Sc indépendante, qu’il refusa des offres très-avantageufes, Sc ne voulutpas même fe prévaloir de la liberté que la Régence vouloit lui accorder d’instruire les en-fuis des Conseillers qui le fouhaitoient avec passion. Mr. Bafnage le sollicita plusieursfois de leur donner cette satisfaction, mais ses sollicitations furent inutiles. Mr. le Comtedc Guiicard, qui avoit voulu l’avoir pour ami à Sedan, le pria de fe charger de l’éduca-tion de son fils (4). 11 lui ofrit mille écus d’appointemens, Sc l’assura qu’il avoit pris des
mesures à la Cour pour le faire jouir d’une pleine liberté de conscience: mais Mr. Bayles’excufa fur la nécessité où il se trouvoit d’achever son Dictionaire , que l’on imprimentactuellement.
La conduite de Mr. Jurieu faifoit assez voir qu’il fe croyoit en droit de haïr ses ennemis \6s>x.Sc de les persécuter. Mais il disoit que fis ennemis étoient les ennemis de Dieu 5 & il décla-roit solemnellement qu’il faifoit profession de fouler aux pieds toutes les considérations hu-maines ^ & de n'avoir aucun égard aux liaisons if aux amitìez du monde lorsqu'il y alloitde la gloire de Dieu. II se revêtoit ainsi du caractère de défenseur de la cause de Dieu,pour pouvoir traiter indignement tous ceux qui avoient eu,le malheur de lui déplaire: Scquoique rien ne soit plus opposé aux maximes de l’Evangile que la haine du prochain, iln’eut pas honte de la prêcher dans deux Sermons: Pun, fur ces paroles de David, n'aurois-je point en haine ceux qui le haïssent ? je les h ai d'une parfaite haine (f) : Sc l’autre, furcelles de Jefus-Chrilt, aimez vos ennemis , if benïjj'ez ceux qui vous maudissent (6). Toutle monde fut surpris de voir enseigner dans la chaire une Morale si scandaleuse. Mr. Bay-le la dénonça dans une feuille volante , intitulée , Nouvelle Hérésie dans la Morale , tou-chant la haine du Prochain , prêchée par Mr. Jurieu dans l Eglise Wallonne de Rotterdam ,les Dimanches Z4 de Janvier , if 21 de Fevrier 1694. Dénoncée à toutes les Eglises Re-formées , if nommément aux Eglises Françaises recueillies dans les différens endroits de leurexil. II y exposa d’abord la doctrine que Mr. Jurieu avoit prêchée fur l’Amour du Pro-chain. ,, On ne vous dira point en détail, dit-il, toutes les maximes Sc toutes les pro-positions pernicieuses que l’on a extraites de ces deux derniers Sermons, on sc contentera' de vous dénoncer en général que fa doctrine revient à ceci. I. Que les fentimens dehaine, d’mdignation Sc de colere sont permis, bons ôc louables contre les ennemis deDieu; c’est à dire, comme il l’a expliqué lui-même, contre les Sociniens, Sc les au-” tres Hérétiques de Hollande, contre les superstitieux, les Idolâtres, &c. II. Que l’on” doit témoigner ces fentimens de haine Sc d’indignation en rompant toute société avec„ ces gens-là, en ne les saluant point, en ne mangeant point avec eux, Scc. III. Que„ ce nsest point seulement les hérésies & les mauvaises qualitez de ces gens-là qu’il faut„ haïr, mais qu’il faut haïr leur personne Sc la detester. Une des objections qu’il s’est„ faites, & qu’il a rejettées avec des airs les plus dédaigneux,est celle qui porte qu’il faut„ faire la guerre à l’erreur Sc au vice, Sc avoir néanmoins de la charité pour la personne„ du pécheur”. Mr. Bayle marqua ensuite les fausses interprétations que ce Ministre.avoit données à PEcriture pour l’amener à son sens; les conséquences pernicieuses que cet-te
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