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Tome premier. A - B.
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LXIX
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VIE DE Mr. B A Y L E.

LX1X

»6§z.

ou à rétracter ses erreurs. Cela, mon cher Cousin, doit diminuer vos regrets de n’ê-tre point sorti de France. Vous ferez cent fois meilleur Reformé si vous ne voiez no-tre Religion qu’où elle est persécutée : vous seriez scandalizé si vous la voyiez où elledomine. Venons à la Cause de ma disgrâce.

„ Vous devez savoir que le Gouvernement Républicain a cela de propre, que chaqueVille ou chaque Bourg est composé de deux ou plusieurs factions. En Hollande il ya par-tout deux partis: l'un est très-foible en crédit, mais composé de gens de bien 8cd’honneur; l’autre domine fierement, & abuse presque toujours de fa fortune. J’avoisen venant ici mes Patrons, mes bien faicteurs , ceux qui m’accueilloient civilement,da ns le parti foible, qui n’étoit pas alors si foible: j’ai toujours cultivé leur Amitié, 8cne me fuis point accommodé aux maximes des Courtisans. Je n’ai point cherché àm’insinuer dans l’esprit de ceux de l’autre parti, qui s’élévoient de jour en jour; celam’eût paru d’une ame lâche 6c venale. Ainsi une bourralque étant lurvenuë dans cetteVille il y a plus d’un an, qui renversa une partie de nos Magistrats, à la place defquelson en substitua d’autres de ce parti tout puissant, la balance n’a pû être égale; & pourmontrer ce qu’on, pouvoit faire contre ceux qui ne rampent pas devant ces nouveauxvenus 8c qui persistent dans leurs liaisons avec leurs anciens amis, on m’a cassé aux ga-ges. Et comme le prétexté étoit de prétendues doctrines dangereuses à la jeunesse, ila fallu qu’on ait joint la défense d’enseigner en particulier, à celle d'enseigner en pu-blic. Par là on à bouché les deux sources de ma subsistance. Je n’ai jamais eu un foude mon patrimoine, jamais eu l’humeur d’amasser du bien, jamais été en état de fairedes épargnes. Je me fondois fur ma pension que je croyois devoir durer autant que mavie: mais je vois à cette heure qu’il n’y a rien de ferme en ce monde. Vous pouvezjuger que j’avois de grandes raisons de m’inquieter pour l’avenir dans un pays où il faitcher vivre. Mais par la grâce de Dieu, je n’ai encore senti nulle inquiétude, mais uneparfaite résignation aux ordres d’enhaut.

„ Vous feriez surpris, si je finissois fans vous parler du Ministre François qui a écritcontre moi tant de Libelles Sc tant de Calomnies. Je vous dirai que toutes ces Calom-nies font tombées par terre, & qu’il n’y a eu que le Livre des Comètes, imprimé il ya près de douze ans, qui ait été mis enjeu. Ce font d’ailleurs quelques Ministres Hol-landois qui ont fait les poursuites contre moi clandestinement. Ces Ministres m’envouloient de longue main, parce qu’ils haïssent les Amis 8c les Patrons que j’ai eu d’a-bord en cette Ville; & qu’entêtez d’Aristote, qu’ils n’entendent pas, ils ne peuventouïr parler de Des Cartes fans frémir de colere”.

