VIE DE Mr. B A Y L E.
LXXXV
1704. lieu de mal prendre sa pensée, 8c que si pour apuyer son sentiment, il a allégué des Au-teurs qui dilent en effet ce qu’il rapporte , Mr. Bayle en a cité d’autres pour établir lesien, qui ont plus de poids & d’autoritc. II conclut son Mémoire en excusant les fautesqui ont pû échaper à Mr. Teissier. „ Voila, dit-il, ce que j’ai à dire pour la défense„ de mes remarques: je laisse aux Lecteurs à décider si elles ont été justes, mais je décla-„ re en même tems que s’ils décidoient en ma faveur , ils ne laiíTeroient pas d’être obli-,, gez de convenir que Mr. Teissier est très-excusable , puisqu’il a suivi des Auteurs qui„ dévoient sembler bien instruits des choses. Personne, ajoute-t-il, n’a été plus persua-,, dé que moi, que mes petites observations ne feroient aucun préjudice à son Ouvrage,„ 8c personne n’est plus intéressé que moi à bannir de la République des Lettres cette-„ fausse 8c pernicieuse maxime, qu’afin qu’un Livre soit estimable , il doit être fans dé-„ faut. L’aftaire ne va pas mal pour certains Ouvrages , 8c fur tout pour les Dictionai-„ res, lorsqu’il n’y a dans chaque page l’une portant l’autre que sept ou huit choses à cor-„ riger".
Mr. Bayle se servit aussi du Journal de Mr. de Bauval pour repousser les attaques d’unAnonyme (1), qui avoit publié à Paris un Livre intitulé, la Distinction (st la Nature duBien (st du Mal. Traité ou l'on combat l'erreur des Manichéens , les sep.timens de Montagne(st de Charron , (st ceux de Monsieur Bayle , 8cc. (z). On avoit parlé fort avantageuse-ment de cet Ouvrage dans quelques Ecrits imprimez à Paris, 8c on disoit même que Mr.Bayle ne pouvoit pas se dispenser d’y répondre. Mr. Bayle le sit venir, 8c après savoirexaminé j il trouva qu’il n’avoit pas besoin d’y répondre par rapport à ceux qui savoientce qu’il avoit dit des Manichéens; 8c qu’un petit Mémoire suffisoit, par rapport à ceuxqui ne le savoient pas. II ne s’agissoit que de faire voir que l'Anonyme n’avoit rien com-pris dans l’état de la question, ou qu’il avoit fait semblant de n’y rien comprendre. Dansce Mémoire ( 3 ), Mr. Bayle remarqua que tout ce que cet Auteur avoit dit de son chef,óu qu’il avoit tiré de Saint Augustin n’aboutissoit qu’à montrer : ,, 1. Que le Systeme„ des deux principes est faux, absurde, 8c visiblement contraire aux idées de l’Etre sou-„ verainement parfait, z. Que ce systeme est sur tout absurde, ridicule, 8c abominable,, dans les détails où ses Manichéens descendirent ”. Mais il ne s’agissoit pas de ces deuxpropositions: Mr.Bayle ses avoit expressément avouées, 8c par conséquent il étoit inuti-le de s’attacher à les lui prouver. 11 avoit seulement soutenu que l’hypothesc des deuxprincipes, quelque fausse 8c quelque impie qu’elle soit, attaque l’autre hypothèse par desObjections que la lumière naturelle ne peut refondre. C’étoit-là la seule chose que l’A-nonyme devoit combattre, 8c c’étoit précisément ce qu’il avoit négligé de faire. II s’é-toit contenté d’agir ossensivement contre les Principes des Manichéens , au lieu de se te-nir fur la défensive, 8c de repousser ses attaques que les Manichéens peuvent faire contreles Chrétiens les plus Orthodoxes. II s’agissoit, non pas de porter des coups, mais deparer ceux que l’on portoit. Ainsi Mr. Bayle fait voir que cet Auteur n’ayant pas tou-ché aux Objections des Manichéens, il ne se trouvoit point intéressé dans la dispute, 8cque c’étoit assez qu’il déclarât publiquement pourquoi il ne lui répondoit pas.
