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Tome premier. A - B.
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L X X V I

y I E D E Mr. B A Y L E.

1 1 ì Voyezles Remar-Cjues deMr. DesVignolesfur cet"Ecrit del’Abbe Re-naudotBibliothèqueGermanique,Tom. V.Art. XI. p.ijï ôc íuiv.

(2) Voyezla Lettreà Mr. Jani-çon du 1 r.de Fevrier> «s 7 , P-Í25, 6 z 6 .

(j) Lett-eà Mr.'***du 13 deMai !6j>7,p. 642, 643.

riens, mais plutôt s’en defìer, & suspendre son jugement jusqu’à ce qu’un examen rigou-reux nous ait assurez de la vérité de leurs récits.

Le Public fut agréablement surpris de trouver que cet Ouvrage furpassoit l’idée avan-tageuse qu’on s’en étoit faite. Les Libraires de Paris voyant qu’on le demandoit avecbeaucoup d’cmpressement, sonnèrent le dessein de le réimprimer , & demanderent un

Privilège à Mr. Boucherai, Chancelier de France. Mr. Boucheras chargea Mr. l’Ab-bé Renaudot, Auteur de la Gazette , de l’examiner pour voir s’iì n’y avoit rien contrel’Etat , ou contre la Religion Catholique. Cet Abbé au lieu de s’attacher L ces deuxpoints, dressa un Mémoire critique, où il dit que cet Ouvrage étoit plein de digressions:qu’on n'y trouvoit aucun syfieme de Religion : que Mr. Bayle rìy citait les Pcres que pourles tourner en ridicule : qu’il établissoit par tout le Pelagìanifme , 8t le Pyrrhonisme: qu’ilavoit placé en différons endroits tout ce qui s'étoit dit ou écrit de plus mauvais depuis cinquan-te ans contre la Religion Catholique ■: qu’il faisoit par tout des éloges des Ministres Calvinistespleins de fauffetez-, & qu’il trouvoit austi par tout de quoi rendre le Régné de Louis XIVodieux à doccasion de la révocation des Edits , & des plaintes des Réfugiez : qu’z/ y régnaitpar tout une affectation visible de ramasser tout ce qu'ìl y avoit d'odieux (5? d.'infamant surla personne de nos derniers Rois ; 8í qu’il avoit recueilli de propos délibéré plufieurs histoiresfabuleuses pour rendre suspecte la conversion de Henry IF. : que dans ! Article de François I.il y avoit une digression très-injurieuse contre le Roi d'Angleterre , pour donner lieu à établirla possibilité de la supposition du Prince de Galles : qu’il y regnoit par tout une obscénité in-supportable: que Mr. Bayle n'avoit aucune lecture que des livres modernes de Religion , & deshérétiques: qu’il n'avoit pat la moindre connoìffance de VHistoire ; son antiquité & sa liter a-ture rouloient sur des extraits de ce qu'il avoit pris dans des traductions Françoises : qu’il me-surait ridiculement le moderne avec Vancien , íst comparait l'Abbê de St. Real avec CornéliusNepos , lorsqu'il s’agit du mérité de Pomponius. „ On peut juger, dit-il, de la capacité„ d’un homme, qui dans l’extrait de la vie de Pomponius Atticus traduit librarii , par Li-,, braire”. Cet exemple que l’Abbé Renaudot rapportoit de l’ignorance de Mr. Bayle,eít une preuve bien marquée de la précipitation de ce Censeur: car Mr. Bayle avoit aver-ti à la marge , qu’ù faut entendre par ce mot les Copistes & les Relieurs selon la maniéréd'accommoder les livres en ce tems-là.

