LXXXVI
VIE DE Mr. B A Y L E.
(ï) C'ofìU'-nu^tton desPinjes tíi•verts &C.
Tora. I-
p.
(2) Bìblìo-the^fUi Cboì-Jìe i T om.V. Art. IV.p. -«z Sc.luiv.
U) Histoiretla Ouvragesdes S avenu yAoût 1704,Art. Vil. p.3«o ôc Là.
„ dre de mes Chapitres. J’ai suivi cette vue jusques à la fin du premier tome j mais il a.,, falu l’abandonner dans le second pour éviter rengagement à taire un livre beaucoup„ plus gros que je ne m’étois proposé. Je n’ai donc mis dans le second tome que ce qui„ apartenoit au parallèle du Paganisme 8c de l’Athéisme , ôc néanmoins je n’ai pu expe-,, dier toute cette affaire. II me reste encore à discuter quelques Objections fur ce sujet-,, là que j’ai réservées pour un troisième volume”.
Mr. Bayle fait ensuite une remarque qui lui paroit essentielle. „ Je suplie le lecteur,„ dit-il, de se bien mettre dans l’esprit que cette longue dispute, où j’ai soutenu que le„ Paganisme étoit pour le moins auífi mauvais que l’Atheïsme, est une chose tout-à-sait„ indifférente à la vraie Religion. Les intérêts du Christianisme sont tellement séparez de„ ceux de l’Idolâtrie paienne , qu’il n’a rien à perdre ni à gagner soit qu’elle passe pour„ moins mauvaise , ou pour plus mauvaise que l’irreligion. Cette dispute est donc du„ genre de ces problemes où l’on peut prendre indifféremment tel parti qu’on veut fans„ qu’il y aille de l’orthodoxie. 11 a toujours été libre de soutenir ou que l’Arianisme est„ pire que le Sabellianisme, ou qu’il ne l’est pas ; que l’heresie Nestorienne est plus ou„ moins pernicieuse que l’Eutychienne , & ainsi de plusieurs autres questions, où ceux„ qui se trompent ne peuvent être accusez de donner atteinte à la foi pourveu que d’ail-,, leurs ils adhèrent aux décisions des anciens Conciles, 8tc.” II previent après celaquelques objections , 8c fait quelques remarques qui tendent à éclaircir cette matière.Nous avons vû qu’il avoit promis de répondre fort au long dans cet Ouvrage à l’Ecrit deMr. Jurieu intitulé Courte Revue: il nous apprend ici pourquoi il ne l’a pas fait. „ Au„ reste, dit-il, quand je publiai en 1694. une Addition à mes Pensées diverses, pour re-„ futer en peu de mots un imprimé qui avoit pour titre Courte Revue , 8íc. j’en promis„ une ample réfutation, néanmoins je n’y ai eu aucun égard dans cet Ouvrage, car j’ai,, trouvé que ma réponse préliminaire étoit plus que sufisante”.
Les principales Objections discutées dans le premier Tome de cette Continuation desPensées fur les Comètes regardent ces six Questions. 1. Si le consentement de tous lespeuples à reconnoitre une Divinité, est une preuve certaine 8c démonstrative qu’il y a unDieu. z. S’il y a quelque certitude dans l’Astrologie. 3. Si la Religion paienne en-seignoit la pratique de 1a vertu ou des bonnes mœurs. 4. Si toutes choses ont été faitespour Thomme. f. Si les Historiens doivent rapporter des choses incroyables 8c supersti-tieuses. 6 . Si on a exaggeré le Polythéisme des Payens. Le second Tome est destiné àfaire voir qu’on avoit eu raison de dire dans les Pensées fur les Comètes , que VAthéismen'efl pas un plus grand mal que VIdolâtrie. Mr. Bayle indique les Ecrivains qu’il avoitdéja alléguez dans cet Ouvrage, & il en cite plusieurs autres, parmi lesquels il y a desPeres de l’Eglise, 8c des Docteurs Catholiques 8t Protestans , qui ont dit qu’il y avoitdes choses aussi mauvaises ou plus mauvaises que l’Athéisme , ou qui ont même déclaréque PAthéisme étoit pire que l'Idolâtrie , Sc qui cependant n’ont point été exposez à lacensure des Tribunaux Ecclésiastiques. 11 conclud de là qu’il a été en droit de soutenircette même opinion -, Sc que si un grand nombre d’Ecrivains ont assuré le contraire, celane piouve autre chose si ce n’est que la question dont il s’agit, est un probleme abandon-né à la discrétion de tout le monde, Sc fur lequel il est permis fans préjudice de l’ortho-doxife de sc ranger à la négative, ou à l’affirmative.