Mr. Bayle n’étoit pas bien instruit du sujet de fa Disgrâce : c’étoit un secret qu’on n’a-voit pas voulu lui reveler. Certaines circonstances dépendantes de la situation des affairespubliques en furent la véritable cause. La France victorieuse de tous cotez, commençoità 1e lasser de la guerre. Les grands efforts qu’elle avoit faits pour sc rendre fuperieure àses ennemis, l’avoient épuisée d’hommes 8c d’argent. La Paix lui auroit été avantageuseà tous égards. Elle l’avoit faite proposer en 1691 à l’Empereur, au Roi d’Espagne, 5cauDuc deSavoye par le Pape 6c par quelques Princes neutres: mais on n’avoit point écou-té ses propositions. Se voyant rebutée de ce côté-là, elle voulut sonder les ProvincesUnies, 6c se servit de Mr. Amelotc, son Ambassadeur en Suisse, pour faire connoitre sesintentions à quelques personnes qui étoient en crédit. Elle promettoit aux Etats une for-te barrière pour couvrir leur pays, une pleine 6c entiere liberté pour le Commerce, 8ctous les autres avantages qu’ils pourroient desirer. Mr. Halewyn , Bourguemestre deDort, fut séduit par de si grandes promesses, 6c entra dans une efpece de négociation avecMr. Amelote à l’insçu de l’Etat. Le Roi Guillaume en fut informé, & on arrêta Mr.Halewyn avec son frere qu’on regardoit comme son complice. Mr. Bayle en parle dans

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Mr. Minutoli. „ On n’a su au vrai, dit-il (i), ce que c’étoit quel’affaire de ces Messieurs, que par la sentence des Juges; car pendant l’instruction du

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secret a été grand. On a trouvé que Mr. Halewyn le Conseiller, n’a étémais son frere, Bourguemestre de Dort, a été trouvé coupable d’avoireu commerce avec Mr. Amelote, Ambassadeur de France en Suisse, pour negocier lapaix en ce Pays-ci. II a avoué cela, 6c prétendu que c’étoit le devoir de tout bon pa-triote, de travailler à la cessation d’une guerre si ruineuse; qu’il n’étoit point le seulqui eût écouté les propositions de la France; 6c qu’il avoit fait part de tout ce qu’il ensavoit à celui à qui d’autres avoient fait ces propositions. Quoi qu’il en soit, il a été„ condamné à une prison perpétuelle, 6c à la confiscation de ses biens. On n’a pas im-„ primé dans la sentence toutes les réponses 6c justifications qui avoient été inférées dans„ la minute de la sentence; Lc l’on est communément persuadé, qu’il ne prétendoit pas„ trahir ce Pays, 6c qu’il étoit aussi affectionné au bien de la République, que ceux qui„ ne veulent point la paix: la difference des uns aux autres ne consistant, qu’en ce que„ les uns croient que la continuation de la guerre est avantageuse; 6c les autres qu’elle est„ désavantageuse. Mais malheureusement pour lui, le commerce avec l’ennemi, 8c la„ hardiesse de se mêler, sans une commission speciale de son Souverain,de traiter la paix,„ est un crime d’Etat ; ce qui fait dire aux désintéressez que la peine, à laquelle le coupa-„ ble a été condamné, est trop douce. Vous ne sauriez croire, ajoûte Mr. Bayle, les„ espérances que nôtre Prophète avoit conçues de la détention de ces Messieurs. II espe-,, roit qu’on découvriroit toute la prétendue Cabale de Geneve ì que vous, que Mr. Gou-„ det 6c les Syndics qu’il a eu en vue, que Messieurs Basnage 8c moi, serions trouvez en-,, velopez dans les dépositions: 6c il se glorifiait déja d’avoir été le premier, qui avoit,, éventé la mine du malheureux Complot , disoit-il, clu Projet de Paix , qui se tramoit en„ Suisse. Mais toutes ses espérances ont été chimériques, selon fa coutume, 6c il a paru„ que nous ne songions à rien moins qu’à Mr. Amelote 6c à Messieurs Halewyn”.

Tout innocent qu’étoit Mr. Bayle, il ne laissa pas de se ressentir de ces négociationsclandestines : elles furent cause de fa disgrâce. Les mouvemens que Mr. Jurieu s’étoitdonné auprès des Magistrats avoient été inutiles. II est vrai qu’il avoit porté les Minis-

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(i) Lettredu 14 deSeptembre16M > p.SU >Sï*i