L’Anonyme prétendoit qu’on pouvoit facilement détruire le Systeme des deux princi-pes, en posant avec Saint Augustin que le Mal n’est point un Etre, mais une simple pri-vation ; 8c Mr. Bayle avoue que cette doctrine étant une fois prouvée, elle refutoit soli-dement les Manichéens entant qu’ils disoient que le Mal est une substance : mais qu’unManichéen auroit pû se tirer aisément d’affaire, en montrant que ce n’étoit qu'u ne dispu-te de mots, 8c un mal-entendu entre St. Augustin 8c ses Adversaires. Enfin, il avertitl’Anonyme que s’il juge à propos de traiter régulièrement cette dispute , il n’a qu’à re-commencer, puis qu’il n’est pas plus avancé que lorsqu’il écrivit le premier mot de sonLivre : mais que s’il n’a point d’autres choses à alléguer que celles qu’il trouvera dans St.Augustin , il fera mieux de ne point écrire. „ Elles pourroient, ajoute-t-il, mettre„ fans doute dans un beau jour ses absurditez de la Secte Manichéenne; mais il n’est point„ question de cela, il ne s’agit que de se défendre , 8c nullement d’attaquer ; il ne suffi-„ roit pas même de confondre par des objections les Impietez des Manichéens, il fau-„ droit entrer dans une dispute où l’on pût vaincre ceux qui ne donneroient pas la même,, prise que les Adversaires que St. Augustin a réfutez : il faudroit se figurer que l’on com-3, bat contre des Sceptiques, qui rebutez des embarras des deux principes rejettent cette„ hypothèse fans vouloir embrasser l’autre jusques à ce qu’on l’ait degagée des difficultez„ qui l’accompagnent. En un mot, il faudroit montrer par la lumière naturelle qu’il y„ a une très-etroite liaison entre les crimes 8c les miseres du Genre humain, 8c les idées„ d’une cause infiniment sainte , infiniment puissante , infiniment libre”. L’Anonymene voulut pas s’engager dans une discussion si épineuse : il prit le parti du silence.
Mr. Bayle s’aquitta enfin de la promesse qu’il avoit faite tant de fois, de publier unedéfense de ses Pensées fur les Comètes. II commença à y travailler au mois de Novembre1703, 8c résolut de ne point quitter cet Ouvrage qu’il ne l’eût achevé (4). L’impressionen fut commencée au mois suivants y), 8c le Livre parut au mois d’Aout de l’année 1704,fous le titre de Continuation des Pensées diverses , écrites à un DoEleur de Sorbonne à l'oc-iafion de la Comete qui parut au mois de Decembre 1680. Ou Réponse à plufieurs dijstcul-tez que Monsieur * * * a proposées à VAuteur (6). Dans l’Avertissement, Mr. Bayle ditque quoi qu’il eût promis cet Ouvrage diverses fois depuis dix ans , il ne s’étoit paspressé de le donner,pour plusieurs raisons qu’il allégué: qu’ainsi „lorsqu’il prit tout d’un„ coup la résolution d’y travailler; il sc trouva fans préparatifs 8c obligé d’en ressusciter„ les idées, de sorte que les matériaux avoient été rassemblez 8c mis en œuvre en même„ tems. 11 n’y a eu dans les Pensées diverses , ajoute-t-il, qu’une seule chose qui m’ait„ déterminé au dessein d’une Apologie, c’est le parallèle de l’Athéisme 8c du Paganisme,„ mais me volant engagé par là à prendre la plume pour ma justification, je crus que je„ devois aussi satisfaire à plusieurs difficultez qui m’avoient été proposées concernant d’au-„ tres endroits de l’Ouvrage, 8c je me persuadai qu’il ne falloit se regler dans l’arrange-„ ment des réponses que fur celui des Objections que l’on n’avoit disposées que selon l’or-
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(r) Cet A-nonymeétoit unChartreuxde Paris,nomméDomAIexisGaudin. lrétoit neveude l’AbbéGaudin,Chanoinede Notre-Dame.
(2I Impri-mé à Parisen 1704,
( 3 ) Histoiredes Ouvra-ges des Ses~vans t Aoutr 704, p. ,6j>& luiv.
(4) Lettreà Mr. DesMaizeauxdu 9 deNovembrei7°r,p.szr.
(í) Voyezla Lettreà Mr. Mi-nutoli du16 de De-cembreI7°3>P S4°»
fí) A Rot-terdam
chez Rei-nier Leers,MDCCV.
2. volL ;n12 .