Cet Ouvrage engagea Mr. Bayle dans quelques disputes. II avoit critiqué en passantle Systeme de Messieurs Cudworth 8c Grew fur les Natures plastiques íst vitales. CesMeilleurs supposent que ce sont des substances immatérielles, qui ont la faculté de formerles plantes Sc les animaux, fiins savoir ce qu’elles font. Mr. Bayle remarqua (r) que cesMessieurs affoiblissoient par là, fans y penser Sc contre leur intention , la preuve la plussensible que nous ayions del’existence de Dieu prise de la structure admirable de l’Univers,& donnoient lieu aux Stratoniciens de l’éluder par la rétorsion. Car si Dieu a pû donnerà une nature plastique la faculté de produire l’organisation des animaux sans avoir l’idéede ce qu’elle fait j on en conclura que la formation de ce qu’il y a de régulier dans l’Uni-vers, n’est pas incompatible avec le défaut de connoissance , 8c qu’ainsi le Monde peutêtre l'effet d’une caule aveugle.
Mr. le Clerc, qui avoit adopté cette hypothèse, se,crut obligé de la défendre (z). IItrouva mauvais que Mr. Bayle eût dit qu’elle donnoit lieu d’éluder par la rétorsion un desraisonnemens qui embarrassent le plus les Athées. 11 se plaignit de ce que cette remar-que faisoit naître des idées désavantageuses de la Religion Sc de la capacité de MessieursCudworth 8c Grew , Sc qu’il s’y trouvoit lui-même intéressé. II dit que si Mr. Bayleavoit bien compris leur sentiment, il se seroit aperçu qu’ils ne donnent aucune prise auxAthées , parce que les Natures plastiques Sc vitales qu’ils admettent , ne sont que desinstrumens dans la main de Dieu , qu’elles n’ont aucune force que celle que Dieu leur adonnée, que Dieu réglé leurs actions, que ce sont des causes instrumentales produites Scemployées par la principale j 8c qu’on ne peut pas dire qu’un bâtiment a été fait fans art,parce que non seulement les marteaux, les réglés, les équierres, les compas, les haches,les scies, mais encore les bras des hommes, qui se sont servis de ces outils, sont des cho-ses destituées d’intelligence. 11 suffit que l’esprit de l’Architecte ait conduit tout cela,8e l’ait employé pour parvenir à ses fins. II est donc visible, ajouta-t-il, que les Athées,qui nient l’extstence de la Cause intelligente, qui a conduit 8c réglé la formation de tou-tes choses , ne peuvent pas rétorquer l’argument , que nos deux Philosophes leur ontopposé.
Mr. Bayle répondit (3), qu’il étoit très-éloigné d’avoir voulu donner aucune atteinte àl’orthodoxie ou à la capacité de ces Messieurs, 8c qu’il s’étoit même expliqué là-dessus.II ajouta que le défaut qu’il avoit trouvé dans leur hypothèse, ne leur étoit pas particu-lier ; que tous les Philosophes anciens Sc modernes, excepté les Cartésiens, le trouvoientdans le même cas. II fit voir que si ces Messieurs avoient regardé leurs Natures plasti-ques comme de simples instrumens en la main de Dieu, ils seroient tombez dans tous lesinconveniens de l’hypothese Cartésienne, qu’ilsjvouloient éviter j qu’ainsi il falloit sup-poser
1704.