O11 volt par là quel fond il y avoit à Lire sur le jugement de cet Abbc. II aVoit par-couru sans attention le Dictionaire de Mr. Bayle , 8c n’y avoit rien vû qu’au travers despréjugez qu’il avoit conçus contre cet Ouvrage. II étoit (Bailleurs naturellement déci-sif, téméraire, violent & emporté contre les Protcstans. II se piquoit d’une vaste lite-rature, 6c d’une profonde connoissance de l’Antiquité ; mais ceux qui ont examiné sesOuvrages ne conviennent pas que son savoir fût égal à l’opinion qu’il vouloit qu’on eneût. On a découvert mille bevuës dans l’Ecrit de cet Abbé fur l'Origine de la Sphere , 8cmontré qu’il n’avoit pas même entendu les Auteurs qu’il copioit (i). Cependant on re-fusa sur ion rapport le Privilège que les Libraires de Paris demandoient pour réimprimerle Dictionaire de Mr. Bayle , 8c on en défendit même l’entrée en France. C’est ce queMr. Bayle souhaitoit (2). „ Je vous dirai confidemment, écrit-il à un de ses Amis (3 ),

que j’ai une joye très-vive de ce que l’on n’a point permis en France l’entrée de monDictionaire. ’ Ce n’est pas par la raison que la défense excitera davantage la curiosité;car nìtimur in vetitum. J’ai deux autres raisons. L’une , que si l’on en eût permisl’entrée, les Libraires de Lyon l’eusscnt contrefait, 8c y eussent laissé glisser mille fau-tes ci’impression. Leur édition eût empêché le débit de celle de Mr. Leers , & eût

multiplié les exemplaires d’une premiere édition, toûjours défectueuse, quand un grosouvrage a été fait précipitamment, 6c avec aussi peu de secours de Bibliothèques, que"en ai eu. La défense me fait esperer que l’édition unique de Mr. Leers se debitera, 8c

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(4) Lettreà Mr.Constantdu 4 deJuillet1697. P-« 54 .

qu’il en faudra faire une seconde, à la correction de laquelle j’employerai toutes les for-ces que j'aurai -, très-petites, je l’avouë, mais enfin je les appliquerai mieux , 6c j’at-tends de vos lumières 6c de vos bons avis, dequoi être bien dirigé dans la correction.L’autre raison, encore plus importante, est que si mon Dictionaire eût eu l’entrée li-bre en France, mes ennemis de ce pays-ci, gens factieux 6c adroits à empoisonner leschoses, eussent inféré de là, que mon Livre ne diloit rien en faveur des Protestans, nicontrelaFrance : marque , diroit-on, de rattachement criminel dont on soupçonne l'Au-teur , d la cause de l'ennemi commun du repos de l’Europe. II m’est donc avantageuxque mon Dictionaire ait été défendu ; néanmoins quoi que je. souhaitasse qu’il le fût,„ je n’ai rien dit qui pût plaire à nos Visionaires. Quand il a été question des affaires de,, l’Europe, j’ai évité de toucher à rien , 6c pour 8c contre 8c l’on se plaint même en„ Angleterre , qu’indirectement je condamne la derniere Révolution , 8c que je me dé-,, dare trop contre le Droit des Peuples, en faveur de l’autorité despotique des Monar-,, ques”.

Mr. Bayle critiqua Mr. Juricu en plusieurs endroits de son Dictionaire. II ne faisoiten cela qu’exécuter son plan, qui demandoit qu’il relevât les erreurs de fait , ou les fauxraifonnemens des Auteurs dont il avoit occasion de parler. „ J’ai quelquefois, dit-il (4),„ critiqué mon ennemi avec quelque force. II en est outré, 8c cherche tous les moyens„ imaginables de se vanger. II a eu d’abord des émissaires qui ont déclamé contre l’Ou-„ vrage , disant qu’il contient des impiesez ; 6c après ces eriailleries , il a engagé son„ Consistoire à examiner l’ouvrage. J’ai mes Réponses toutes prêtes , 6c je ne crains„ rien pourvû qu’on veuille , je ne dis pas suivre exactement les réglés de P équité, mais„ s’abstenír feulement de les violer fans pudeur, & fans mesure”.

Les Partisans de Mr. Jurieu s’étant trouvez les plus forts dans le Consistoire de Rot-terdam, il s’en prévalut pour y Faire examiner le Dictionaire de Mr. Bayle. Cependantil publia plusieurs Extraits de Lettres anonymes écrites de Paris, de Londres, de Gene-ve, 8c de quelques Villes de Hollande , dans la vuë de décrier cet Ouvrage. En effet,

les Auteurs de ces Lettres en disoieqt beaucoup de mal ; mais la plûpart ne l’avoient pointlû, 8c n’en parloient que par ouï dire. Mr. Jurieu y joignit le Mémoire de l’Abbe Re-naudot;

1697 -